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2 avril 2004

Faut-il vraiment refuser
les implants cérébraux
profonds ?

par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Implantation d'électrodes dans le cerveau  (Maladie de Parkinson) Photo : D.R. Dans l'interview qu'il nous a donnée le 3 mars dernier(1), le professeur Pierre Rabischong se montrait clairement hostile à toute réalisation d'interface cerveau-machine chez l'homme utilisant des implants cérébraux - sauf sous forme d'électrodes visant à améliorer l'état de patients atteints de maladies dégénératives graves telles que celle de Parkinson. Mais en ce cas, il ne s'agit pas véritablement d'interface. Son argument est que les risques sont trop grands pour justifier de telles intrusions, quand il s'agit de commander des appareillages pouvant l'être autrement - ce qui est le cas lorsque la paralysie laisse au patient la possibilité d'envoyer des ordres à des moto-neurones situés en amont de zones paralysées.

Ceci étant, si nous excluons les expériences extrêmes du Professeur Kevin Warwick(2) qui étudie l'intérêt des implants cérébraux chez les sujets sains, les cas sont nombreux où les chercheurs - et les paralysés eux-mêmes - pourraient trouver intérêt à commander des bras robotisés, des fauteuils roulants ou des écrans d'ordinateur à partir d'une série d'électrodes implantées dans le cerveau, au sein des aires adéquates. Dans une communication intitulée Human Studies Show Feasibility of Brain-Machine Interfaces(3), un porte-parole de l'Université Duke insistMiguel Nicolelis devant le bras robotisé actionné par la pensée d'un singe situé dans une autre pièce - Photo :  : Duke University e sur l'intérêt de tels dispositifs. L'équipe du Nicolelis Laboratory, qui avait fait sensation en montrant qu'un singe pouvait commander à distance un bras artificiel à partir d'un implant cérébral(4), a poursuivi ses recherches. Il s'agit du neuro-chirurgien Dennis Turner et du neuro-biologiste Miguel Nicolelis, qui doivent publier leurs nouveaux résultats dans le numéro de juillet 2004 de la revue Neurosurgery. Leurs travaux sont financés par la Darpa et par les National Institutes of Health, ce qui montre le double intérêt des militaires et des civils pour de telles études.

L'expérience qui sera rapportée a fait appel à des patients volontaires subissant une intervention destinée à traiter la maladie de Parkinson par électro-stimulation à partir d'électrodes implantées. On a constaté que ces électrodes pouvaient recueillir des messages en retour intéressant le contrôle volontaire de la main, les patients restant conscients pendant l'opération. L'équipe en a conclu qu'avec des électrodes implantées plus durablement, dans les zones sous-corticales profondes du cerveau (et non à la surface du cortex comme dans l'expérience avec les singes), il serait possible d'obtenir, après éducation adéquate du cerveau, des signaux susceptibles de commander volontairement des appareillages complexes. L'objectif visé est de définir un capteur implanté pouvant communiquer par radio avec l'appareillage neuroprosthétique. D'autres applications sont également envisagées, permettant de pallier d'autres handicaps d'expression, par exemple vocales, alors que les zones correspondantes du cerveau émettant les ordres sont restées intactes. Pour poursuivre ces expériences sur des patients volontaires, pendant au moins 3 ou 4 ans, les chercheurs ont demandé l'autorisation fédérale.

Il est évident que de telles recherches susciteront des interrogations. Faut-il les poursuivre ? On évoquera les risques purement médicaux découlant de la présence d'un implant cérébral profond, même miniaturisé et communiquant sans fil avec l'extérieur. Mais il est vraisemblable qu'un certain nombre de paralysés accepteront de courir ces risques. Pourquoi alors leur refuser cette possibilité ? On peut espérer aussi que des techniques non invasives de recueil des impulsions neuronales se développeront, ce qui n'est pas encore le cas, du moins avec la précision nécessaire.
Le bulletin @RT Flash(5) du sénateur Trégouët rapporte que des médecins autrichiens de l'Université technique de Graz ont permis à un jeune homme de saisir des objets de sa main gauche paralysée. Dans cette expérience, des électrodes placées sur la tête du sujet captaient les impulsions électriques du cerveau et les transmettaient à un ordinateur qui analysait le mouvement souhaité puis transmettait des impulsions électriques aux muscles pour les activer.

Ce sont les risques de manipulation qui inquiètent davantage. Une fois mis au point des dispositifs permettant, soit de "lire dans la pensée" des gens, soit pire encore de leur imposer de l'extérieur des comportements dont ils ne voudraient pas, des pouvoirs de type policier s'en serviraient. Les américains ne sont jamais en retard d'une idée dans cette voie. Toujours selon le bulletin précité @RT Flash, le neurologue américain Lawrence Farwell vient de faire une communication au congrès annuel de l'Association américaine pour l'Avancement des Sciences à Seattle. Selon lui, les pensées d'un criminel peuvent trahir à coup sûr ses actes. La méthode présentée par Farwell utilise la mémoire de ce suspect et les réactions de son cerveau face à des éléments du crime. Le Dr Farwell a ainsi mis au point, au cours de ces 5 dernières années, une technologie qu'il assure bien plus fiable que le détecteur de mensonges: la prise d'"empreintes cérébrales"(6).

On imaginera sans difficulté que pour combattre le terrorisme ou même pour s'assurer qu'un employé ne nourrit pas de mauvaises intentions à l'égard de son employeur, de telles méthodes soient proposées préventivement à des gens qui n'estimeront pas prudent de les refuser. Il s'écoulera sans doute encore quelques années avant que ces risques ne se matérialisent, mais il ne faut pas se faire la moindre illusion. Les interfaces cerveaux-machines sont déjà là et seront de plus en plus présents, sans doute pour le meilleur mais aussi avec quelques risques de déviance vers le pire. Il faut s'y préparer, en réfléchissant et en discutant de ce que l'on appellera une neuro-éthique.

Notes :
(1) Voir notre interview du 3 mars 2004 Revenir d'où l'on vient
(2) Voir notre article Les visions du professeur Warwick (20/10/2003) Revenir d'où l'on vient
(3) Voir http://news.mc.duke.edu/global/print.php?...
Revenir d'où l'on vient
(4) Lire notre actualité du 16 octobre 2003 : Commande d'un bras robotisé par la pensée Revenir d'où l'on vient
(5) Pour s'abonner : http://www.tregouet.org/lettre/adhesion.html Revenir d'où l'on vient
(6) Voir http://www.injusticebusters.com/2003/brain_fingerprinting.htm
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