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L'événement ne vient
pas à proprement parler d'un labo, mais
gageons que s'il se révèle fondé,
de nombreux laboratoires en traiteront bientôt.
Peter Lynds
Le monde de la physique théorique
est, sinon en révolution, du moins fort attentif à
ce que vont devenir les hypothèses présentées
par Peter Lynds, un jeune employé d'assurances de 27 ans,
originaire de Wellington (Nouvelle Zélande). Il s'agit d'une
nouvelle représentation du temps et de l'espace qui peut
faire comparer son auteur à Albert Einstein, selon ceux des
physiciens qui ont étudié et approuvé son travail,
d'autres il est vrai refusant même de le lire. Les choses
ont commencé par un article publié par la très
sérieuse revue Foundations of Physics Letters sous le titre
"Time and classical and quantum mechanics. Indéterminacy
versus Discontinuity".
Voici le résumé de
cet article, tel que consultable sur le serveur du Cern: "It
is postulated there is not a precise static instant in time underlying
a dynamical physical process at which the relative position of a
body in relative motion or a specific physical magnitude would theoretically
be precisely determined. It is concluded it is exactly because of
this that time (relative interval as indicated by a clock) and the
continuity of a physical process is possible, with there being a
necessary trade off of all precisely determined physical values
at a time, for their continuity through time. This explanation is
also shown to be the correct solution to the motion and infinity
paradoxes, excluding the Stadium, originally conceived by the ancient
Greek mathematician Zeno of Elea. Quantum Cosmology, Imaginary Time
and Chronons are also then discussed, with the latter two appearing
to be superseded on a theoretical basis".
En d'autres termes, il n'est pas
possible d'identifier dans l'écoulement du temps d'instant
précis permettant de localiser dans le temps et dans l'espace
un corps en mouvement. Ceci illustre la continuité des processus
physiques et oblige à abandonner toute mesure physique du
temps et des grandeurs associées. Dans ce cadre, de nombreux
paradoxes, tel celui de Zénon d'Elée, peuvent être
résolus. La théorie du Temps imaginaire (due à
Stephens Hawking) devrait pour sa part être réévaluée.
Le sujet dépassant largement
notre compétence, nous ne tenterons pas un commentaire de
l'article. Le lecteur trouvera en liens un certain nombre de réactions
d'auteurs mieux informés. Bornons-nous, en nous inspirant
d'ailleurs de ces textes, de faire valoir quelques uns des points
innovants de la contribution de Peter Lynds.
Pour celui-ci, supposer que les
objets en mouvement ont des positions déterminées
à un instant donné du temps (un temps t) a pour effet
de figer (freeze static) le mouvement de ces objets à cet
instant et rend donc possibles les contradictions mises en lumière
par les paradoxes tels ceux d'Achille et la tortue ou la Dichotomie.
Le concept de temps t, d'instant présent, n'existe
pas dans la nature. C'est une projection de notre esprit et de notre
conscience qui comme beaucoup d'autres a été acquise
par l'évolution pour des raisons de commodité mais
qui devrait aujourd'hui être abandonnée.
La position d'un corps en mouvement
change constamment, selon l'auteur, et ne peut jamais être
déterminée. Aussi petit que soit l'intervalle de temps
considéré, le corps y est toujours en mouvement. Si
ce corps pouvait être localisé, alors il ne serait
plus en mouvement. Pour Lynds, l'absence de temps t et de
position déterminée à ce temps, qui entraîne
celle de vitesse, signifie l'impossibilité plus générale
des mesures de grandeur et de valeurs physiques en fonction du temps,
ce qui remet en cause le concept d'espace-temps lui-même.
Il en résulte une indétermination qui n'est pas une
conséquence du principe d'incertitude de Heisenberg et qui
affecte de la même façon le monde macroscopique et
microscopique. Tout ceci entraînerait l'abandon du concept
d'écoulement continu du temps, puisque sans une progression
continue à des instants déterminés il ne peut
y avoir de progression. Lynds ne nie pas le caractère contre-intuitif
d'une telle hypothèse, mais il maintient que la continuité
des processus physiques n'a pas besoin du temps pour être.
Aussi bien appliquant cette idée à la cosmologie,
il propose d'abandonner l'hypothèse que le temps émergerait
du vide quantique après le Big Bang. Il y aurait une continuité
inhérente à pratiquement tous les états et
configurations quantiques, indépendamment de l'échelle
à laquelle on se place.
On peut remarquer que ces hypothèses
semblent dans la ligne des efforts de plus en plus fréquents
pour remettre en cause l'espace-temps, que le physicien Valério
Scarani qualifie de possible "préjugé" (Initiation
à la physique quantique, Vuibert 2003). Il n'est pas le seul.
Dans d'autres domaines, de nombreux efforts sont faits pour montrer
derrière les apparences la continuité entre le monde
microscopique et le monde quantique. Bornons-nous cependant, fort
modestement, à une interrogation : si on ne quantifie plus
le temps ni d'ailleurs l'espace, comment les modèles pourront-ils
traiter en informatique les entités correspondantes, sauf
à introduire de nouvelles indéterminations, cette
fois-ci instrumentales ?
Nous avons dans notre Revue souvent
évoqué la question de savoir comment les idées
viennent aux scientifiques, notamment aux jeunes sans titres académiques.
Certains ont dit, à propos d'Einstein et de Newton, qu'il
leur fallait une organisation cérébrale proche de
l'autisme. Est-ce le cas avec Peter Lynds (à supposer qu'il
se confirme être un nouvel Einstein). S'agit-il de phénomènes
d'émergence plus complexes, correspondant à l'apparition
imprévisible de nouvelles théories scientifiques se
comportant comme des mèmes envahissant les cerveaux des chercheurs
à certains moments précis ? Mais ne voilà-t-il
pas que je fais allusion ici à des moments précis,
ce à quoi Peter Lynds ne manquerait pas de réagir.