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Simultaneous Location and Mapping - Positionnement
et cartographie simultanés NB : on dit
aussi CML, Concurrent Mapping and Localization
Comment
un robot peut-il se déplacer seul dans un environnement inconnu
(non cartographié) en étant toujours certain de sa
position ? Le problème est crucial pour la réalisation
de robots pleinement autonomes, c'est-à-dire ne disposant
pas d'aides extérieures : des cartes déjà élaborées,
un positionnement certain (notamment par GPS - Global Positioning
System) ou, à défaut, une commande à distance
assurée par un humain ? On conçoit qu'il n'est pas
question d'envisager l'utilisation de robots n'ayant pas cette faculté
quand il s'agira d'explorer des lieux non cartographiés (un
immeuble détruit par un séisme, la planète
Mars) et où le GPS n'est pas accessible (l'intérieur
d'un immeuble ne permettant pas la visibilité des satellites
du GPS ou à nouveau la planète Mars).
Du temps des Vikings et des grandes migrations
maoris
Le
problème n'est pas nouveau. Il s'est posé aux hommes
dès les premiers temps de la navigation maritime. Prenons
le cas d'un explorateur marin primitif souhaitant se lancer à
la découverte de terres inconnues, en évitant de se
perdre complètement dans la mer des ténèbres.
De quels instruments dispose-t-il? Il connaît depuis la nuit
des temps le loch ou autres techniques archaïques de même
nature qui lui donnent approximativement la distance parcourue.
Il utilise aussi le repérage sur les étoiles ou sur
les vents réguliers pour obtenir le cap suivi. Par contre
la sonde mesurant la profondeur n'a pas d'intérêt pour
lui hors des plate-formes continentales. Rappelons que la boussole
n'a été inventée que tardivement dans l'histoire
de la navigation. Elle permet de repérer le cap suivi par
rapport au Nord magnétique, mais elle n'est pas utilisable
dans des environnements planétaires ne disposant pas de champs
magnétiques analogues au nôtre.
Dès les origines, l'art du marin ne disposant pas de méthodes
sophistiquées de navigation consiste à naviguer à
l'estime (dead reckoning) en corrigeant du mieux possible les innombrables
erreurs provenant de l'imprécision du suivi de la route.
Mais l'estime n'a de véritable intérêt que si
le marin dispose d'une carte où reporter sa position estimée.
Or, par définition, l'explorateur d'un océan inconnu
n'a pas de carte. Il lui faut donc en construire une, pour son usage
propre et celui de ses successeurs. La méthode traditionnelle
consistait à naviguer droit devant soi jusqu'à rencontrer
une terre, dont on reportait sur un parchemin la position estimée
en cap et en distance (tant de jours de mer ou de milles nautiques
dans telle direction). A partir de l'acquisition de ce premier point,
on pouvait répéter l'opération pour dessiner
les contours du territoire découvert. On pouvait aussi, à
partir du port de départ, procéder à des explorations
identiques dans d'autres directions, afin d'élargir le champ
des terres nouvelles recherchées. Les anciennes cartes comportaient
donc des vecteurs qui donnaient aux pilotes l'information approximative
que naviguant dans telles directions pendant tel nombre de jours,
ils rencontreraient telles terres, iles ou caps de préférence.
Avant ces cartes, qui sont apparues semble-t-il au 12e ou 13e siècle,
les routes se transmettaient par tradition orale au sein de la corporation
très valorisée des maîtres-pilotes océaniques.
L'invention de la boussole puis de la navigation astronomique (repérage
précis sur les astres) a permis de préciser simultanément
le point et les cartes obtenues grâce à lui, mais n'a
en rien dispensé le navigateur de tenir une estime correcte
afin de se situer sur ces cartes. Mais tout ceci est dorénavant
considéré comme inutile par les marins des pavillons
de complaisance, qui se fient entièrement à l'actuel
GPS américain, en attendant le futur Galiléo européen
(sauf à se trouver en perdition en cas de panne de l'électronique).
Le navigateur dispose en effet maintenant à la fois de cartes
où les côtes sont identifiés par leurs relèvements
GPS et de leur position en temps réel à la dizaine
de mètres près.
Le
robot navigateur
De quoi un robot explorateur autonome a-t-il besoin pour acquérir
une expérience de la navigation analogue à celle ayant
permis les grandes explorations maritimes de l'antiquité
? Il doit simultanément construire la carte du milieu dans
lequel il se déplace et se situer avec précision sur
cette carte. Sinon il est condamné à errer au hasard,
sans pouvoir acquérir ou retransmettre d'informations utiles,
ni sur lui ni sur le territoire qu'il explore. La première
fonction à acquérir vise à mesurer le chemin
parcouru (le loch). C'est relativement facile pour un robot terrestre
dont on peut compter les tours de roues (sauf erreurs dues aux patinages
et autres incidents de parcours). C'est plus difficile pour les
robots se déplaçant en milieu liquide ou aérien,
mais il existe des techniques de plus en plus fiables permettant
le positionnement par inertie. Des algorithmes de correction de
l'estime d'une grande complexité sont cependant nécessaires
pour tenir compte des dérives et imprécisions diverses.
La deuxième fonction à acquérir vise à
identifier les caractéristiques du milieu afin d'en construire
une image en 3 dimensions cohérente. Les robots modernes
disposent déjà de systèmes de reconnaissance
des formes, volumes et couleurs qui commencent à être
utilisables sans intervention correctrice permanente d'un observateur
humain. Mais là encore beaucoup de progrès restent
à faire dans l'identification des détails et la construction
du cadre d'ensemble.
Si cependant les roboticiens peuvent recourir à des méthodes
relativement fiables permettant la navigation à l'estime
et la cartographie, comment combiner les deux ? C'est là
l'objectif de la nouvelle stratégie de recherche dite SLAM,
qui fut entreprise au début des années 1990. Il s'agit
de reprendre en la transposant la technique du Viking Eric le Rouge
décrite ci-dessus. Le robot dans cette technique décrit
les objets de son environnement tels qu'il les perçoit par
ses capteurs, afin d'en faire les points remarquables d'une
carte. Il utilise ses propres trajectoires estimées comme
références en cap et distance à partir de son
point de départ, pour positionner ces objets sur ladite carte.
Evidemment, comme ce fut d'ailleurs la cas chez les premiers navigateurs
dont un grand nombre se perdit en mer suite à l'accumulation
des erreurs de détail, il faut que l'informatique du robot
lui permette de corriger les différentes informations qu'il
capte afin de les rendre cohérentes entre elles (self consistent).
Les mesures ne visent évidemment pas à la perfection
mais font appel aux probabilités pour donner des résultats
acceptables
Les
premiers robots explorateurs autonomes
Un article de NewScientist (Unchartered territory, 31 mai
2003, p. 38) expose toute cette problématique et cite les
principaux projets concurrents permettant de progresser dans la
direction du SLAM. Mentionnons ici, parmi de nombreuses autres références
que l'on trouvera sur le web :
L'avenir est désormais dégagé
et on peut pronostiquer le temps où des flottes de robots
pratiquant de façon coopérative le positionnement
et la cartographie simultanées exploreront les planètes
voisines et nous en fourniront des cartes précises.