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Sous
le titre "Flexible active-matrix electronic ink display",
une équipe scientifique dirigée par Yu Chen de
l'E-ink Corporation(1)
vient de présenter les dernières avancées de
son projet d'écran électronique dans un article publié
dans la revue britannique Nature(2).
Large de 7, 6 centimètres et de moins de 0,3 mm d'épaisseur
-contre 2 mm pour les écrans traditionnels- il est si flexible
qu'on peut le rouler jusqu'à former un cylindre d'une taille
de 4 mm sans aucune perte de qualité. Il peut également
être plié, cependant pas plus d'une vingtaine de fois
sous peine d'endommagement irréversible.
Ce papier électronique (e-paper) comprend une feuille d'acier
inoxydable recouverte d'une fine couche de circuits qui contrôlent
un film plastique conducteur parcouru par de "l'encre électronique"
[inventée par un chercheur du MIT - voir encadré
ci-dessous]. Si l'écran affiche pour l'instant des caractères
noirs sur un fond blanc avec, selon les chercheurs, "une résolution
(ici 96 dpi) semblable à un ordinateur portable classique",
l'équipe souhaite maintenant poursuivre ces travaux afin
de minimiser encore l'épaisseur et augmenter la résolution.
Autre défi : accélérer la vitesse à
laquelle l'écran passe d'une page de texte à l'autre.
Celle-ci, à ce jour de 25 dixièmes de secondes, reste
trop lente pour la vidéo. Et puis reste aussi l'exploitation
de la couleur, mais l'équipe pense qu'à terme, ce
ne sera plus un problème.
Le texte pourrait même être affiché en utilisant
les technologies sans fil. En tous cas, le prototype d'écran
développé aujourd'hui autorise déjà
la réception d'images et la lecture d'un livre en noir et
blanc. Du fait de sa légèreté, et même
s'il est aujourd'hui de faible dimension (à peu près
7,6 x 11 cm), il ouvre la voie au développement du journal
électronique(3)
[mis à jour via connexion internet], de l'écran portable
dans ses vêtements, de la carte d'identité intelligente
(smart identity card), consultation de son compte bancaire, de plans,
listes ou modes d'emploi réactualisés de façon
automatique...
D'autres
sociétés comme Toshiba ou Bell planchent depuis des
années sur le même type de projet mais, selon Yu Chen,
son travail représente une véritable avancée.
En tous cas, E-ink peut aujourd'hui envisager la production d'écrans
plus fins et durables que les moniteurs à cristaux liquides
(LCD) à matrice active qui équipent actuellement les
téléphones portables et des PDA. Au contraire des
LCD, les écrans à technologie "electronic ink"
n'ont pas besoin de rétro-éclairage pour que l'image
soit visible. C'est ainsi l'absence de lampe et l'utilisation de
feuilles d'acier qui permettent à ce type d'écran
d'être beaucoup plus mince que les LCD, qui nécessitent
deux épaisseurs de verre.
E-ink vient de présenter son premier prototype lors du Society
for Information Display Exposition and Symposium qui se tenait
du 18 au 23 mai 2003 à Baltimore. La société
envisage désormais de vendre sa technologie sous licence
aux fabricants. Les utilisateurs pourraient en bénéficier
à partir de 2005.
E-ink
a aussi été remarquée par sa démonstration
aux côtés de Philips d'un prototype de livre à
papier électronique. Selon ses chercheurs, l'encre électronique
est 6 fois plus lumineuse que les LCD réfléchissantes
et présente un bien meilleur contraste que celle obtenue
sur le papier journal "normal". L'encre est visible dans
tout environnement, qu'il s'agisse d'une pièce peu éclairée
ou lors d'une lecture sous un soleil battant. On peut également
lire sous n'importe quel angle de vision, sans changement de contraste.
Un autre avantage réside dans la consommation électrique
ultra-faible, ce qui ménage les batteries. L'utilisation
de l'encre électronique permet en effet à une image
fixe de revenir à l'écran après que le livre
soit "éteint" (c'est l'effet mémoire). Le
besoin en énergie peut être ainsi diminué d'un
facteur allant de 10 à 100 par rapport aux LCD classiques.
La commercialisation devrait apparaître l'année prochaine
et des modèles intégrant la couleur sont d'ores et
déjà envisagés.
L'encre
électronique : une encre sympathique
L'idée
d'incorporer une "encre électronique" au coeur du
papier n'est pas nouvelle puisque Nicholas Sheridon (chercheur
américain du Palo Alto Research Center de la firme
Xerox) y songeait déjà en 1977. Convaincu
des développements de l'informatique grand public,
le chercheur imaginait de remplacer l'encre par des millions
de sphères bicolores (noires et blanches) prises
à l'intérieur d'un sandwich de plastique couvert
d'un réseau d'électrodes en lignes et en colonnes
qui permet de contrôler le comportement de ces sphères.
Dans ce procédé, appelé Gyricon, les
billes bicolores, d'une taille maximale de 100 microns,
portent une charge électrique différente à
la base et à leur sommet. Elles baignent dans
un liquide visqueux qui permet de faciliter leur éventuelle
rotation en fonction du champ électrique auquel elles
sont soumises, et dans lequel elles s'orientent. Les lettres
ou les dessins sont ainsi formés par l'alternance
des points noirs ou blancs, suivant l'hémisphère
présenté au regard. Après 18 mois de
recherche, les travaux furent alors mis en sommeil: Xerox
venait d'inventer l'imprimante laser... La firme a cependant
repris récemment les recherches annonçant
en 2000 la naissance de la start-up Gyricon
Media Inc. chargée de commercialiser le support
papier électronique de Xerox.
Le
Massachusetts Institut of Technology (MicroMedia Laboratory),
s'est pour sa part engagé dès les années
1990 sur les traces de Nicholas Sheridon, développant
alors une nouvelle technique pour l'encre électronique
: l'utilisation de microbilles blanches enfermées
dans une capsule emplie d'un colorant liquide noir. Les
microbilles [sphères de 30 à 40 microns constituées
d'une enveloppe transparente contenant un colorant et de
minuscules grains de dioxide de titane blancs et brillants]
migrent ou non à la surface en fonction du champ
électrique.
Vue
au microscope d'une portion d'image "imprimée"
sur papier électronique. On distingue bien les
microcapules, plus ou moins noircies.Photo : MIT
Vue
d'une microcapsule
Photo : MIT
Une
coupe transversale effectuée dans le papier révèle
que les microcapsule sont prises en sandwich entre deux
films plastiques couverts d'un réseau de fils électriques.
Chaque microcapsule est entourée d'un fil électrique
horizontal et vertical qui, lorsqu'on leur applique une
tension, induisent un champ électrique autour de
la capsule. Suivant la polarité de ce champ, les
billes blanches montent ou non à la surface pour
masquer le liquide. On crée ainsi soit un
point blanc, soit un point noir sur la feuille. C'est
l'ensemble de ces différents pixels encapsulés
qui reconstitue ainsi le texte et/ou l'image visible sur
la feuille.
Cette
méthode simplifie la fabrication des sphères
et améliore la résolution finale. A l'issue
de leurs premiers travaux, les chercheurs du MIT ont alors
fondé la société E-ink en 1997 pour industrialiser
et commercialiser leur projet. C'est aussi cette méthode
qui devait également simplifier l'intégration
de la couleur par l'introduction de pigments colorés
dans les sphères. En ce qui concerne l'introduction
de la couleur, signalons que d'autres chercheurs commePaul Kolodner et ses collaborateurs des laboratoires Bell
évoquent l'utilisation de la bactériorhodopsine
[protéine contenue dans la membrane de la bactérie
halobacterium salinarium] qui change de couleur sous l'effet
d'un champ électrique.
Un
autre domaine du "papier électronique" concerne
l'affichage publicitaire en extérieur. Dans ce domaine, la
start-up d'origine israélienne Magink [créée
en 2000 et maintenant installée aux Etats-Unis (www.magink.com)]
a développé une encre électronique pour la
réalisation d'écrans couleur de grand format. L'entreprise
dispose de divers brevets dont elle garde jalousement le brevet.
Tout ce que l'on sait pour l'instant est que cette encre électronique
"fait appel à des matériaux organiques sur lequel
on fait jouer la taille et l'angle des
molécules présentes dans l'encre pour générer
toutes les couleurs du spectre visibles, ainsi que tous les dégradés"(4).
Une fois affichée, l'image peut être maintenue à
l'écran sans avoir besoin d'énergie, énergie
qui doit être fournie lorsque l'on change d'image, ceci fonctionnant
via un logiciel également développé par Magink.
Le mode réflectif des images est d'autant plus efficace que
l'intensité de la lumière ambiante est importante
et donc particulièrement adapté à l'affichage
en extérieur.
Fort de son procédé, Magink s'est associée
à Mitsubichi dans un programme visant à la réalisation
et l'installation d'écrans géants dans les endroits
publics. Des prototypes mesurant 3 mètres sur 6 ont d'ores
et déjà été mis en service outre Atlantique
et en Grande-Bretagne. La technologie s'avère prometteuse
car, selon les inventeurs, elle constitue l'alternative du futur
aux afficheurs à diodes électroluminescentes (DEL).
Avec un prix prévu de 3000 à 5000 dollars pour l'affichage
au mètre carré, l'écran à encre électronique
serait 10 fois moins cher qu'un panneau à DEL pour une taille
et résolution identique.
Carte
d'identité, plans, livres(5),
journaux, panneaux publicitaires... Le papier électronique
a certainement de beaux jours devant lui dans notre société
de consommation toujours avide de nouveaux besoins. Mais au-delà,
outre le fait qu'il fait avancer la recherche, disons-nous qu'il
constitue aussi une solution élégante à la
préservation de la forêt, poumon de la planète
dont une large part continue de disparaître chaque minute...
notamment dans de la pâte à papier.