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Quelques
repères
1935 : Einstein, Podolski et Rosenberg (EPR)
publient un article racontant une expérience
imaginaire (impossible à réaliser à
l'époque où l'article a été
écrit) afin de mesurer la position et le moment
dune paire de systèmes de protons. En ayant
recours à la mécanique quantique conventionnelle,
ils obtiennent des résultats extrêmement
surprenants, qui les amènent à conclure
que cette théorie ne donne pas une description
complète de la réalité physique.
Véritablement paradoxaux, ces résultats
sont basés sur un raisonnement impeccable, mais
leur conclusion selon laquelle la théorie est
incomplète nen est pas pour autant justifiée.
Dans
leur développement, les auteurs montrent que
la mesure effectuée sur le proton 1 donne un
état déterminé pour le proton 2,
en fonction de la direction de la mesure choisie, bien
que les deux particules puissent être à
des millions de kilomètres lune de lautre,
et ninteragissent pas entre elles à linstant
considéré. Einstein et ses deux collaborateurs
estiment alors que cette conclusion est si manifestement
fausse que la théorie de la physique quantique
sur laquelle elle est basée ne peut être
quincomplète. Les auteurs en concluent
quune théorie juste devrait comporter certaines
variables cachées ( pour eux non encore découvertes)
assurant une liaison entre les particules (paradoxe
EPR), permettant de retrouver le déterminisme
de la physique classique.
A.
Einstein, B. Podolsky, N. Rosen: "Can quantum-mechanical
description of physical reality be considered complete?"
Physical Review 41,15 Mai 1935, pages 777-780, dont
on trouvera le fac simile sur http://www.burgy.50megs.com/epr.htm
1982 : Les physiciens disposent enfin
de la technologie nécessaire pour exécuter
la fameuse expérience EPR. L'équipe d'Alain
Aspect, à Orsay, est la première à
montrer de manière irréfutable l'erreur
d'Einstein et de ses deux collègues : les particules
interagissent bel et bien à grande distance,
sans l'aide d'aucune entité, ou "variable"
cachée. Cette expérience remarquable*
vient valider de manière rigoureuse la théorie
quantique et montre que deux particules qui ont interagi
à un moment (comme les protons évoqués
dans l'article d'Einstein) conserveront un lien, quelle
que soit la distance qui les sépare. Ainsi, si
l'on modifie la polarisation d'une particule (son orientation
électromagnétique), une particule jumelle
issue de la même source, mais désormais
située à un mètre ou à des
milliers de kilomètres subira instantanément
la même modification. La réalité
est non locale. Partant de ce constat, utiliser ce principe
de non-séparabilité de la fonction d'onde
pour tenter une téléportation de particules
fait désormais partie des possibles. En d'autres
termes,
puisque des particules interagissent, on doit pouvoir
s'arranger pour qu'elles communiquent entre elles, qu'elles
s'envoient des messages...
* Expérience ingénieuse dans laquelle
la corrélation entre les deux moments angulaires
est mesurée, dans un intervalle de temps extrêmement
court, par un système de commutation à
haute fréquence. Cet intervalle est plus court
que le temps nécessaire pour que le signal lumineux
ait parcouru la distance séparant les positions
de mesure respectives de chaque particule. Selon la
théorie de la relativité spéciale
dEinstein, aucun message ne peut être transmis
plus vite que la lumière. Il est par conséquent
impossible quune information concernant la direction
de la mesure sur le premier proton atteigne le second
proton avant que cette mesure soit effectuée.
L'expérience montre ainsi que les systèmes
quantiques comportent entre eux des relations qui ne
peuvent sexpliquer par la physique classique.
Bohr a eu raison contre Einstein : la théorie
de la physique quantique est valide, elle implique "un
tout indivisible, au sein duquel linstrument dobservation
est inséparable de ce qui est observé".
Alain
Aspect, Philippe Grangier, and Gérard Roger :
"Experimental realization of Einstein-Podolsky-Rosen-Bohm
gedankenexperiment: A new violation of bell's inequalitie",
Physical Review Letters, 49:91, 1982 (voir http://prola.aps.org/abstract/PRL/v49/i2/p91_1).
1993 : L'américain Charles Bennett
(aujourd'hui l'un des spécialistes mondiaux en
matière de cryptographie quantique) entouré
de 5 collègues -un américain, un israélien,
un australien et deux québécois, dont
un travaillant à l'Ecole Normale supérieure
de Paris- publient un article purement théorique
concernant la téléportation. Les six auteurs
ont inventé une méthode pour reproduire
à l'identique une particule en téléportant
non la particule elle-même, mais l'information
nécessaire à sa duplication. C. Benett
et ses collègues ont en effet l'idée d'utiliser
un couple de particules possédant les propriétés
de la non-séparabilité. Schématiquement,
le processus consiste à faire interagir une particule
B avec une particule A, et la jumelle de A, A', se transforme
alors pour acquérir une propriété
de B.
C.H.
Bennett, G. Brassard, C. Crépeau, R. Jozsa, A.
Peres, and W. Wootters : "Teleporting an unkown
quantum state by dual classical and EPR channels",
Physical Review Letter, 70:1895-1898, 29 mars 1993 (voir
http://cornell.mirror.aps.org/abstract/PRL/v70/i13/p1895_1)
1997 : Débuts véritables
de l'histoire de la téléportation : ce
qui n'était encore que théorique en 1993
devient réalité lorsque l'équipe
d'Anton
Zeilinger (professeur au Département de physique
expérimentale de l'Université d'Innsbruck
en Autriche) et celle de Francesco Martini (université
de Rome, en Italie) téléportent l'état
quantique d'un photon*. Cela dit, l'expérience
ne réussit qu'une fois sur quatre.
*Entre
deux points séparés du laboratoire, l'état
de polarisation d'un photon 1 a été transféré
instantanément au photon 3 par l'intermédiaire
d'un "photon transporteur" (photon 2).
Dik
Bouwmeester, Jian-Wei Pan, Klaus Mattle, Manfred Eibl,
Harald Weinfurter & Anton Zeilinger : "Experimental
quantum teleportation", Nature, Vol. 390, 11 décembre
1997, p. 575
(abstract
: http://www.nature.com/cgi-taf/DynaPage.taf?file=/
nature/journal/v390/n6660/abs/390575a0_r.html)
1998 : L'équipe américaine
de Jeff Kimble (Norman Bridge Laboratory of Physics,
California Institute of Technology, Pasadena) en association
avec des physiciens danois (Aarhus University) et britanniques
(University of Wales) franchit une étape supplémentaire
par rapport aux expériences de 1997 en téléportant
les propriétés d'un faisceau de lumière
(soit de milliards de photons) et en recréant
plus loin son double parfait. L'équipe montre
ainsi qu'une grosse quantité d'informations est
téléportable de façon fiable.
A.
Furusawa, J. L. Sørensen, S. L. Braunstein, C.
A. Fuchs, H. J. Kimble, and E. S. Polzik : "Unconditional
Quantum Teleportation", Science Oct 23 1998: 706-709.
(http://www.sciencemag.org/cgi/content/full/282/5389/706)
2001 :
- septembre :
Des chercheurs danois de luniversité dAarhus
(dont l'un faisait partie de l'article publié
en 1998 -voir ci-dessus) réussissent à
relier par enchevêtrement quantique deux nuages
de césium distants l'un de l'autre, créant
un "lien télépathique" entre
eux et leurs particules éloignées.
Rapportés dans Nature, ces travaux sont de premières
importance car jusqu'ici l'enchevêtrement n'avait
pu être observé que pour quelques atomes,
au niveau microscopique, et l'on pensait qu'il ne pouvait
en être autrement. Mais avec de nouvelles méthodes,
les scientifiques ont démontré expérimentalement
qu'il est possible de générer cet enchevêtrement
quantique pour deux objets macroscopiques séparés,
chacun consistant en un gaz de césium contenant
près de 1012 atomes.
Brian
Julsgaard, Alexander Kozhekin & Eugene S. Polzik
: "Experimental long-lived entanglement of two
macroscopic objects", Nature n° 413 du 27 septembre
2001, pages 400 à 403 (abstract http://www.nature.com/cgi-taf/DynaPage.taf?file=/nature/journal/v413/n6854/abs/413400a0_fs.html)
-
décembre : Des
scientifiques californiens du centre de Recherche Almaden
d'IBM et de l'Université de Stanford réussissent
la mise en facteur du nombre 15 (par l'algorithme de
Peter Shor) à l'aide d'un ordinateur quantique.
Lievent
M.K. Vandersypen, Matthias Steffen, Gregory Breyta,
Costantino S. Yannoni, Mark Sherwood & Issaac L.
Chuang
:"Experimental realization of Shor's quantum factoring
algorithm using nuclear magnetic resonance", Nature
n°414, pages 883887 (abstract : http://www.nature.com/cgi-taf/DynaPage.taf?file=/nature/journal/v414/n6866/abs/414883a_fs.html)
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