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Robots
japonais de nouvelle génération : stratégies
et opportunités
par Christophe Jacquemin
Dans le cadre de son observatoire des tendances et usages des nouvelles
technologies, l'Agence de conseil Tebaldo [www.tebaldo.com/observatoire.htm]
organisait le 5 mars dernier à Paris la session : "Robots japonais
de nouvelle génération : Stratégies et opportunités". Une belle
initiative, dont on a finalement peu l'habitude, sachant que cette
journée visait d'une part à sensibiliser le public
français à l'importance du développement du
secteur des robots autonomes au Japon et, d'autre part, de montrer
l'importance de ce futur marché en apportant les éléments
indispensables de réflexion sur les modèles marketing et économiques
induits. Ainsi, pour l'occasion, des représentants de la
ville d'Osaka et
les organisations de développement économique japonaises (comme
le JETRO [Japan External Trade Organisation] se sont spécialement
déplacés
afin de mieux nouer les contacts. Objectif : montrer l'importance
que la ville d'Osaka accorde à la robotique de nouvelle génération
et présenter aux quelque 150
participants français présents (universitaires et
scientifiques du domaine, représentants de centres
de recherche PME/PMI et grands groupes, investisseurs, fournisseurs
de technologie, sociétés d’étude et agences impliquées dans le développement
du secteur...) le projet "Robocity CoRE", centre d'expérimentation
en technologies robotiques inscrit au coeur du plan de développement
urbain de la ville d'Osaka.
Bruno
Rives, président de Tébaldo, a notamment rappelé
en ouverture du séminaire ce qu'on devait entendre par "robots
de nouvelle génération". Il s'agit de robots
autonomes, dotés d'un comportements, apprenant et communiquant
(notamment via internet). "Avec les robots de nouvelle génération,
les Japonais préparent l'informatique transparente, dont
l'interface ne se distingue pas de celle des objets ou des environnements
de la vie courante", explique Bruno Rives. Le domaine s'étend
dès lors à l'informatique comportementale, les interfaces
hommes-machines et machines-machines et les technologies wi-fi et
téléphonies associées. On imagine ainsi l'importance
économique que va bientôt jouer ce secteur.
Pour
Haruko Tsujita, consultante chez Tebaldo, les robots de nouvelle
génération (e-japan) représenteront en 2020
une des industrie-clés du Japon, au même niveau que
l'industrie automobile. On retrouvera ces robots partout, robots
que l'on peut distinguer selon quatre groupes :
- robots communiquant (vie à la maison, accomplissent de
certaines tâches). On pourrait citer ici des robots comme
Asimo, Qrio, Aibo, Wakaramu (robot disposant d'un vocabulaire étendu
de 10000 mots), Aprialpha, Papero, Ifbot, Maron-1, Banryu... ;
- robots effectuant des tâches ménagères, comme
par exemple celle de passer l'aspirateur. Citons ici, indépendamment
des pays producteurs, des robots comme Rumba, Trilobite, Karcher...
- robots allégeant les charges de travail, dans les entreprises
ou dans les hôpitaux. Citons par exemple le C4 (robot gardien),
Hospi (robot infirmier), My spoon (aide soignant)...
- robots effectuant des tâches dangereuses : secours par exemple
lors de séisme, aide dans l'espace, etc.
Le
Japon est le premier producteur de robots industriels, marché
aujourd'hui en stagnation. Comme l'explique Kenichi Minoji (responsable
développement Osaka), il s'agit de viser l'élargissement
de ce marché grâce aux robots de nouvelle génération,
en s'inspirant des technologies de robots industriels. Affirmé
par le Gouvernement japonais, les robots sont (et seront) le fer
de lance de l'industrie nippone.
Les entreprises du pays ne s'y trompent pas, considérant
moins la concurrence entre-elles que l'idée que tout ce qui
est (et sera) développé peut être intégré
de nombreux domaines. On parle déjà de standardisation,
pour une meilleure maintenance, et un développement plus
rapide.
Se concentrer sur la robotique revient à favoriser la cristallisation
technologique des secteurs qui y travaillent. Le graphique montré
ci-dessous, présenté lors de l'intervention de Haruko
Tsujita, montre bien tous les secteurs impliqués et l'aréopage
d'entreprises concernées, qui travaillent sur le sujet :
secteurs de l'électronique, du matériau, industrie
du logiciel, des ordinateurs, de l'information et de la communication,
téléphonie, nano/micro technologies, industrie mécanique,
intelligence artificielle...
On
peut y voir ici une véritable machine de guerre.
Le
dynamisme des entreprises japonaises, autant dans les travaux appliqués
que dans la recherche fondamentale, n'a pas d'équivalent.
Leur contribution approche aujourd'hui 80% de l'effort d'ensemble,
quand elle n'est que de 54% en France et 66% en Allemagne et aux
Etats-Unis.
Ainsi, en
partenariat avec le secteur privé, les autorités japonaises
sont engagées dans une course de longue haleine pour faire
de l'Archipel une grande puissance de recherche et développement(1).
L'objectif avoué du Japon est de porter les investissements
publics et privés à 3,4% de son produit intérieur
brut (PIB) en valeur à l'horizon de 2006.
Bien sûr, beaucoup des robots humanoïdes
ou robots qu'aiment à nous présenter aujourd'hui les
Japonais ne sont pas encore commercialisés(2),
apparaissant plus maintenant comme vitrines technologiques du savoir-faire
des grands groupes. Ainsi, nombre des robots présentés,
qu'ils soient issus du milieu universitaire ou industriel, constituent
en fait les plates-formes de développement de technologies
futures. Il
n'en reste pas moins que l'on commence à voir les produits
arriver sur le marché. Il y a eu bien sûr le succès
du robot chien Aïbo de Sony, produit le plus connu (auquel
d'ailleurs certains ateliers de la journée étaient
consacrés). La start-up ZMP, pour sa part, annonce pour la
fin de l'année la commercialisation grand-public de Nuvo,
robot bipède haut de 39 cm pour 2,5 kg, capable de se relever
seul si il tombe. En plus d'obéir à la voix de son
propriétaire, le robot peut être commandé par
un téléphone de 3ème génération
(NTT DoCoMo), sur lequel, en utilisant le mode visionconférence,
on récupère les images prises par l'appareil photo
présent sur l'humanoïde. ZMP compte vendre jusqu'à
3.000 de ces robots, dont la production doit être confiée
à une autre entreprise (qui reste à choisir). On
peut également citer Banryu, robot domestique développé
par les sociétés les sociétés Tmsuk
et Sanyo, déjà en vente sur le territoire japonais
au prix de 17500 euros. Doté de près de cinquante
capteurs, pesant 35 kg, il détecte les odeurs, voit, écoute,
connaît la valeur de la température ambiante, et peut
signaler la présence d'intrus ou prévenir les fuites
de gaz ou les incendies. Coût prohibitif, direz-vous : une
trentaine de ces cerbères ont déjà été
vendus, via internet. Dans
un autre domaine, mentionnons Ifbot. Issu des développements
de chercheur de l'université de Nagoya, ce robot communiquant
connaît plus de 10000 mots et en acquiert d'autres continuellement
(pour l'instant uniquement en japonais). Il sait se déplacer,
éviter les obstacles et perçoit les marches. Décelant
les émotions de ses interlocuteurs (jusqu'à 10 personnes),
il reconnaît une quarantaine d'expressions faciales. Produit
dans un premier temps à 1000
exemplaires, il est vendu 3650 euros.
N'oublions pas aussi Maron-1, développé par Fijitsu
et commercialisé au prix de 1600 euros, qui sait communiquer
avec les appareils électroniques de la maison et effectuer
des rondes de surveillance...
Osaka,
pôle de l'industrie robotique du Japon
Avec
plus de 10000 entreprises liées au secteur (intelligence
artificielle et developpement logiciel, télécommunication,
mécanique, matériaux, développement de capteurs
pour les robots, engrenages de précisions, servomoteurs,
outillage de précision, etc.), dont 100 complètements
spécialisées en robotique, la ville d'Osaka s'affirme
comme le pôle de cette industrie au Japon. Comptant
à sa périphérie des centres de recherche robotique
de renommée internationale (organismes et universités)
la ville défend le projet
"Robocity CoRE, inscrit au coeur du plan de développement
urbain.
C'est
ainsi qu'à la demande des représentants de la ville
d'Osaka, des rencontres individuelles ont eu lieu durant ce séminaire
avec de petites sociétés françaises(3)[souhaitant ici garder la confidentialité] ainsi qu'avec
les organisations de développement économique japonaises.
(1) Selon
une communication récente de Michel Israël, conseiller
scientifique à l'Ambassade de France au Japon, en date du
10 mars 2004, l'accent est mis sur les nanotechnologies, les sciences
de la vie et de l'environnement et les technologies de l'information.
Selon ce conseiller, les sommes engagées l'an dernier ont
atteint le seuil de 3,18% du PIB (le PIB du Japon était de
3.835 milliards d'euros), contre 2,12% en France (chiffre 2002)
et 2,79% aux Etats-Unis. (2)
Certains des humanoïdes présentés par les grands
groupes peuvent être cependant loués... jouant le rôle
de réceptionnistes. (3)
Demande explicite de la ville d'Osaka de rencontrer plutôt
les petites sociétés, sachant que les grands groupes
ont déjà leur représentation au Japon.