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Présentation et commentaires de la note d'Alain
Cardon :
Réalisation
d'un système de comportement intelligent, intentionnel et
autonome avec production d'émotions destiné à
divers types de robots
Dès
sa création, en 2000, notre revue, Automates-Intelligents,
avait mis en exergue l'intérêt stratégique de
plus en plus grand lié au développement de robots
autonomes. Par ce terme, entendu au sens le plus ambitieux, nous
désignions des robots physiques ou virtuels (sur le web)
capables de se comporter de façon non seulement intelligente,
mais aussi émotionnelle, c'est-à-dire finalement consciente.
Certes, en 2000, il ne s'agissait alors que de voies de recherche
isolées (les cognitive systems dans la terminologie américaine),
mais depuis de telles recherches ont pris, aux Etats-Unis pour la
défense et au Japon pour la robotique civile et de loisirs,
une importance considérable. La note d'Alain Cardon, que
nous présentons ici, en donne quelques références.
Nous avions dès le début aussi attiré l'attention
de nos lecteurs sur l'importance que prenaient de telles voies de
recherche en terme de vecteurs capables d'entraîner de grands
progrès dans de très nombreuses sciences et technologies
(y compris dans les sciences sociales et humaines). Pour cela, il
suffisait que ces sciences et technologies introduisent la robotique
autonome dans leurs perspectives de développement. Cela n'est
pas toujours facile compte tenu des frontières existant entre
disciplines, tant au plan académique que dans le domaine
industriel, mais c'est indispensable. Tous les pays à bonne
culture scientifique l'ont compris (voir par exemple notre
éditorial du 8 avril 2005).
Enfin
et surtout, nous avions montré, grâce aux nombreuses
références que nous obtenions sans difficulté
sur le web, que les programmes étrangers dans ces domaines
prenaient sur ce qui était fait en Europe, comme aussi malheureusement
en France, une avance considérable. Dans le colloque
consacré en avril 2004, conjointement par Paneurope
France et Automates-Intelligents, au thème de l'indépendance
scientifique et technologique de l'Europe, nous n'avions pu que
constater l'indifférence quasi générale des
décideurs politiques et scientifiques européens à
ces questions et enjeux. Il ne serait pas difficile pourtant d'envisager
un grand programme européen intégrateur sur ce thème,
comme le montre le dossier que nous avons rédigé à
cette fin et soumis (sans échos notables) à l'Association
française d'intelligence artificielle et à différentes
autorités http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/62/machpens.htm.
Aujourd'hui,
pour ce qui concerne la France tout au moins, on ne constate malheureusement
aucun progrès (voir notamment http://www.newzy.fr/dossier11.3.html).
La robotique, même relativement fruste, n'est plus l'objet
de financements spécifiques nouveaux. La plupart des laboratoires
que nous avions identifiés procédant à des
recherches fondamentales sur ce thème sont amenés
à cesser leurs travaux. A plus forte raison ne faut-il pas
parler d'émotions et de consciences artificielles incorporées
dans des robots autonomes. Le terme même suscite l'ironie
ou une sorte de crainte religieuse.
Les
travaux d'Alain Cardon
Il
serait cependant injuste de dire que rien en France ne subsiste
dans ce domaine essentiel. Notre pays dispose d'une compétence
de niveau international en matière de conscience artificielle.
Il s'agit de celle du Professeur des universités Alain Cardon,
du Laboratoire d'informatique de Paris 6 et de l'université
du Havre. Il a pu, depuis au moins 10 ans, dans de nombreux ouvrages
et articles théoriques dont nous avons rendu compte en leur
temps, mais aussi en encadrant les travaux et les thèses
de plusieurs étudiants dont certaines applications pratiques
ont pu être réalisées, acquérir un corpus
impressionnant de connaissances visant aussi bien le domaine de
la recherche fondamentale que celui des implémentations sur
machines informatiques et robotiques.
Malheureusement, à nouveau, nous avons été
obligé de constater que les recherches d'Alain Cardon ne
suscitaient qu'un intérêt poli de ses tutelles universitaires.
Les thésards qu'il avait pu former s'exilaient à l'étranger,
notamment au Japon, sans que personne ne s'en inquiète. Alain
Cardon s'est donc trouvé obligé, s'il ne voulait pas
renoncer à ces voies de recherche qui avaient justifié
l'essentiel de sa vie professionnelle, de développer à
ses frais, avec quelques étudiants acceptant de faire le
pari avec lui, un système de robot conscient susceptible
de trouver des applications pratiques dans divers domaines importants.
C'est ce qu'il a décidé. Aujourd'hui, son projet,
entrepris depuis environ 6 mois, devrait aboutir à un premier
noyau valorisable au début de l'automne.
Mais se pose la question de ce que Alain Cardon et ses étudiants
pourront faire d'un tel produit. Aujourd'hui encore, le CNRS ne
semble pas décidé à financer la suite du projet.
Il faudrait donc s'adresser à des donneurs d'ordre extérieurs.
Nous
avons donc encouragé Alain Cardon à faire publiquement
appel à la collectivité industrielle et économique
en publiant la note que nous présentons ici. La démarche
n'est pas courante mais n'a rien à notre sens de critiquable.
Nous espérons que les nouvelles instances mises récemment
en place par le gouvernement pour soutenir les projets innovants
à portée stratégique pourront s'y intéresser,
dans un contexte de compétition féroce qui s'exerce
sur les scientifiques et les acteurs économiques français.