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Rabbit,
prototype français
de robot bipède marcheur et coureur
par Christophe Jacquemin
Voir un robot marcher sur deux jambes est toujours un moment fascinant.
Démarche copiant la notre, morceau de ferraille prenant soudain
vie. Depuis que la faisabilité technologique des robots marcheurs
a été démontrée ces dernières
années, l'utilité de la robotique "à pattes"(1)
est désormais considérée comme indéniable.
Le Japon particulièrement - mais aussi les USA - y investissent
des ressources humaines et économiques considérables(2),
conscients de futures applications dans le domaine : prothèses
intelligentes, robot fantassin, robot d'intervention en milieu hostile,
robot dédié à la surveillance dans des bâtiments...
Dans ces domaines, l'agilité du robot erectus dressé
sur ses deux jambes peut s'avérer incomparable... Cela dit,
et en dépit de nombreux prototypes, l'utilisation des bipèdes
dans ces applications reste encore un objectif plus qu'un fait de
la vie courante, ceci provenant en partie de la complexité
du problème de commande inhérente à ce type
de robotique.
Dans le cadre du programme ROBEA (robotique et entités artificielles)
initié par le CNRS(3),
le laboratoire d'automatique de Grenoble développe son prototype,
Rabbit, avec pour objectif scientifique de mettre au point
des méthodes et des outils théoriques permettant de
faire marcher et courir un robot bipède, et de les valider
expérimentalement.
L'équipe (constituée de membres de 7 différents
laboratoires) s'est axée sur un robot possédant 3
à 7 degrés de liberté (selon la phase du mouvement).
L'approche est ici originale, sachant que la plupart des projets
portant sur les structures bipèdes en France et à
l'étranger concernent des robots à plus de 15 degrés
de liberté, équipés de pieds avec des chevilles
de type cardans motorisées, marchant lentement dans un environnement
3D.
Avec Rabbit, dont la finalité est aussi de courir, l'équilibre
statique du robot n'est pas souhaité à chaque instant
(ce qui est souvent le cas pour les robots humanoïdes). Au
contraire, les phases de déséquilibre sont recherchées
pour obtenir une marche dynamique. Ceci passe par la prise en compte
correcte des effets de la gravité, cette dernière
devant agir pour aider au déplacement du robot au lieu d'être
une gêne. Si la commande du robot n'est pas en harmonie avec
l'action de la gravité, celui-ci peut en phase de simple
appui, basculer vers l'avant ou vers l'arrière en rotation
autour d'une des extrémités du pied d'appui. Ce phénomène
est d'autant plus important que la dimension du pied est petite.
Ainsi, pour mettre en évidence le rôle de la gravité
et les mouvements du robot qu'elle engendre, l'étude porte
sur un robot avec des pieds de longueur nulle : aucun couple ne
peut être appliqué au niveau des chevilles.
Le système en appui sur un pied est volontairement sous-motorisé.
L'articulation entre le sol et la jambe étant passive, le
mouvement global du robot ne peut pas être directement défini
par la commande. La recherche est particulièrement orientée
vers l'obtention d'une marche efficace, correspondant à des
dépenses énergétiquement faibles, point d'importance
lorsque l'on considère un robot marcheur dont l'autonomie
conditionne les capacités de déplacement et d'intervention.
Le
robot se présente ici comme une structure planaire composée
d'un tronc et de deux jambes motorisées aux hanches et aux
genoux. Le contact entre pied et sol est ponctuel. Pour limiter
le mouvement à une évolution sur le plan, le robot
est maintenu par une tige autour d'un poteau central et est libre
en rotation autour de la tige. La tige est instrumentée pour
que la position d'un point du tronc soit connue à chaque
instant en phase de vol.
Avec une telle structure (volontairement simple), et qui peut supporter
des chocs conséquents, l'objectif est de mieux se concentrer
sur le rôle que joue la gravité dans la marche et lors
de la course, prendre mieux en compte le problème de l'effet
des impacts avec les sols ou encore celui de la commutation des
modèles du robot selon qu'il se trouve en double appui, appui
simple ou vol, et d'aborder le problème de l'unilatéralité
des forces de contact. Rabbit permet en effet de s'affranchir des
difficultés techniques rencontrées sur les humanoïdes
complexes : complexité numérique inhérente
à un nombre d'articulations important, modélisation
3D du robot et celle des efforts de contact, décomposition
en nombreuses phases selon le type de contact avec le sol...
Après réalisation complète du projet, l'équipe
souhaite ensuite rapprocher ses travaux avec ceux menés sur
des humanoïdes plus complexes afin de proposer des commandes
efficaces adaptées.
(1)
L'avantage des robots marcheurs sur les robots mobiles
à roues est qu'ils se déplacent mieux que ces derniers
dans les environnements encombrés (le contact intermittent
entre le robot et le sol permet de franchir les obstacles plus facilement).
(2)
Voir notre article : Robots
japonais de nouvelle génération : stratégies
et opportunités (3)
Le programme national Robotique et entités artificielles
(ROBEA) a pour objectif de relancer la recherche française
en robotique avec une dimension interdisciplinaire impliquant les
sciences de l'information, les sciences de la vie, les sciences
cognitives ainsi que les sciences humaines Depuis sa création
en avril 2001, 32 projets ont été soutenus, sur une
période de 2 à 3 ans, impliquant quelque 150 chercheurs.
(http://www.laas.fr/robea/).