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28 Juillet 2002
Dossier
Stephen Wolfram
La Physique fondamentale et les automates cellulaires
selon Wolfram
par Jean
Paul Baquiast
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Après
avoir présenté les divers programmes ou règles
simples qui, selon Stephen Wolfram (SW), peuvent en se
déroulant
produire de la complexité, nous avons étudié,
avec les chapitres 7 et 8
du livre de SW comment et où de tels programmes permettent
de simuler des phénomènes naturels. On a vu
que ANKS, A New Kind of Science, la nouvelle science
proposée par SW, paraît effectivement capable
de mieux faire comprendre divers phénomènes
naturels non étudiés ou non expliqués
par les sciences actuelles, non plus que par les rares modélisations
mathématiques traditionnelles qui en ont été
faites. Mais si les arguments de SW n'ont pas soulevé
de critiques systématiques dans le monde des biologistes
(beaucoup il est vrai n'ayant pas encore fait l'effort d'acquérir
l'ouvrage), il n'en est pas de même du chapitre suivant,
le chapitre 9, qui prétend appliquer la nouvelle science
à la compréhension de la physique théorique,
renommée autant par le caractère abstrait de
ses modèles que par la supériorité intellectuelle
supposée dont s'auréolent ceux qui la pratique.
Que SW s'en prenne ainsi à la reine des sciences (grande
consommatrice au demeurant d'équipements aussi lourds
que coûteux), ne pouvait que susciter l'indignation
et la contradiction. Il n'est pas possible que les mouvements
de carrés blancs et noirs sur un écran puissent
traduire la nature profonde de phénomènes aussi
grandioses que le 2e Principe de la Thermodynamique, la Relativité,
le monde quantique.
Pour nous, avant de
juger, nous allons, comme précédemment essayer
de traduire en les résumant des points qui nous ont
paru significatifs de ce chapitre 9 de ANKS. Il
va de soi que le texte ci-dessous, de même que
les précédents, ne prétend en rien résumer
ou traduire la pensée de SW. Celle-ci est exclusivement
représentée par le texte original.
Nos commentaires sont en italique
rouge.
Pour
en savoir plus
On obtiendra une critique de Wolfram concernant la physique
fondamentale, dans un article publié le 24 juin 2002
par un jeune physicien, Scott Aaronson, disponible
sur le site de Ray Kurzweil http://www.kurzweilai.net/meme/frame.html?main=memelist.html?...
On trouve désormais sur le site scientifique de
Stephan Wolfram un logiciel, baptisé Explorer, permettant
de reconstituer sur micro les démonstrations de l'auteur:
http://www.wolframscience.com/nksx/
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Chapitre 9 : Fondamental
Physics
Dans son livre remarquable, Stephen Wolfram (SW) affirme
que les opérations conduites dans les automates cellulaires
(CA) se retrouvent presque partout dans le monde réel. C'est
le cas notamment, affirme-t-il, en ce qui concerne la physique fondamentale.
C'est dans les sciences physiques que les mathématiques
ont enregistré leurs plus grands succès, (au
point que les modèles s'éloignant de plus en plus
de la "réalité" observable se substituent souvent
à l'expérimentation instrumentale). Mais
en dépit de leurs succès, elles laissent encore de
nombreux points inexpliqués. Y appliquer les programmes simples
tels que présentés par ANKS peut sembler aberrant.
La plupart des bases les mieux établies de la physique, telles
que la conservation de l'énergie ou l'isotropie de l'espace,
ne semblent pas avoir d'équivalent dans le monde des CA.
En fait les programmes simples peuvent illustrer de telles propriétés.
Mais il est plus intéressant de montrer qu'ils peuvent aussi
apporter des solutions dans les domaines de la physique où
les méthodes traditionnelles ont laissé de nombreuses
questions non résolues.
C'est le cas par exemple concernant la seconde loi
de la thermodynamique, dite aussi d'accroissement de l'entropie,
selon laquelle le désordre des systèmes s'accroît
avec le temps. L'essence d'un tel phénomène peut être
mise en évidence avec les CA, ainsi que les cas dans lesquels
la loi ne s'applique pas.
La démarche dans de tels cas consiste à
utiliser les CA comme métaphores des systèmes physiques.
Mais ne sont-ils pas davantage ? Est-ce que dans certains cas les
systèmes physiques n'opèrent pas directement en appliquant
les règles simples des CA ? Est-ce que les lois de la physique
ne dérivent-elles pas du déroulement d'un programme
très simple à portée universelle, l'Univers
entier se comportant comme un vaste CA?
Vu la complexité des systèmes physiques,
l'hypothèse paraît absurde. Mais on verra qu'il est
possible de s'en approcher, même si quelques distances restent
encore à franchir pour la démontrer. L'un des problèmes
le plus fondamental de la physique, et plus généralement
de la science, serait peut-être alors en voie de solution.
Réversibilité,
irréversibilité et 2e Loi.
Peut-on revenir en arrière dans le déroulement
d'un CA ? Peut-on le faire dans le domaine d'application d'une loi
physique quelconque? A l'évidence cela doit être possible
si on connaît avec suffisamment de précisions l'état
actuel du système, et les règles qui s'y appliquent.
Quels sont dans ce cas les propriétés des systèmes
réversibles ? Il faut en général, concernant
les CA, que leurs règles de construction soient conçues
afin d'être réversibles, indépendamment de la
plus ou moins grande complexité manifestée par le
système. Il existe un petit nombre de tels CA, générant
ou pas de la complexité.
Qu'en est-il dans la nature ? La théorie affirme
qu'au niveau fondamental les lois de la physique sont réversibles.
L'expérience montre au contraire que la plupart des systèmes
sont irréversibles, ou qu'un système commençant
à évoluer à partir d'un état ordonné,
devient de plus en plus désordonné, qu'il soit complexe
ou non. La science traditionnelle a du mal à expliquer un
tel phénomène. L'expérience des CA montre que
la génération de complexité (ou désordre)
peut se produire dans de nombreux AC, même construits avec
des règles particulièrement simples. Ils illustrent
alors parfaitement la 2e Loi. Mais certains d'entre eux peuvent,
après avoir généré de la complexité,
revenir en cours d'évolution à une organisation plus
simple et plus ordonnée. Il faut pour cela qu'ils aient été
construits avec les règles adéquates. On peut donc
estimer qu'ils sont alternativement irréversibles et réversibles,
jusqu'à un point central où l'évolution s'inverse
(ou à partir d'un tel point).
Pourrait-on dans la pratique montrer qu'il en serait
de même dans beaucoup de systèmes apparemment irréversibles,
obéissant à la 2e Loi ? A cette fin, il faudrait monter
des expérimentations qui reposeraient sur des calculs aussi
complexes que les computations mises en uvre dans la nature
(en application du principe d'Equivalence Computationnelle présenté
par SW dans le chapitre 12 de ANKS). Ceci n'est pas pratiquement
possible. Il en résulte qu'aucune expérience pratique
capable de mettre la 2e Loi en défaut n'a pu encore être
réalisée, c'est-à-dire capable de mettre en
évidence un accroissement de l'ordre dans l'évolution
d'un système. Toute mesure de l'accroissement de l'entropie
tend à devenir aussi lourde que cet accroissement lui-même.
L'accroissement de l'entropie d'un système est
de même nature que celui de la complexité dans l'évolution
d'un CA, même lorsque les conditions initiales sont simples.
Les propriétés finales du système deviennent
largement indépendantes du détail des conditions initiales.
En fait, il existe un certain nombre d'exceptions à
la 2e Loi dans la nature. Il s'agit notamment des systèmes
biologiques, qui construisent de l'ordre par auto-organisation,
en s'isolant du courant général d'accroissement de
l'entropie. On retrouve de tels phénomènes dans certains
AC, au sein desquels des structures organisées peuvent apparaître
et se développer.
Observation : dans les développements
de cette section, SW veut nous montrer que les CA lui permettent
de simuler les différents cas où, dans la nature,
s'applique (ou ne s'applique pas) la 2e Loi de la thermodynamique.
L'origine de la génération d'entropie, qui selon lui
reste mystérieuse aux yeux de la plupart des physiciens,
ferait appel aux mêmes causes que celles par lesquelles certains
CA appliquant une règle simple peuvent à certains
moments de leur évolution générer de la complexité
sans raison explicable. On peut en conclure qu'il existe une similitude
dans les règles d'évolution des systèmes physiques
et des CA. Les uns et les autres utiliseraient des règles
sous jacentes identiques. Cette constatation peut-elle avoir des
conséquences pratiques, notamment pour la simulation des
phénomènes physiques obéissant à la
2e Loi. SW semble le penser. On voit en tous cas que ce chapitre
de Wolfram ne prétend en aucun cas remettre en cause la 2e
Loi, comme certains physiciens lecteurs hâtifs de ANKS l'avaient
prétendu.
Les lois de conservation
Une des règles générales de la
physique intéresse les lois dites de conservation, conservation
de l'énergie, de la charge électrique, etc. La plupart
des CA ne montrent pas de tels phénomènes, mais certains
le font, dès lors qu'ils appliquent des règles appropriées.
La façon la plus simple de le mettre en évidence est
d'utiliser des CA où les cellules individuelles sont remplacées
par des blocs de cellules (Block cellular automata).
Observation : la même
observation que la précédente s'applique à
cette section.
Les modèles ultimes
de l'univers (Ultimate models for the Universe).
L'histoire de la physique a vu les modèles de
l'univers devenir de plus en plus précis, depuis la mécanique
classique, la mécanique quantique, la théorie des
champs quantique et au-delà. Ce processus va-t-il se poursuivre
? Va-t-on aboutir à un modèle ultime de l'univers
? On est tenté de répondre par la négative,
car de nouvelles complexités se découvrent sans cesse.
Mais ANKS a montré que les phénomènes en apparence
complexes ne requièrent pas nécessairement des modèles
complexes. Pourrait-il en être de même en ce qui concerne
l'univers, dont les lois découleraient d'un programme simple
qui, modélisé et mis en uvre pendant une durée
suffisante, ferait apparaître toutes les complexités
de l'univers actuel ?
Découvrir un tel programme serait la confirmation
des propositions de ANKS (on le comprend
)
mais aussi celle de l'hypothèse selon laquelle la pensée
humaine pourrait comprendre la construction de l'univers. Cependant,
connaître ce programme ne permettrait pas d'en déduire
tous les comportements réels de l'univers. ANKS a montré
que des règles sous-jacentes identiques peuvent générer
des résultats différents. Il faudrait donc faire tourner
le programme pour voir quels résultats il produit.- ce qui
est impossible à l'échelle de l'univers. Des simulations
à petite échelle qui ferait apparaître les principales
lois physiques seraient cependant suffisantes.
Comment identifier cette loi ou modèle unique
? La tentation des sciences actuelles est de faire de l'ingénierie
inverse à partir des lois connues. Mais l'expérience
de ANKS montre qu'une telle démarche est vouée à
l'échec. Dans un CA ayant généré une
complexité suffisante, il est impossible de retrouver la
règle simple initiale. Tout au plus peut-on envisager des
règles complexes produisant certains aspects de la complexité
actuelle. Il est déjà difficile d'obtenir les résultats
complexes découlant de la mise en uvre d'une règle
simple. Le processus inverse est hors de portée.
On pourrait au contraire envisager un certain nombre
de types de règles, parmi lesquelles se trouverait celle
ayant permis à l'univers de se construire. Mais il faudrait
en ce cas, conformément aux enseignements de ANKS, rechercher
les catégories de règles les plus simples possibles.
Il faudrait par exemple éliminer celles qui comportent une
représentation a priori de l'espace ou du mouvement. Ceux-ci
sont déjà des constructions. En fait, il faudrait
éliminer tout ce qui correspond à des traits déjà
identifiés de l'univers actuel. Mais alors la règle
ne nous deviendrait-elle pas si abstraite que nous ne pourrions
même pas l'imaginer ou la reconnaître comme telle?
Malgré cela, SW reste persuadé qu'en
recherchant dans une large gamme de représentations découlant
de la mise en uvre de règles simples, on devrait pouvoir
identifier celles candidates à ce rôle de règle
ultime, parce qu'aboutissant à des univers proches du nôtre.
On devrait pouvoir obtenir ce résultat en reproduisant un
grand nombre de comportements basiques de l'univers, d'où
une loi commune pourrait être inférée. On peut
raisonnablement suspecter que la règle ultime de l'univers
ne doit avoir rien de spécial, de même que les diverses
lois physiques ayant abouti à l'organisation du cosmos puis
de la vie et finalement de l'homme n'avaient rien de spécial.
On peut d'ailleurs suspecter qu'il existe en fait un nombre infini
d'univers et que nous vivons dans l'un d'eux, résultats de
choix essentiellement aléatoires.
Observation : on ne voit pas
en quoi ces considérations peuvent à ce stade nous
faire avancer dans la découverte de la loi ultime de l'univers.
Les AC pouvant servir de référence à une telle
loi sous-jacente semblent en fait trop spécifiques ou trop
spécifiés pour être très éclairants.
Mais SW va prendre des exemples plus précis illustrant l'intérêt
de la démarche proposée.
La nature de l'espace
Un premier pas crucial dans la recherche du modèle
ultime de l'univers consiste à réfléchir à
la nature de l'espace, puisque c'est nécessairement dans
un espace que les événements se déroulent.
La physique actuelle affirme que l'espace est un continuum parfait.
Mais d'autres types d'espaces sont concevables, tels ceux constitués
des éléments discrets qui se rencontrent dans les
AC. Rien n'interdit de penser qu'il puisse en être ainsi dans
l'espace réel. Celui-ci pourrait être constitué
d'éléments discrets jusqu'à des distances inférieures
à 10-20 mètres, sinon moindres.
En fait, les sciences traditionnelles décrivent l'espace
comme un continuum car ceci facilite les calculs mathématiques.
Rien n'oblige à retenir cette convention si on utilise la
modélisation par les règles simples des CA.
Que pourrait être l'espace en ce cas ? Il n'est
pas impossible mais peu réaliste d'imaginer qu'il peut être
constitué d'un réseau régulier de cellules,
comme un CA. Il n'est pas opportun en effet d'être conduit
à distinguer entre l'espace et son contenu comme suggère
de le faire la construction d'un CA cellulaire. Si on cherche à
construire un modèle d'univers aussi simple que possible,
il faut éviter de séparer contenant et contenu, mais
imaginer que l'espace constitue la seule réalité primordiale.
La physique traditionnelle avait envisagé ces hypothèses
mais les avait abandonnées, comme incompatibles avec la représentation
de l'espace sous la forme d'un continuum parfait.
L'espace comme un réseau
Pour imaginer un espace primordial aussi simple que
possible, il faut que les propriétés de l'univers
puissent découler des propriétés de l'espace.
Celui-ci devrait alors être aussi peu rigide que possible.
Dans ce cas, on pourrait le concevoir comme un gigantesque réseau
de nuds (nodes). Dans un tel réseau, les nuds
n'ont pas de positions définies intrinsèquement. Ce
qui est défini est la façon dont chaque nud
est connecté aux autres.
Le chapitre développe ce modèle en montrant
qu'avec un nombre suffisamment grand de nuds, les principales
propriétés de l'espace peuvent émerger, ainsi
que d'autres phénomènes étudiés par
la physique. Il suffit de retenir des nuds à 3 connexions
pour modéliser convenablement l'espace.
Comparé à l'espace réel de notre
univers, le réseau nodal apparaîtrait très aléatoire
au premier regard. Mais à plus grande échelle, il
pourrait être similaire à l'espace à 3 dimensions
que nous connaissons.
Les relations entre l'espace
et le temps.
Un modèle ultime de l'univers physique suppose
de mettre en évidence la relation entre l'espace et le temps.
Les modèles actuels de la physique reposent sur l'hypothèse
que le temps et l'espace, bien qu'apparemment très différents,
fonctionnent en corrélation. Cette vue a été
renforcée par la théorie de la relativité pour
qui certains aspects de l'espace et du temps semblent être
devenus interchangeables. On y obtient un continuum espace-temps
où le temps apparaît comme la 4e dimension de l'espace
à 3 dimensions.
Cette hypothèse n'est pas a priori transposable
dans le cas des CA. La règle du CA suppose que les mouvements
dans l'espace y soient distingués des temps dans lesquels
ils se produisent. Mais on peut imaginer que le temps est, comme
l'espace, fondamentalement discret. Alors l'histoire de l'univers
dans l'espace-temps pourrait être représentée
au sein d'un réseau à 4 dimensions.
Le chapitre développe cette hypothèse
en montrant que le modèle d'univers le plus vraisemblable
en ce cas ne serait pas celui défini par un jeu de contraintes
a priori (d'où d'ailleurs viendraient ces contraintes ?).
Il faudrait plutôt considérer l'univers comme un gigantesque
CA, évoluant dans le temps en application d'une règle
simple, si bien qu'à chaque moment un nouvel état
de l'univers serait généré, et l'ancien abandonné.
La symétrie espace-temps ne serait pas alors spécifiée
dans les règles initiales, mais elle pourrait apparaître
à des observations faites à l'échelle appropriée.
De la même façon, on peut montrer que
si l'univers fonctionne non comme un CA ordinaire, mais comme un
automate mobile (Mobile Automaton, variété particulière
de CA présentée précédemment dans l'ouvrage),
divers traits propres à l'univers tel que nous le connaissons
pourraient apparaître dans le déroulement du programme
d'ensemble.
Unicité de l'univers
et embranchements dans le temps.
Les règles sous-jacentes au fonctionnement de
notre univers l'obligent-elles à générer une
histoire unique ? On a vu en étudiant les divers CA que les
systèmes multi-voies (multiways systems) autorisent des histoires
multiples. Ces systèmes sont très similaires aux systèmes
à substitution (autre classe de CA examinée par ANKS).
L'évolution d'un système multi-voies génère
des voies qui s'éloignent progressivement les unes des autres.
A partir de l'une d'elles, il n'est pas possible d'observer le système
tout entier et de percevoir l'existence des autres voies.
L'unicité de notre histoire et de notre univers
a longtemps été considérée comme un
dogme. Aujourd'hui, elle est remise en cause par de nombreuses théories
physiques. L'hypothèse que l'univers global serait analogue
à un système multi-voies et que c'est par un simple
hasard que nous nous trouvons dans une de ces voies plutôt
que dans les autres, serait compatible avec ces théories.
Dans certains cas, les règles sous-jacentes à un système
multi-voies peuvent conduire à des voies générant
des solutions différentes. Dans d'autres au contraire, les
solutions sont semblables d'une voie à l'autre, voire convergent
à nouveau. Dans ce cas, vu à une échelle suffisante,
le système semble avoir une histoire unique, même si
les événements individuels semblent arbitraires.
Evolution d'un réseau
nodal
Le chapitre décrit comment peut évoluer
un espace constitué à l'origine d'un réseau
de nuds. Les systèmes à substitution fournissent
des exemples de telles évolutions. Si on trouvait la règle
ultime de l'univers, celle-ci, selon ces exemples, apparaîtrait
à petite échelle comme générant des
réseaux sur le mode aléatoire. Mais il pourrait en
émerger une structure d'espace à 3 dimensions suffisamment
robuste pour héberger tous les phénomènes complexes
de l'univers que nous connaissons.
L'espace, le temps et la relativité
Le chapitre montre que certaines règles génèrent
des limites absolues à la vitesse d'expansion d'un CA, c'est-à-dire
à la vitesse de transmission de l'information commandant
son évolution. Ceci ressemble beaucoup à la règle
physique aujourd'hui admise selon laquelle la vitesse de la lumière
constitue la limite absolue au dessus de laquelle l'information
relative à l'état d'un système ne peut être
transmise. A partir de cela, il apparaît que les règles
proposées par la relativité restreinte peuvent être
retrouvées en utilisant des CA appropriés.
Les particules élémentaires
La physique moderne identifie aujourd'hui la matière
comme composée de particules élémentaires discrètes.
Une des caractéristiques les plus étonnantes de l'univers
est que ces particules semblent y disposer de propriétés
absolument identiques. Certaines de ces particules, telles l'électron,
sont décrites comme sans dimension et sans structures internes.
Ceci est-il compatible avec l'hypothèse que l'espace est
discret ?
Le chapitre montre que ces particules sont analogues
aux structures localisées générées par
les CA de classe 4 présentés précédemment
dans le livre. Si cela était exact, cela signifierait qu'à
un certain niveau, les règles de l'univers ne feraient pas
référence à un type particulier de particules.
Celles-ci émergeraient comme des structures formées
à partir d'éléments plus fondamentaux. Le chapitre
poursuit en montrant la compatibilité entre de tels modèles
et les hypothèses de la physique des particules élémentaires.
La gravité
De la même façon, le chapitre montre comment
les modèles de l'espace actuellement envisagés par
la théorie de la relativité générale
peuvent être simulés par certains types de CA à
base de réseaux nodaux. Les équations d'Einstein relatives
à la courbure positive de l'espace en présence de
matière peuvent ainsi être retrouvées dans certains
types de réseaux nodaux (ceux disposant de nuds en
excès).
Les phénomènes
quantiques
La mécanique quantique est devenue indispensable
à l'explication des phénomènes physiques, même
si elle repose sur des interprétations contre-intuitives.
Les CA présentés par ANKS ne semblent pourtant pas
aptes à rendre compte d'un tel formalisme. Cependant l'expérience
a montré qu'à partir de règles simples, de
nombreuses solutions différentes peuvent émerger.
Le chapitre a pour objet de montrer que les CA peuvent illustrer
de nombreuses, sinon toutes les caractéristiques mises en
évidence par la théorie quantique.
L'auteur reconnaît que le prouver sera difficile,
car le formalisme quantique ne s'exprime pas de façon visuelle
comme le font les règles des CA. Ainsi la comparaison faite
précédemment entre les particules élémentaires
et des structures permanentes évoluant dans un CA ne rend
pas compte de la nature ondulatoire de ces particules, c'est-à-dire
de l'état de superposition. Plus généralement,
pour la théorie quantique, les phénomènes ne
peuvent être considérés comme des objets ayant
des propriétés indépendantes de l'observateur.
Mais on peut répondre qu'un réseau modélisant
l'univers entier doit nous inclure en tant qu'observateurs. En aucun
cas nous ne pouvons nous en extraire et considérer la particule
comme un objet défini. Or c'est ce qui a déjà
été posé en principe quant aux autres concepts
de base de la physique simulés par des réseaux causaux.
Ainsi du temps. Tout ce que nous observons doit être inclus
dans le réseau causal.
Le chapitre examine comment les règles principales
de la mécanique quantique peuvent être retrouvées
dans des modèles à base de CA, non sans difficultés
d'ailleurs. Il donne entre autres l'exemple d'un univers modélisé
par un réseau qui tout en évoluant, maintiendrait
des relations (threads) entre particules, alors même que celles-ci
divergent dans un espace ordinaire. Ainsi pourrait être matérialisé
l'état de superposition d'une particule donnée, qui
persiste jusqu'à ce que l'interaction avec un observateur
réduise sa fonction d'onde.
Les complexités actuelles du formalisme standard
de la mécanique quantique ne sont pas incompatibles pour
lui avec l'existence de règles sous-jacentes plus simples,
correspondant à l'existence d'un programme unique, à
découvrir, commandant l'évolution de notre univers
dans des directions de plus en plus complexes.
Observation générale
relative au chapitre :
Il est incontestable que,
malgré les différences apparemment considérables
qui séparent les modèles mathématiques et conceptuels
élaborés par la physique moderne et les formes et
structures générées par le déroulement
des CA obéissant à des règles simples, il apparaît
des similitudes considérables. SW a donné de nombreux
exemples tendant à le prouver. Nous n'avons pu dans ce court
compte-rendu reprendre ses argumentations. Le lecteur devra évidemment
se référer au texte original pour en juger. L'auteur
avoue d'ailleurs plusieurs fois qu'un travail important reste encore
à faire pour que ces indices puissent être transformés
en certitude.
Ce qu'il nous montre cependant
est plus que troublant. On pourrait en effet, selon son expression,
fortement suspecter que des règles sous-jacentes simples
identiques gouvernent l'univers en soi sous-jacent à ce que
nous pouvons en connaître aujourd'hui, et les CA de différentes
catégories qu'il a utilisés dans ses démonstrations.
Pour aller plus loin, il faudrait
qu'un travail en commun entre, d'une part les physiciens des diverses
disciplines intéressées par la physique fondamentale
et, d'autre part, les développeurs de CA du futur puisse
approfondir ou démentir les premières observations
de SW. C'est aux physiciens qu'il incomberait en principe de faire
le premier pas vers le rapprochement nécessaire. Il paraît
difficile de demander aux informaticiens de se plonger dans les
arcanes de la physique moderne pour en parler avec compétence.
Les profils qui comme SW ont pu dans leur jeunesse se donner une
formation en physique mathématique sont rares.
Malheureusement, la réaction
plutôt défiante des premiers articles relatifs à
la pertinence de l'uvre de SW - émanant de la communauté
des physiciens - ne sont pas encourageantes. Mais rêvons un
peu : si la découverte d'une sorte de Théorie du Tout
pouvait résulter de leur collaboration, l'enjeu en vaudrait
la peine.
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