Dans son livre remarquable, Stephen Wolfram (SW) affirme
que les opérations conduite dans les automates cellulaires
(AC) se retrouvent presque partout dans le monde réel.
Il propose même l'hypothèse selon laquelle l'univers
entier serait un vaste calculateur fonctionnant sur le mode d'un
automate cellulaire. Il ne parait pas que ces hypothèses
puissent expliquer toute la complexité de la vie, de l'intelligence
et des phénomènes physiques.
Le livre couvre l'ensemble des sujets de connaissances
scientifiques, en prétendant les examiner à la lumière
des règles de fonctionnement des automates cellulaires,
plus particulièrement celui de l'AC dit de la règle
110.
Il faut saluer l'amour exclusif que SW porte à
ses AC, même s'il tourne à l'ubris. (suit
une bonne description de ce que sont les AC et les règles
qu'ils mettent en uvre) L'AC dit de la règle
110 dans la classe 4 est le plus significatif, en ce sens qu'il
produit des formes étonnamment complexes qui ne se répètent
pas. L'ensemble n'est ni régulier ni complètement
aléatoire. Il semble relever d'un ordre, mais d'un ordre
non prédictible. Ceci est important car le processus résulte
de l'application d'une règle aussi simple que possible
et d'un point de départ lui aussi très simple :
une seule cellule. On pourrait donc attendre un processus répétitif
et déterminé. Or tous les tests ont montré
qu'il demeurait aléatoire. En fait, l'AC produit autre
chose que du simple aléatoire, ce qui n'aurait guère
d'intérêt. On peut y discerner des formes ou structures
(patterns) révélant une sorte d'ordre et une apparente
intelligence. Comme quoi, selon SW, une règle simple peut
engendrer de la complexité.
Or de tels phénomènes sont déjà
connus. On peut citer les fractals, le chaos, les théories
de la complexité et de l'émergence, les réseaux
neuronaux (modèle de Markov) et finalement le cerveau humain
et le génome, lesquels génèrent des complexités
considérables par l'application de règles simples
à des éléments discrets eux-mêmes simples.
De même les processus déterministes générant
de l'aléatoire sont connus depuis longtemps, par exemple
les générateurs de nombres au hasard.
Mais SW prétend fournir une explication théorique
complète de telles situations, en expliquant que la seule
source de la complexité dans le monde est l'application
de la règle de l'AC 110. Certes, la computation est à
la source de tout ce qui nous entoure, et beaucoup des formes
que nous voyons sont créées par l'équivalent
d'AC. Mais la vraie question est la suivante : de quelle sorte
de complexité sont les résultats des AC de classe
4 ? Or les formes produites par les AC de classe 4 ont toutes
un aspect général commun, bien que ne se répétant
pas. Leur intérêt et leur intelligence sont limités.
De plus, elles n'évoluent pas vers quelque chose de plus
complexe, elles ne produisent pas de nouvelles sortes de structures.
Faire tourner l'AC des milliards de fois n'y changerait rien.
On est loin de ce que produit la vie.
La complexité
Ceci pose la question de la définition donnée
à la complexité. La complexité est un processus
continu. L'auteur (Ray Kurzweil) avait suggéré le
mot "ordre" comme synonyme de complexité, en le définissant
comme une information répondant à un objectif. Un
processus complètement prévisible est d'ordre zéro.
Un haut niveau d'information seul ne signifie pas nécessairement
un haut niveau d'ordre (c'est le cas d'un annuaire téléphonique).
Une séquence aléatoire est de l'information pure,
non prévisible, mais elle n'a pas d'ordre. Les formes produites
par les AC de classe 4 possèdent un certain niveau d'ordre.
Mais la structure correspondant à un être humain
possède un niveau bien supérieur d'ordre ou de complexité.
C'est en fait une hiérarchie très imbriquée
de structures. On ne voit pas comment un AC de classe 4 pourrait
évoluer vers une telle hiérarchie.
Le fait que l'on puisse présenter l'automate
110 comme un calculateur universel ne le rend pas pour autant
capable d'intelligence. Ce qui rend les calculateurs intelligents
est le logiciel. Pour aller plus loin dans la complexité,
il faut faire appel à un algorithme évolutionnaire.
Pour SW, un tel algorithme et un AC de classe 4 sont équivalents.
Mais ils ne le sont qu'au plan du hardware. Au plan du software,
ils présentent des ordres de complexité très
différents. Les algorithmes évolutionnaires peuvent
être spécifiés de très nombreuses façons
et fournir des solutions optimales à de très nombreux
problèmes. On considère aujourd'hui qu'ils peuvent
résoudre des questions relevant de l'IA au sens faible
(narrow)
Cependant, à eux aussi manque quelque chose.
Ils ne peuvent résoudre des problèmes relevant de
l'AI forte (strong), c'est-à-dire les problèmes
que résout le cerveau humain, particulièrement dans
la reconnaissance des structures (patterns) et la génération
du langage. Il semble par ailleurs qu'ils ne puissent dépasser
un certain niveau dans la création de la complexité.
La complexité évolutive n'apparaîtra qu'au
sein de systèmes évolutifs à multiples niveaux.
Les algorithmes génétiques devront évoluer,
le code génétique aussi, de même que les règles
de l'évolution. La nature a donné l'exemple en ne
limitant pas l'évolution à celle d'un seul chromosome.
Pour que la complexité puisse augmenter, il faut mettre
en place un environnement complexe et interagissant au sein duquel
se produira l'évolution.
Dans la perspective de l'AI forte (strong), il faudra
faire l'ingénierie inverse du cerveau humain, un projet
en cours actuellement, qui bénéficiera des processus
évolutionnaires déjà utilisés. Les
algorithmes génétiques procéderont de la
même façon que le fait déjà la nature
: ainsi le câblage du cerveau du ftus est aléatoire
dans certaines zonescérébrales de sorte que la majorité
des connexions sont détruites lorsque le cerveau du nouveau-né
se construit de façon à donner un sens à
son environnement et à sa situation.
La sélection naturelle
et la complexité en biologie
Pour en revenir à la discussion des thèses
de SW, on peut contester d'abord ses affirmations concernant la
complexité en biologie. Certes certaines des formes de
complexité visibles dans la nature peuvent être attribuées
à des processus analogues à ceux des AC (par exemple
les formes et les dessins des coquillages). Mais il ne s'agit
pas de comportements d'une grande complexité. Ils ont certes
un haut niveau d'aléatoire et d'imprédicabilité.
Il est vrai aussi qu'ils présentent des constantes. Mais
la complexité y est modeste et surtout n'évolue
pas vers des complexité plus élevées. SW
considère que la complexité d'un être humain
est équivalente à celle d'un automate de classe
4 parce que, dit-il, ils sont équivalent au plan computationnel,
c'est-à-dire qu'ils peuvent tous deux tourner sur une machine
de Turing universelle. Mais leur "logiciel" ne présente
aucune similitude en termes de complexité
En ce qui concerne la sélection naturelle,
il est difficile d'accepter l'idée que celle-ci aurait
un rôle limité dans la production de la complexité
des êtres vivants. Un être vivant ne peut être
modélisé par un AC de la même façon
que l'est l'écoulement d'un fluide. La complexité
de l'être vivant résulte du conflit chaotique pour
l'accès aux ressources qui fonde précisément
l'évolution darwinienne. La complexité formelle
des formes générées par un AC n'est pas comparable
à celle des milliards d'êtres vivants formés
tout au long de l'évolution.
SW a raison de noter que certains processus computationnels
algorithmiques ne sont pas prédictibles. On ne peut pas
prévoir les résultats sans dérouler l'ensemble
du calcul. On ne pourrait le faire qu'en simulant ce calcul sur
un modèle susceptible de tourner plus vite que l'algorithme.
L'univers, en ce qui le concerne, tournant à la plus grande
vitesse possible pour lui, on peut difficilement court-circuiter
son processus évolutif. Cependant les milliards d'années
de l'évolution ont donné des produits d'un ordre
de complexité élevé, et on peut dorénavant
en tirer parti en utilisant les outils évolutionnaires
existants pour faire l'ingénierie inverse des produits
de l'évolution biologique. Il faut rappeler à
ce sujet que l'univers évolue d'une façon massivement
parallèle. ON évoquera aussi la théorie de
Marvin Minsky (A society of mind) selon laquelle l'intelligence
résulte de l'interaction de multiples agents simples peu
différents des AC. Ceci étant, ceux-ci seuls n'évoluent
pas suffisamment et doivent être confrontés à
un processus évolutionnaire plus général
supposant conflit et compétition.
La machine de Turing universelle
et la physique
Le point peut-être le plus remarquable dans
le livre de SW est la démonstration faite par celui-ci
de l'universalité de la computation à partir de
règles simples. Certes on le savait déjà.
La machine universelle de Turing, avec ses 7 règles simples,
peut simuler n'importe quel calculateur. SW démontre qu'une
machine de Turing avec 2 états et 5 couleurs possibles
peut être un calculateur universel, de même que l'AC
110 peut faire n'importe quel calcul (à condition de disposer
du bon logiciel).
Par contre, la thèse de SW la plus sujette
à controverse est celle par laquelle il postule que l'univers
est un grand AC, qu'il y a une base numérique universelle
dans les phénomènes apparemment analogiques de la
physique et que nous pouvons nous les représenter comme
les transformations d'un AC. L'hypothèse avait déjà
été avancée par Richard Feynman et Norbert
Wiener, mettant l'accent sur le fait que l'information et non
l'énergie représentait les blocs constitutifs de
l'univers. Dans les années 1980 Edward Fredkin avait proposé
ce qu'il avait appelé une nouvelle théorie physique
reposant sur l'idée que l'univers était composé
de logiciel, c'est-à-dire de bits de données soumis
à des règles de computation, et non de particules
et de forces, ceci depuis les phénomènes physiques
de base jusqu'à la vie (ADN) et la conscience. Robert Wright
avait observé que cette conception ne permettait pas de
court-circuiter le fonctionnement de l'univers pour anticiper
ce vers quoi il allait. De même, pour connaître le
produit du calcul d'un AC, ou de tout calcul utilisant des algorithmes,
il faut le dérouler entièrement - ce qui n'est pas
nécessaire dans l'approche analytique des mathématiques
traditionnelles y compris des équations différentielles.
Tout ceci a été discuté dans
le livre deKurzweil, The age of intelligent machines (1990). Dans
ce livre, il a montré que tout pour nous est tantôt
analogique, tantôt digital. Fredkin, relayé par SW
(qui ne semble pas s'être inspiré de ses travaux)
propose une théorie numérique (c'est-à-dire
computationnelle) destinée à se substituer aux équations
continues modélisant l'ensemble de la physique. La vérification
de la pertinence d'une telle théorie obligera peut-être
à rechercher quels mécanismes plus profonds sous-tendent
les computations des AC. Sous-jacent au grand AC que serait l'univers,
y aurait-t-il un phénomène analogique plus général
qui serait sujet à des seuils permettant les calculs numériques
?
Ainsi, établir une base numérique à
la physique ne résoudra pas le problème philosophique
de savoir si l'univers est digital ou analogique. Ce serait cependant
une réalisation considérable. Aujourd'hui déjà,
cependant, on peut prouver qu'un modèle numérique
de la physique est faisable. A n'importe quel niveau les équations
analogiques peuvent recevoir des correspondances sous forme de
transformations discrètes des valeurs. Il s'agit d'ailleurs
du théorème fondamental du calcul (calculus), selon
lequel l'intégration et la différenciation sont
des opérations inverses. Mais cette hypothèse semble
compliquer inutilement les choses. Utiliser les AC simplifie-t-il
les calculs ? Une nouvelle théorie physique doit pouvoir
faire des prédictions ? Or le trait fondamental d'un AC
est qu'il ne le peut pas.
SW décrit l'univers comme un réseau
de nuds. L'espace tel que nous le percevons serait une illusion
crée par la transition continue des phénomènes
au sein d'un réseau de nuds. Les évènements
tels que les ondes et les particules qui semblent se mouvoir à
travers l'espace seraient représentés par des "
planeurs " cellulaires (gliders) qui progresseraient à
travers le réseau à chaque cycle de calcul, sur
le modèle du Jeu de la Vie. La vitesse de la lumière
serait la traduction de la vitesse de l'horloge du calculateur
céleste faisant avancer les planeurs cellule par cellule.
La relativité générale d'Einstein
peut être représentée dans ce schéma.
On peut imaginer un réseau à 4 dimensions et les
courbures apparentes de l'espace de la même façon
que les courbures dans un espace à 3 dimensions. Le réseau
deviendrait plus dense dans certaines régions pour représenter
de telles courbures.
Le modèle de l'AC peut être également
utile pour expliquer l'apparent accroissement d'entropie de la
2e loi de la thermodynamique. Le déroulement d'un AC de
classe 4 qui produit de l'aléatoire est consistant avec
l'aléatoire du mouvement brownien et de la 2e loi.
La relativité restreinte est plus difficile
à situer. Le réseau d'un AC peut être transcrit
sans difficulté dans le modèle Newtonien. Mais celui-ci
n'est pas compatible avec la relativité restreinte, puisque
les vitesses et temps deviennent relatifs aux vitesses des observateurs.
Une description commune de l'espace et des nuds y devient
difficile, Chaque observateur a besoin de son propre réseau.
On peut le convertir en réseau newtonien, mais cela n'est
pas une simplification. .
Une représentation de la réalité
sous forme d'un réseau cellulaire de nuds peut par
contre avoir de l'intérêt pour comprendre certains
aspects de la mécanique quantique. Elle expliquerait l'aléatoire
que nous observons dans les phénomènes quantiques.
L'apparition aléatoire, par exemple, de paires de particules-antiparticules
pourrait relever du même type de phénomène
que celui constaté dans les AC de classe 4. De la même
façon que les phénomènes quantiques, bien
que prédéterminé, le comportement des AC
ne peut être anticipé et paraît aléatoire
(sauf à le faire tourner) .
Ceci évoque la formule des variables cachées
qui pour certains physiciens expliqueraient les comportements
apparemment aléatoires qu'on observe en mécanique
quantique. Cette interprétation n'est pas incompatible
avec les formules de celle-ci, mais elle n'est pas très
populaire chez les physiciens quantiques car elle semble très
improbable. Mais cela ne devrait pas suffire à la faire
rejeter. Notre univers est très improbable et pourtant
il est là.
Comment tester une telle théorie ? Les AC
ne peuvent aider à le faire, puisqu'ils sont imprédictibles,
même s'ils sont déterministes. L'univers en réseau
proposé par SW ouvre un éclairage sur le phénomène
de la superposition quantique et la réduction de la fonction
d'onde. Celle-ci, qui permet de matérialiser la particule
dans notre univers, peut être vue dans la perspective d'un
AC comme l'intersection de l'observé avec l'observateur.
Comme observateurs, nous sommes en effet à l'intérieur
du réseau. Dans la logique des AC, deux entités
(ou cellules) ne peuvent interagir sans être toutes les
deux modifiées, ce qui suggère une base pour la
modélisation de la réduction de la fonction
d'onde au sein d'un AC. SW écrit que si l'univers est un
réseau, alors il peut contenir des liens (threads) qui
continuent à connecter les particules même séparées
dans l'espace ordinaire. Ceci pourrait expliquer les récentes
expériences (Alain
Aspect) concernant la non-localité. SW reconnaît
lui-même cependant qu'expliquer toute la physique de cette
façon constituera une tâche considérable.
Les structures (patterns)
dans l'univers
SW étend la discussion à la philosophie,
et notamment au libre-arbitre, dont les décisions semblent
déterminées mais imprédictibles, de façon
comparable à ce qui se passe dans un AC. Il paraît
difficile cependant d'assimiler le libre-arbitre à tous
les phénomènes imprédictibles de la nature.
C'est pourtant ce que semble faire SW quand il considère
que les phénomènes de l'esprit sont computationnellement
équivalents à ceux de la turbulence dans l'écoulement
d'un fluide.
La philosophie de Ray Kurzweil n'est pas là-dessus
celle de SW. C'est celle d'un " patterniste " autrement dit d'un
scientifique qui s'est spécialisé dans la reconnaissance
des structures (patterns). La réalité fondamentale
du monde, pour lui, n'est pas la matière mais les structures.
A la question de savoir ce que je suis, dit-il, je suis certainement
un certain arrangement, chaotique et ordonné, des molécules
qui composent mon corps et mon cerveau. Mais celles-ci ne sont
pas celles qui les composaient quelques temps auparavant. Ce qui
a persisté c'est leur structure, leur organisation. Celles-ci
changent aussi, mais plus lentement et en continuité avec
mon moi passé.
Les structures, (les gens, les idées) persistent.
En principe, considérer l'univers comme un AC propose la
même perspective : la réalité est finalement
une structure d'informations. L'information n'est pas un contenu
dans un contenant mais constitue la réalité ultime.
Ce que nous percevons de la matière et de l'énergie
sont des abstractions, c'est-à-dire des propriétés
des structures. La grande majorité des processus définissant
l'intelligence humaine concerne la reconnaissance des structures.
Cependant, ceci n'est pas semblable à ce que
fait un AC de classe 4, qui crée essentiellement des assemblages
de bas niveau. Certains observateurs ont prétendu y voir
des figures fantomatiques et autres significations, mais celles-ci
révélaient plus l'intelligence de l'observateur
que celle de l'AC.
Finalement le travail de SW propose une image
attirante mais finalement surévaluée et incomplète
de l'univers. Il rejoint la communauté de ceux qui voient
la réalité faite plus de réseaux d'information
et de computation que de matière et d'énergie. Son
travail apporte beaucoup à cette hypothèse et devra
être poursuivi, en collaboration avec les autres scientifiques
partageant ces vues, afin de construire une théorie robuste
du rôle universel des algorithmes dans l'univers.
Pour conclure, la théorie de SW ne paraît
pas expliquer toutes les phénomènes biologiques,
même si le manque de prédicabilité des AC
de classe 4 se retrouve dans certains aspects de l'apparente complexité
du monde biologique, et méritera d'être émulé
dans la technologie utilisée par les chercheurs s'intéressant
à la vie artificielle. Peut-être par contre pourra-t-elle
expliquer toute la physique. Alors le livre de SW aura mérité
son titre. De toutes façons le travail de SW constitue
un apport important à l'ontologie.
Premières
conclusions
Nous pourrions à
ce stade de l'étude de A New Kind of Science, et compte
tenu de l'avis autorisé de Ray Kurzweil, proposer à
nos risques et périls quelques premières conclusions
tout à fait fragiles :
- il existe probablement
dans la nature de nombreux processus évolutifs computationnels
algorithmiques qui à partir de règles très
simples, génèrent intrinsèquement de la complexité
sur le mode aléatoire non prédictible (il faut laisser
se dérouler le processus pour voir à quoi il aboutit).
- les AC de classe 4 de
Wolfram (celui de la règle 110) expriment sans doute un
de ces processus, mais ceux-ci sont certainement beaucoup plus
nombreux, dans l'univers tel qu'il se présente aujourd'hui
après un certain nombre de milliards d'années d'évolution
computationnelle. La lisibilité exceptionnelle des AC en
fait un instrument de modélisation tout à fait intéressant,
qui nous permet d'identifier dans la nature des processus analogues
moins évidents.
- Il semblerait que les
modes de génération de la complexité et les
formes de celles-ci soient communes à tous les processus
évolutionnaires de ce type, quelles que soient les bases
physiques, biologiques ou numériques à partir desquelles
ils se mettent en place. Il y aurait en d'autres termes là
un universel dont l'AC de classe 4 nous donne un exemple particulièrement
visible mais qui reste à expliquer (voir ci-dessous).
- la complexité créée
intrinsèquement par ces processus computationnels s'arrête
très vite à un certain niveau qu'elle ne dépasse
pas, si l'évolution reste confinée dans les règles
et le cadre du système. A elle seule, elle ne peut donc
expliquer l'immense complexité et diversité de la
nature. Mais les processus évolutifs en question ne sont
pas isolés. Wolfram a lui-même montré que
les AC peuvent enregistrer un aléatoire venu de l'extérieur,
notamment par interaction avec un environnement complexe. Plus
généralement, les processus évolutifs dans
la nature entrent en interaction (symbiose) et en compétition
sélective les uns avec les autres. Les mécanismes
de génération intrinsèque de complexité
peuvent donc être relancés en permanence, en s'imbriquant
les uns les autres, si les conditions sont favorables. Si
on tenait absolument à comparer l'univers entier à
un vaste AC, il faudrait alors admettre que ce serait un AC comportant
tellement d'AC imbriqués que son analyse resterait très
problématique.
- ceci entre autres redonne
tout son sens à la sélection darwinienne comme moteur
de l'évolution, sans rien retirer à la pertinence
de l'observation de Wolfram selon laquelle de nombreux traits
évolutifs résultant de la production intrinsèque
de complexité sont apparus et se sont développés
au hasard, sans influence (au moins initialement) sur les aptitudes
adaptatives des espèces.
- si nous admettons ce qui
précède, un mystère demeure : existe-t-il
des règles sous-jacentes (underlying rules) et, si oui,
quelles sont-elles, par lesquelles un processus computationnel
génère intrinsèquement de la complexité
aléatoire au sein d'un AC de classe 4 et au sein des processus
évolutionnaires naturels de même nature. On pourrait
aussi appeler ces règles, par référence à
une certaine interprétation de la mécanique quantique,
des variables cachées.
- Il semblerait précisément
que de telles règles auraient quelque chose à voir
avec l'univers quantique, dont on mesure de plus en plus qu'il
doit être pris en considération dans la compréhension
des phénomènes macroscopiques de notre univers,
tant au niveau des systèmes physiques que des systèmes
biologiques. Nous n'en dirons pas plus pour le moment, d'autant
plus que Wolfram aborde ces questions dans un chapitre que nous
n'avons pas encore étudié.
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