Chapitre
7. Mechanisms in Programs and Nature
Le chapitre commence par rappeler le présupposé de
l'auteur : contrairement à ce que pourrait laisser croire
la grande complexité observable dans la nature, il apparaît
que cette complexité n'est pas générée
par des règles complexes de développement, mais au
contraire par des règles (ou programmes) simples, analogues
à ceux observés dans le cas des automates cellulaires
(AC) et autres programmes informatiques simples présentés
dans les précédents chapitres. Si quelques différences
de détail peuvent être observées, c'est une
grande similarité d'ensemble qui règne dans l'un et
l'autre cas. Ceci n'est pas une coïncidence mais révèle
l'existence de règles sous-jacentes (underlying rules) communes
ou universelles. Il en résulte que l'on pourra comprendre
le comportement des systèmes naturels en étudiant
celui des programmes simples. On les comprendra en tous cas mieux
qu'ils ne l'ont été lorsqu'ils ont été
étudiés par les sciences traditionnelles et les mathématiques
dites de la complexité.
Les trois mécanismes
générant de l'aléatoire (randomness)
Le mot randomness peut être
traduit de différentes façons, aléatoire,
hasard, désordre ou même ordre caché non identifiable
et non explicable avec les méthodes d'analyse existantes
(pouvant résulter de règles ou variables cachées).
Pour SW, l'aléatoire ou désordre apparent
semble un phénomène très répandu dans
la nature, il paraît responsable de la grande diversité
des formes et mécanismes. On pourrait donc supposer qu'il
prend de nombreuses formes. En fait, le travail sur les AC a montré
qu'un système ne peut évoluer au hasard que dans
trois cas seulement.
Le premier cas résulte du fait que les règles
d'évolution du système sont obligées de tenir
compte en permanence d'une injection d'aléatoire. C'est
ce qui se passe dans un système évoluant en interaction
continue avec un environnement perturbé ou incertain, par
exemple un bateau naviguant sur une mer agitée.
Le second cas résulte du fait que les éléments
initiaux du système comportaient des aspects aléatoires
qui introduisent de plus en plus de hasard dans le cours du déroulement
du système, dont les règles sont pourtant ordonnées.
Ceci relève de ce que l'on appelle la sensibilité
aux données initiales dans les systèmes dits chaotiques.
L'exemple classique est celui du jet des dés, dont le résultat,
faute de connaître avec suffisamment de précision
les données initiales, n'est pas prédictible. Un
autre exemple souvent donné est celui de la pâte
feuilletée, au sein de laquelle des grains de raisin initialement
ordonnés finissent après plusieurs pliages par se
retrouver répartis sans ordre.
Dans les deux cas, l'aléatoire peut être
attribué à un facteur extérieur au système.
Celui-ci est doté de règles qui ne devraient pas
générer de désordre, si elles n'étaient
pas perturbées par des facteurs extérieurs. L'inconvénient
avec ce type d'aléatoire est que les explications scientifiques
de tels phénomènes ne cherchent pas à comprendre
en quoi consiste l'aléatoire. On se borne à en attribuer
la responsabilité à l'environnement extérieur.
Mais l'étude des AC (voir par exemple celui
dit de la règle 30) a montré qu'un système
doté de règles simples peut, en évoluant,
et sans apport d'aléatoire venu de l'extérieur,
générer de façon intrinsèque un aléatoire
plus ou moins étendu, qui pourra aussi être assimilé
à de la complexité. Il s'agit alors d'un aléatoire
ou désordre venu de l'intérieur. On en peut donc
plus, après avoir constaté le phénomène,
renoncer à l'expliquer.
Comprendre ce qui se passe en ce cas est d'autant
plus nécessaire qu'il apparaît, à l'observation
de la nature, que l'aléatoire généré
par l'évolution intrinsèque du système est
beaucoup plus fréquent, dans la nature, que l'aléatoire
résultant de l'interaction avec l'environnement.
Pour SW, le mécanisme est responsable de pratiquement
tout l'aléatoire que l'on peut observer dans le monde naturel.
Il faut donc impérativement essayer de l'analyser.
On considère généralement comme
désordonné ou aléatoire ce qui semble ne
présenter aucune régularité détectable
avec nos moyens actuels d'analyse. Mais il existe des définitions
du hasard qui limitent le terme à ce qui ne peut être
généré par aucune procédure simple
quelle qu'elle soit. Ces définitions ne peuvent pas s'appliquer
dans la nature puisque les règles simples sont plus fréquentes
que les règles compliquées.
L'aléatoire générant de la complexité
à partir de l'application de règles simples est
donc le cas le plus répandu, tout au moins lorsque l'aléatoire
est produit dans un court délai de temps. Tous les composants
du système sont en effet mobilisés pour produire
de l'aléatoire. Les 2 autres mécanismes générateurs
d'aléatoires à partir d'une injection de l'extérieur,
présentés ci-dessus, demandent au contraire de longs
délais pour faire sentir leurs effets. Dans leur cas et
dans de courts délais en effet, le désordre est
très vite limité par les dimensions du système.
NB : par exemple le désordre dans la marche d'un bateau
sur une mer agitée ne dépasse pas certaines limites,
sauf
sur de très longs temps au cours desquels le
bateau peut se désagréger à la mer
On détecte l'aléatoire intrinsèque
au déroulement d'un système par le fait qu'il peut
être reproduit d'une expérience à l'autre
dans les mêmes conditions, tant du moins que des règles
simples identiques sont appliquées à un système
identique. La raison de cela est que les mêmes règles
initiales simples produisent le même effet, même lorsque
cet effet, aléatoire ou désordonné, ne parait
pas présenter de régularité détectable
avec nos moyens d'analyse. Même lorsque certaines modifications
mineures du système sont introduites, la séquence
de développement vers les formes comportant de l'aléatoire
peut n'être pas perturbée. C'est ce qui se passe
dans les systèmes biologiques, où les similarités
dans l'obtention de formes aléatoires complexes demeurent,
alors que les conditions initiales de développement de
chaque système ne peuvent par la force des choses être
rigoureusement identiques.
La suite du chapitre est consacrée à
montrer que les phénomènes se présentant
comme continues ou fluides, fréquents dans la nature, sont
le résultat de la moyenne du comportement d'un très
grand nombre d'éléments discrets. C'est une nouvelle
fois le hasard qui produit cette continuité. Dans un système
excluant l'aléatoire, tel un cristal de diamant, tous les
éléments sont ordonnés. Dans un fluide apparemment
continu, l'arrangement au hasard des éléments discrets,
généralement microscopiques, donne une impression
de continuité. L'équivalent peut être reproduit
avec des AC obéissant à des règles simples
adéquates.
Les modèles mathématiques traditionnels
sont basés sur la continuité. On a vu que celle-ci,
dans la nature, cachait en fait l'existence d'éléments
discrets interagissant au hasard. A l'inverse, on peut montrer
que, dans la nature, il est fréquent que des comportements
apparemment continus conduisent à des comportements discontinus
ou discrets. C'est le cas classique de l'eau qui se met à
bouillir. Le phénomène à nouveau peut être
simulé sur des AC adéquats.
Dans la nature, les comportements complexes semblent
coexister avec les comportements simples, créant répétition
et uniformité. Pour SW, ces deux catégories relèvent
non pas de règles différentes, mais des mêmes
règles simples. Les programmes aux règles les plus
simples peuvent engendre de la complexité, tandis que des
programmes aux règles compliquées peuvent engendre
des comportements simples. De plus, des règles apparemment
très proches peuvent engendrer des comportements très
différents. Il apparaît en fait, comme cela sera
discuté dans le chapitre 12, que finalement un nombre très
restreint de comportements globaux peuvent survenir, que les règles
soient simples ou non.
Chapitre 8 Implications
for Everyday Systems.
Après ces considérations générales,
SW aborde le concret, en examinant des processus et systèmes
naturels extrêmement répandus dans la nature, que
pourtant la science traditionnelle basée sur les mathématiques
ne peut que difficilement modéliser et moins encore comprendre.
L'auteur ne prétend pas pouvoir expliquer tous les détails
de tels phénomènes, ce qui supposerait une connaissance
quasi universelle des processus physiques, chimiques et biologiques.
Mais il veut montrer que l'on peut identifier des mécanismes
de base communs à tous ces phénomènes, aussi
différents soient-ils. On peut construire, grâce
aux références fournies par les AC, des modèles
de ces phénomènes à partir de règles
simples, qui représentent très convenablement l'apparente
complexité de la nature. Ces modèles permettront
aux recherches ultérieures d'éviter de se perdre
dans la complexité et d'identifier les mécanismes
de la nature, généralement de niveau atomique ou
moléculaire, qui produisent les phénomènes
observés. De plus, ils porteront sur la totalité
du phénomène et non sur des aspects particuliers
de celui-ci, comme le fait souvent la science traditionnelle.
Or cela, aucune formule mathématique n'est capable de le
faire.
Cela dit, le modèle, à base d'AC, reste
une représentation abstraite. Il n'est pas plus "dans la
nature" que ne le sont les mathématiques. Il se borne à
illustrer un phénomène commun entre lui et le système
naturel. Par exemple, la combinaison d'un effet incitateur et
d'un effet inhibiteur, qui crée des formes complexes, met
en jeu des cellules dans un AC et des molécules chimiques
dans un système naturel. L'AC en ce cas ne peut expliquer
ce qu'est l'effet inhibiteur en terme de tension entre molécules,
mais met en évidence les résultats que va produire
cet effet, partant du principe que les mêmes phénomènes
globaux se déroulent dans le système artificiel
qu'est l'AC et dans le système naturel qu'est le flocon
de neige ou la cellule biologique.
Pour faire apparaître les phénomènes
simples dans les phénomènes apparemment complexes
de la nature, on est tenté de construire des modèles
complexes montrant comment interagissent les phénomènes
simples en leur sein. Mais l'expérience montre que c'est
une erreur méthodologique. Chaque fois, ce sont les modèles
les plus simples qui se sont montrés les plus pertinents.
La croissance des cristaux
Ce phénomène, observé par tous
en ce qui concerne les cristaux de glace, montre que des structures
extrêmement complexes peuvent être générées
à partir de règles simples, de la même façon
que les AC permettent de le modéliser. Il est intéressant
de voir en ce cas que les règles simples à l'uvre
dans la nature sont à peu près connues : lorsqu'un
élément de glace s'ajoute à un flocon de
neige, il se produit un dégagement de chaleur qui empêche
le dépôt d'autres éléments de glace
dans son voisinage. Cette règle peut très aisément
être introduite dans un AC.
L'expérience montre alors qu'une grande quantité
de formes différentes peuvent être obtenues d'une
façon que les mathématiques traditionnelles sont
incapables de modéliser, ce que peuvent faire sans difficultés
les AC. De plus, dans la nature comme dans les AC, des formes
simples peuvent coexister avec des formes complexes, d'une façon
apparemment aléatoire. Dans la plupart des cas, l'apparition
de l'aléatoire est intrinsèque au système
et ne découle pas d'une interaction avec un environnement
lui-même aléatoire.
La ligne de brisure des
matériaux
Les mêmes constatations peuvent être
faites relativement aux formes aléatoires de la ligne de
brisure ou fracture survenant dans un matériau.
L'écoulement des
fluides.
Les phénomènes d'écoulement
laminaire ou turbulent ont été très étudiés,
non seulement parce qu'ils sont constants dans la nature, mais
parce que leur modélisation est devenue essentielle dans
la plupart des industries modernes. Ils sont très divers.
Selon SW cependant, les sciences traditionnelles n'ont jamais
été capables d'en donner une explication précise.
Ce n'est plus le cas en utilisant des AC obéissant à
des règles très simples. La chose n'est pas étonnante,
car les fluides étant composés de particules discrètes,
les cellules de l'AC en offrent une excellente représentation.
Jusqu'à présent, ces phénomènes
étaient associés au chaos et à la sensibilité
aux données initiales. Or celle-ci n'apparaît pas
jouer de rôle dans les modélisations permises par
les AC. Même avec des données initiales très
simples et invariables, les turbulences peuvent apparaître.
Ceci veut dire que la complexité est générée
intrinsèquement par le système, à une échelle
suffisante de représentation. C'est ce qui doit se produire
dans les systèmes naturels. On conçoit qu'il s'agisse
là d'une conclusion importante pour les ingénieurs
étudiant les turbulences. Il faut modéliser celles-ci
d'une façon globale et non mathématique, quasi-visuelle,
afin de les prévoir (NB : c'était d'ailleurs ce
qui se faisait de façon analogique dans les souffleries
traditionnelles).
Les systèmes biologiques
Ceux-ci sont universellement présentés
comme les exemples d'une complexité naturelle bien plus
grande (d'un tout autre ordre) que la complexité des systèmes
mécaniques. On attribue aujourd'hui cette complexité
à un processus unique, celui de l'adaptation par mutation-sélection
à l'ouvre depuis l'apparition de la vie. Cependant, selon
SW, malgré de nombreuses discussions, il n'a jamais pu
être clairement démontré comment ce mécanisme
darwinien peut générer tant de diversité
et de complexité.
En fait, il apparaît que cette complexité
n'a pas grand chose à voir avec le mécanisme d'adaptation-sélection,
mais tient au fait que les systèmes évoluant à
partir de règles ou programmes simples génèrent
intrinsèquement de la complexité. Il y aurait donc
des règles sous-jacentes communes à l'uvre
dans les différents domaines de la vie. Ces règles,
sous des formes et avec des moyens différents, produisent
des résultats comparables, qu'il s'agisse des micro-organismes,
des végétaux ou des animaux.
SW se livre donc à un " procès " de
ce que l'on pourrait appeler une utilisation abusive du principe
de la sélection naturelle. Pour le néo-darwinisme
et la sociobiologie en général, les gènes
qui produisent les meilleures conditions d'adaptation sont sélectionnés,
puisque l'organisme le mieux adapté génère
le plus de descendants. SW ne récuse pas ce mécanisme
au plan général. Il est évident que ne survivent
que les espèces les plus prolifiques et que, si elles sont
prolifiques, c'est parce que les descendants se révèlent
mieux adaptés aux contraintes du milieu que leurs compétiteurs.
Mais ce sur quoi insiste SW, c'est qu'à l'intérieur
de ce mécanisme très général, d'innombrables
traits et spécifications apparaissent et demeurent alors
qu'ils n'ont rien à voir avec la survie ou l'adaptation
des individus et des espèces. Ils se produisent simplement
parce que les systèmes évoluent en créant
au hasard de la diversité et de la complexité, de
façon intrinsèque, comme le montrent les simulations
sur AC. Si de telles créations se révélaient
effectivement mortelles, les individus et espèces porteuses
disparaîtraient. C'est incontestable. Mais la plupart du
temps, elles se révèlent neutres quant à
l'adaptation, et peuvent donc se poursuivre.
Ceci paraît répondre
à une observation souvent faite par le regretté
Stephen Jay Gould, relative à l'existence de caractères
étranges dont on ne voit pas bien l'intérêt
en termes darwiniens, ou qui donnent naissance à d'autres
usages que ceux des organes au sein desquels ces caractères
apparaissent (ex-adaptation ou adaptation a posteriori - certains
disent pré-adaptation). On parle aussi parfois de "dérive
génétique".
Pour SW, la contrainte de satisfaire de façon
optimale à la survie est si compliquée que, si c'était
elle qui avait généré la complexité,
il aurait fallu que la nature tente un nombre astronomique de
solutions pour y arriver. Or la survie se produit, à partir
de solutions simples et de mutations à petite échelle
qui n'ont finalement rien à voir avec la maximisation des
chances de survie. Vouloir expliquer l'apparition de tous les
caractères nouveaux par ce facteur, comme le font les biologistes
modernes, conduit à des contre-sens. Ils s'émerveillent
alors de voir quelle ingéniosité la nature a déployé
pour réaliser des adaptations optimales. C'est ainsi que
l'on admire le fameux " nombre d'or " qui semble organiser la
répartition des rameaux ou des feuilles dans un végétal,
ou la science des taches sur la peau ou la coquille de divers
organismes, censées égarer les prédateurs,
alors qu'il ne s'agit en fait que de complexité apparue
en résultat de l'application de règles sous-jacentes
communes à tous les systèmes évolutifs, qui
se retrouvent à l'identique dans les AC.
Dans le cours de l'évolution, les mutations
au hasard ont provoqué l'apparition de très nombreux
programmes de développement. Une grande quantité
d'entre eux a pu générer de la complexité
de façon intrinsèque. La sélection naturelle
a pu en éliminer un certain nombre, mais celle-ci a porté
sur des traits généraux, et pas sur le détail
des caractéristiques complexes apparues.
La preuve de ceci est que la complexité est
apparue très tôt dans la nature. Elle n'a donc pas
été le résultat d'un long processus de sélection
vers l'adaptation. Par ailleurs les formes simples et les formes
complexes ont coexisté et continuent à le faire,
sans que telle ou telle ne prédomine.
A nouveau, si on admet que les formes complexes apparaissant
dans la nature sont générées par des phénomènes
intrinsèques analogues à ceux se produisant dans
le déroulement de certains AC, en conclura-t-on que la
nature fait appel aux AC ? Evidemment non. La biologie moléculaire
devra faire apparaître les facteurs et règles simples
mettant en relation les éléments des systèmes
vivants et leur permettant de mettre en uvre les règles
sous-jacentes qui se retrouvent à l'uvre dans les
cellules des AC. Mais pour cela, elle sera aidée par les
modèles que lui fournissent les AC, ce que les mathématiques
les plus complexes sont incapables de faire.
Selon SW, la sélection naturelle joue finalement
très peu de rôle pour adapter un comportement complexe
à son environnement. Une raison de cela est qu'il lui faudrait
remonter au programme simple qui donne naissance à ce comportement
complexe, ce qui n'est pas assuré de résultats puisqu'un
tel programme simple peut donner naissance d'une façon
imprévisible à un très grand nombre de comportement,
entre lesquels la sélection n'aurait pas le temps de s'exercer.
La sélection, dans ces conditions, ne s'exerce que sur
les caractéristiques les plus simples des organismes et
des espèces. Elle aurait par conséquent, d'une façon
générale, tendance à privilégier les
solutions simples, modulaires, et éviter la complexité.
C'est ce que d'ailleurs confirme l'observation des êtres
vivants.
La complexité qui apparaît dans les
systèmes vivants ne résulterait donc pas de l'action
de la sélection naturelle. Au contraire, elle apparaît
en dépit de la sélection naturelle, du fait de l'évolution
des systèmes aux règles simples qui la génère
de façon imprévisible. Ceci va évidemment
à l'encontre de l'intuition générale.
Si les organismes dits supérieurs sont apparus,
ce n'est pas parce qu'ils étaient mieux adaptés,
mais parce qu'ils résultent de filières de mutations
au hasard qui sont survenues dans le développement des
systèmes simples, et qui ne se sont pas révélées
fatales pour leurs porteurs. Mais lorsque, comme le montre l'étude
des " explosions " survenues dans l'histoire des espèces,
une grande diversité de solution apparaît subitement,
la sélection quand elle peut s'exercer privilégie
toujours les plus simples. La sélection, d'une façon
générale, porte sur les structures basiques des
organismes et non pas sur les traits plus superficiels.
La convergence de solutions apparues dans les différents
ordres du vivant pourrait laisser penser que ces solutions répondent
à un optimum adaptatif résultant de la sélection
naturelle. Mais en fait, on peut l'attribuer simplement au fait
général que tous les programmes simples, qu'ils
relèvent des systèmes vivants ou d'autres systèmes,
génèrent des solutions complexes plus ou moins semblables.
Malgré la diversité superficielle de ces solutions,
il devrait dont être possible d'envisager une théorie
prédictive en biologie, comme d'ailleurs dans les autres
domaines, qui permettrait de prévoir quelles formes de
base sont susceptibles ou non d'apparaître.
Après avoir présenté ces principes
SW entreprend de les illustrer en considérant différents
phénomènes de l'évolution biologique. Dans
chacun d'eux il retrouve le résultat de programmes simples
analogues à ceux mis en uvre par l'évolution
des AC. Ces phénomènes étant soit semblables
soit convergents, on peut en déduire que les mêmes
principes sous-jacents sont à l'uvre, quelle que
soit la nature des systèmes. Nous ne reprendrons pas ici
la présentation de ces divers phénomènes
: on y trouve la croissance des plantes et des animaux, les patterns
ou modèles de pigmentation et finalement, à titre
d'illustration de ce qui peut se passer dans les sociétés
humaines, le fonctionnement des marchés financiers.
Nous examinerons dans un
prochain numéro la façon dont SW étend ses
théories aux questions de la physique fondamentale. C'est
là qu'il a rencontré les plus vives oppositions.
Ceci étant, on voit
bien que le fait de suggérer qu'il existerait des règles
sous-jacentes ou variables cachées régulant d'une
façon encore non analysée et donc non prédictible
l'évolution des systèmes à règles
simples vers le hasard et la complexité pose un challenge
énorme à la connaissance. Que seraient, d'où
viendraient ces règles sous-jacentes, seraient-elles un
jour maîtrisables par l'homme autrement qu'en faisant se
dérouler aussi longtemps que nécessaire les systèmes
simples au sein desquels elles se manifesteraient. L'article que
nous résumons par ailleurs dans ce dossier, de Ray Kurzweil,
en réponse à Wolfram, aborde cette question.
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