Plan du site Aide Abonnement Nous Contacter


Actualité
Editorial
Interviews
Démocratie
Visites virtuelles
Art. Imaginaire
Du côté des labos
Le feuilleton
Manifestations
Biblionet
CD Rom
Echanges
Liens Utiles

 

Accueil > Du côté des labos
Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue.
 
Archives
2010-2011
2009
2008
2007
2006
2005
2004
2003
2002
2001
2000
1999
En guise d'introduction

20 octobre 2003


Les "visions"
du Professeur Warwick

par Jean-Paul Baquiast
et Christophe Jacquemin




Kevin Warwick - Photo publié avec l'autorisation de l'auteurNous avons déjà signalé dans notre site les réalisations du Pr. Kevin Warwick, professeur de cybernétiques à l'université de Reading, UK. Il s'est fait le promoteur des cyborgs, c'est-à-dire des humains disposant d'implants électroniques et informatiques capables d'améliorer puis de transformer radicalement leur façon d'être au monde.
Ce faisant, il n'a pas hésité à payer de sa personne puisque, dès 1998, il s'était fait implanter dans le bras un dispositif lui permettant d'actionner un membre artificiel à partir de ses nerfs moteurs. Il dit avoir dans un premier temps visé à procurer aux personnes paralysées, notamment par rupture des faisceaux spinaux, le retour à un certain nombre d'activités grâce à des appareillages commandés directement par le cerveau.

Les expériences de contrôle des membres artificiels par électrodes ou autres moyens de capturer l'influx nerveux commencent à devenir courantes (voir le programme Lève toi et marche du Pr. français Rabichong et de l'Inria, ou dans ce numéro même, le compte-rendu de l'expérience menée depuis 3 ans sur des macaques par Miguel Nicolelis et al. de l'université de Duke). On mentionnera aussi les expériences du Pr Gert Pfurtscheller à l'Institut de technique électro et biomédicale de l'Université technique de Graz en Autriche (un membre artificiel est commandé par des ondes émanant du cerveau, captées par EEG). Mais les recherches de Kevin Warwick ont un impact médiatique autrement considérable. Cela tient à la personnalité de leur auteur, qui sait parfaitement attirer l'attention sur ses travaux - et qui déploie à cette fin une énergie louable.

Plus sérieusement, cela tient aussi à leur ambition. Kevin Warwick se place sans hésiter dans la perspective où, beaucoup plus tôt qu'on ne l'imagine, des êtres mi-humains mi-robots apparaîtront dans nos sociétés. Quand on lit - comme nous le faisons ici - les ouvrages de Ray Kurzweil, Marvin Minsky et autres visionnaires de ce que l'on commence de plus en plus à appeler le post-humain, on ne s'étonnera pas d'entendre dire cela. Mais avec Kevin Warwick, on peut penser que si un cyborg en chair et en électronique doit prochainement arpenter nos rues, ce sera lui, sauf accident de parcours. Pourquoi fait-il cela ? Pour une raison dont on ne peut dénier le caractère scientifique : éprouver lui-même ce que cela fait de disposer d'implants et de les utiliser - ce que c'est que d'être une chauve-souris.

Après les phases cyborg 1.0 et 2.0 (dont on trouvera les détails sur le site de l'auteur), celui-ci a récemment annoncé, lors d'une conférence de presse à Kuala-Lumpur lors d'une mission sponsorisée par le gouvernement britannique, que l'ère de la machine intelligente était enfin commencée.

Main contrôlée par signal neural - Photo mise sur le site avec l'autorisation de Kevin WarwickSelon les estimations de Kevin Warwick, l'expérience Cyborg 2.0 réalisée en 2002 [ voir notre actualité du 22 mars 2002 "Connecter son cerveau à un ordinateur"] a coûté tous frais compris quelques milliers de livres. L'expérience a pu démontrer le contrôle direct d'un fauteuil pour handicappé ou celui d'une main robotisée grâce à cette interface neural. Dans le cas de la prothèse, le contrôle des doigts était assez sophistiqué pour que le système puisse manipuler un œuf sans le casser. L'opération pouvait être télé-portée à des milliers de kilomètres. L'implant a été retiré 3 mois après.

 

Mise en place de l'implant - Photo publiée avec l'autorisation de l'auteurAyant contacté Kevin Warwick en juillet dernier, celui ci nous confiait que comme lui, sa femme s'était faite opérer, "recevant deux microélectrodes dans le nerf médian de son bras gauche. L'expérience a montré qu'il était possible de détecter un signal neural via l'une de ces électrodes lorsqu'elle bougeait ses doigts (signaux neuro-moteurs). Il a été possible de lier nos deux systèmes nerveux, c'est-à-dire que les signaux issus de ma femme bougeant ses doigts ont pu m'être transmis et réciproquement les miens vers ma femme -stimulant alors son système nerveux - lorsque je bougeais mes doigts... Ceci suggère qu'il est basiquement possible d'assurer une communication directe d'un système nerveux à un autre. Dès lors, avec des implants directement situés dans le cerveau, ceci indique la possibilité de communiquer directement d'un cerveau à un autre d'une façon simple".
Selon le cherchePhoto publiée avec l'autorisation de l'auteurur, des tests effectués bien après l'expérience (et donc du retrait de l'implant) montrent que l'opération n'a pas endommagé les mouvements de sa main gauche ni son activité sensorielle. En fait, nous signale Kevin Warwick, "lorsqu'on m'a retiré l'implant, plutôt que des signes de rejet, l'équipe a pu constater que du tissu fibreux s'était développé autour de l'implant, pas seulement pour le maintenir en place mais l'interconnectant plus profondément avec les cellules nerveuses auxquelles il était attaché".

Cela dit, les chercheurs se sont aperçus qu'il fallait encore beaucoup travailler pour rendre compatible le biologique et l'électronique. Mais la voie a été dégagée pour de nouvelles expérimentations.

Les phases suivantes, Cyborg 3.0 et 4.0 sont en préparation. L'objectif annoncé est plus que jamais l'aide aux paralysés, par le contrôle toujours plus sophistiquée d'une chaise roulante ou autres appareillages. Kevin Warwick s'est intéressé au cas de l'acteur Christopher Reeve, tétraplégique à la suite d'une chute de cheval. Mais il est prématuré aujourd'hui d'espérer résoudre des problèmes aussi difficiles.

Ceci n'empêche pas Kevin Warwick de viser plus haut. Le Cyborg 4.0 annoncé comportera un implant cervical. On entre là dans un domaine plus délicat, voire susceptible de susciter des protestations. Des électrodes ou tous autres systèmes placés dans la boite crânienne sont susceptibles de provoquer des dégâts irréparables. On sait que cela a été tenté avec précaution pour remédier (momentanément) aux effets les plus gênants de maladies neurologiques telles que la maladie de Parkinson. Mais les résultats sont loin encore d'être acceptés par tous. Par ailleurs, l'opération suppose une connaissance très précise des aires à connecter, connaissance qui reste difficile à obtenir quand on sait que des mouvements quelques peu complexes supposent la coopération de plusieurs zones. Il serait préférable d'essayer de capter des influx cérébraux à travers la boite crânienne (par exemple par magnéto-encéphalographie intra-crânienne), mais ceci est-il possible aujourd'hui, avec une précision suffisante ?

L'homme très augmenté

Avec Cyborg 4.0, Kevin Warwick aborde donc directement la perspective de "l'homme du 21e siècle", comme il aime à le dire, aux capacités considérablement augmentées, grâce aux automates connectés. Il s'agira d'une des formes de super-humains ou post-humains que certains scientifiques prévoient maintenant à échéance relativement proche. Interfacer l'homme avec les puissances de calcul de plus en plus grandes des calculateurs, eux-mêmes adossées aux ressources inépuisables des réseaux, modifiera radicalement les possibilités des individus. Ce qui limite actuellement la puissance du cerveau humain, c'est qu'il ne peut procéder à des calculs en parallèle, que sa vitesse est lente et surtout, qu'il ne peut pas se mettre facilement en réseau avec les autres cerveaux, d'abord, avec les bases de connaissances existantes, ensuite.

Les neurophysiologistes font observer que les capacités de traitement du cerveau humain, même si celui-ci n'est pas connecté à des réseaux, restent considérables et très plastiques, compte tenu du nombre astronomique de connexions synaptiques pouvant s'établir à tout moment pour résoudre un problème particulier. Comment connecter cela avec un ordinateur sans faire perdre à chacun des partenaires, l'homme d'un côté, la machine de l'autre, l'essentiel de leurs capacités respectives. La réponse de Warwick à ce défi est simple. Il faut expérimenter et, dans le plus pur esprit de l'évolution darwinienne, des solutions de plus en plus adéquates finiront par émerger.

Avec Cyborg 4.0, Warwick compte aborder ce qu'il appelle la technologie intégrale, ou intégrée (Integral technology). Les ambitions sont énormes, pouvant paraître délirantes à certains. On ne se contentera pas de travailler dans le domaine du sensori-moteur, relativement simple, mais dans celui de la sensation et de l'émotion. Comment transmettre une émotion d'un cerveau à l'autre ? On envisagera aussi de transmettre les effets des multiples médiateurs chimiques permettant le maintien de l'homéostasie à l'intérieur d'un système, afin par exemple qu'un organisme puisse bénéficier à distance du bon effet d'un médicament, sans absorber ce même médicament. Pourra-t-on télé-vacciner un patient, sans lui administrer de vaccin, mais en le mettant en relation avec une personne vaccinée simultanément ? Dans cette direction, Warwick a aussi évoqué, au grand plaisir des gazettes, la possibilité de transmettre les effets de l'orgasme à distance, autrement dit le cyber-sex.

En ce qui concerne la communication de cerveau à cerveau, il envisage naturellement de court-circuiter, si possible, les aires langagières qui imposent des contraintes lourdes à l'expression des contenus conscients. Pourra-t-on un jour procéder à une véritable télépathie, en transmettant des contenus conscients prélangagiers, sinon des contenus inconscients. Une telle perspective pose à nouveau la question du rôle du langage. Celui-ci est-il indispensable à toutes les manifestations de l'intelligence et de la conscience ? Peut-on s'en passer pendant un certain temps (comme cela se produit d'ailleurs en nous quand il s'agit de cognition non verbalisée) pour n'y revenir qu'en fin de transmission ? Warwick rechercherait, semble-t-il, des partenaires acceptant d'être connectés en parallèle avec lui pour procéder à l'expérimentation de toutes ces possibilités.

Plus sérieusement, de leur côté, les roboticiens ne manqueront pas de s'intéresser à ces travaux, dans la mesure où, en parallèle (et sans connexion neurale avec Warwick) ils étudient la façon de doter les robots autonomes de sensations et sentiments (voir par exemple l'Affective Computing Research Group (affect.media.mit.edu) du MIT, visant à réaliser une intelligence artificielle "émotionnelle". Nous avons aussi plusieurs fois cité ici les travaux de la Darpa, visant à la réalisation de "cognitive systems". Rappelons enfin les études d'Alain Cardon sur ces questions.

Les robots ont la possibilité d'être dotés de multiples senseurs et effecteurs opérant dans des domaines inabordables par le biologique. On conçoit donc que leur connexion à des hommes via des implants cérébraux ou toutes autres technologies produira réellement une humanité d'un genre nouveau, une post-humanité. Face à ces perspectives, le mauvais réflexe serait de ne pas se préparer, sous prétexte qu'il s'agit de science-fiction. Les post-humains seront certainement tôt ou tard parmi nous.

Ceci ne veut pas dire qu'il faille prendre au pied de la lettre, pour l'immédiat tout au moins, ces différentes perspectives. Beaucoup de ses collègues reprochent au Pr. Warwick d'être un affabulateur. Nous ne dirons pas cela, mais simplement que, comme dans toutes les sciences, il y a encore beaucoup de travail à faire, pour lui et pour ceux qui partagent ses idées.

Pour en savoir plus
Le site officiel du Pr Warwick http://www.kevinwarwick.org/
Article de A. Asohan dans Star-Tech-Central : http://star-techcentral.com/tech/story.asp?file=/2003/10/14/itfeature/6414580&sec=itfeature
Sur le transhumanisme, voir l'Extropy Institute (www.extropy.org)

NB :
Kevin Warwick est le créateur du robot Cybot (voir notre article du 29/01/2002)



© Automates Intelligents 2003

 

   Sur le site
Sur le web   





 

 

 

Qui sommes nous ? Partenaires Abonnement Nous Contacter

© Association Automates Intelligents
Mention légale CNIL : 1134148