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Apprendre à observer le monde de tous les
jours comme s'il
s'agissait du monde quantique
Un
exemple d'acquisition des connaissances inspiré par la méthode
de Mioara Mugur-Schächter: le chômage
Cet
article est extrait et adapté de notre livre en libre accès:
Comprendre - Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. Introduction
à la complexité http://www.admiroutes.asso.fr/baquiast.htm
iMCR
ou MRC: Method of Relativized Conceptualisation: La Méthode
a fait l'objet de divers articles et discussions et d'un ouvrage
de présentation détaillé : Quantum Mechanics,
Mathematics, Cognition and Action (Kluwer Academic, 2002). Le CNRS
vient de décider d'en publier une version française
actualisée.
Nous y avons consacré plusieurs pages dans cette revue, comme
le lecteur pourra le voir en consultant notre tout nouveau moteur
de recherche incorporé. A.I.
Abréviations:
- MQ: Mécanique quantique
- MCR: Méthode de Conceptualisation Relativisée, proposée
par la physicienne Mioara Mugur-Schächter
- ANPE: Agence nationale pour l'emploi
Les processus de la MQ étant encore mal connus du grand public,
proposons au lecteur une application simplifiée de MCR, en
nous situant dans le champ des connaissances ordinaires afin d’éviter
de laisser croire qu’elle n’intéressera que les
physiciens.
Supposons un économiste qui cherche à comprendre le
chômage qui persiste dans les économies occidentales
malgré la reprise de l’activité. Cet économiste
constate que les définitions classiques du chômage
ne suffisent pas à expliquer les phénomènes
constatés sur le marché de l’emploi dans un
pays comme la France. Il en vient à les critiquer. Sont-elles
pertinentes ?
Dans une science économique “ réaliste ”,
c’est-à-dire persuadée de l’existence
d’un réel existant indépendamment de l’homme,
on a tendance à considérer qu’il existe des
objets en soi, le chômage, l’inflation, la mondialisation,
que l’on peut étudier de l’ extérieur
et décrire de façon objective, en “ tournant
autour ” comme on le fait en étudiant une machine ou
un phénomène relativement objectif, par exemple une
éruption volcanique. Mais un peu de réflexion montre
que le chômage ou l’inflation sont des entités
construites pour les besoins de tel ou tel discours. Le chômage
n’est pas conçu ni décrit de la même façon
par le Medef, la CGT, le ministre des finances ou une personne en
recherche d’emploi. En d’autres termes, on ne peut pas
“ réifier ” le chômage, c’est-à-dire
parler de lui comme s’il s’agissait d’une réalité
dont la définition s’imposerait à tous. L’entité
chômage ne peut être décrite d’une façon
qui fasse abstraction de la personne qui en parle. Les deux sont
inséparables.
Que faire alors? Maintenir l’hétérogénéité
des discours, reposant sur la diversité des personnes parlant
du chômage et sur la non-compatibilité de leurs motivations
? C’est en général ce qui se passe. On aboutit
à une sorte de babélisation, chaque personne (chaque
locuteur) désignant sous le même mot des choses différentes
et surtout, voulant provoquer des réactions politiques différentes.
Ceci explique pourquoi la science économique est généralement
considérée comme inexacte sinon menteuse, au même
titre que la météorologie vue par la soi-disant sagesse
populaire.
Mais si l’on voulait introduire de la rigueur dans le discours
sur le chômage, il faudrait pour bien faire que celui qui
en parle précise qui il est, à qui il veut s’adresser,
ce qu’il veut démontrer, la définition qu’il
propose de donner au concept de chômage, les raisons qu’il
a de considérer que cette définition est scientifiquement
pertinente et, finalement, les raisons qu’il a de considérer
que les autres définitions ne le sont pas. On constatera
alors que la plupart des gens parlant prétendument scientifiquement
du chômage refuseront cette façon de relativiser leur
discours, non pas parce qu’il s’agirait d’un processus
trop complexe susceptible de créer une autre sorte de cacophonie,
mais parce qu’ils refuseront d’admettre qu’ils
ne sont pas objectifs quand ils abordent la question du chômage.
Chacun en fait s’appuie sur la prétendue réalité
de l’entité dont il parle pour se crédibiliser,
c’est-à-dire pour donner de la “ réalité
” à son discours et à sa personne. Il s’agit,
comme nous l’avons dit, d’une tentative de prise de
pouvoir sur ceux à qui ce discours est destiné.
Accepter une régression conceptuelle
Que
me propose la méthode MCR pour éviter cela ? Il faut
d’abord que j’accepte une régression conceptuelle
: je dois poser en principe que le chômage n’existe
pas en soi. Je décide ensuite de créer une entité
virtuelle que j’appellerai chômage, inobservable, puis
de la fixer en tant objet d’étude, c’est-à-dire
de connaissance. Connaître veut dire décrire et décrire
qualifier. Quand il s'agit de qualifications par des opérations
physiques, il faut spécifier une " opération
de mesure " et l' " appareil de mesure " correspondant.
Je réaliserai donc un certain nombre d’appareils non-virtuels
pouvant fournir, à partir d'interactions avec cet objet virtuel
supposé, des marques ou mesures qui me soient perceptibles.
Il pourra s’agir d’enquêtes auprès de l’ANPE
ou d’organisations professionnelles, mais aussi de sondages
d’opinion ou toutes autres formes d’observation. En
préparant ce matériel, par exemple en définissant
les questions et les réponses possibles, j’accomplis
ce que les physiciens nomment une "opération de préparation
d'état" et je pose en principe que cette opération
produit un état virtuel "correspondant" qui est
précisément l'objet de l'étude que présuppose
toute tentative de description.
J'admets a priori que l'entité virtuelle “ chômage
”, lorsqu'elle est soumise au mode d'interaction, change d'une
façon que je ne connais pas. Mais ce changement inconnu peut
être défini factuellement (objectivement), à
savoir "c'est celui qui correspond au mode opératoire
mis en action" et que je constate sur l’appareil de mesure.
L'interaction ne détecte pas une propriété
intrinsèque de l'objet, elle crée une propriété
perceptible d'interaction. Si j’enquête auprès
de l’ANPE, l’entité virtuelle chômage,
susceptible d’innombrables définitions, est modifiée
par cette enquête et devient, à travers celle-ci (et
seulement à travers elle), le chômage tel que se le
représente l’ANPE. Lorsque j’enquêterai
auprès de la CGT, l’entité virtuelle sera à
nouveau modifiée. Elle deviendra le chômage tel que
le voit ce syndicat.
Les manifestations perceptibles de l'observable virtuel sont dénommées
ses "valeurs propres". L'ensemble des valeurs propres
d'un observable virtuel constitue son "spectre". Le mode
opératoire d'interaction qui définit l'observable
virtuel crée une valeur propre perceptible de cet observable.
Mais l'observable n'est pas une propriété de l'entité
virtuelle. C'est une opération d'interaction d'une entité
virtuelle avec un appareil matériel. De ce fait la valeur
propre créée qualifie l'interaction et non l’entité.
Si l’enquête auprès de l’ANPE me dit que
le taux de chômage est de 13% de la population inscrite auprès
de ses caisses, ce chiffre qualifie l’interaction de l’entité
virtuelle chômage avec les moyens d’information dont
disposent ces caisses, et non l’entité virtuelle chômage
toute entière.
Ainsi, afin de qualifier une entité virtuelle, je définirai
des dimensions de qualifications opératoires qui seront des
interactions entre cette entité et des appareils d’observations
et qui créeront des effets d'interaction perceptibles interprétables
selon certaines règles en termes prédéfinis
de "valeurs propres d'observables…". On voit que
dans le but de connaître une entité virtuelle du type
du chômage, je suis obligé d’adopter une attitude
de description radicalement active. Je dois créer aussi bien
les objets de descriptions que les qualifications.
Imaginons maintenant que je refasse un grand nombre de fois l'opération
de mesure, en m’adressant à d’autres interlocuteurs,
le Medef, la CGT, le ministère du travail. Imaginons aussi
que je change d’instruments de mesure, par exemple en réalisant
des sondages individuels auprès d’un échantillon
de population, salariés d’abord, chefs d’entreprise
ensuite… Imaginons enfin qu'à chaque fois je trouve
le même résultat (soit un chômage estimé
à tel pourcentage de la population salariale, par exemple
10%). A ce moment je pourrai dire : “ la qualification de
l’entité virtuelle chômage, soumise à
telles opérations de mesure, conduit invariablement au résultat
10%. Donc la caractérisation du chômage face à
ces opérations de mesure est terminée. Elle consiste
dans la valeur propre 10% ”.
Mais en général, la réitération d'un
grand nombre de fois une opération de mesure et le recours
à un grand nombre d’opérations de mesure différentes
font apparaître tout un spectre de valeurs propres de l’entité
virtuelle chômage, allant par exemple de 8% à 15% et
portant sur des catégories de travailleurs ou de chômeurs
différentes. La situation se révèle être
statistique.
Dans ces conditions, la valeur propre 11%, à elle seule,
n'est pas caractéristique du chômage. Je suis obligé
de faire un nouveau pas vers la caractérisation de cette
entité virtuelle en établissant la distribution statistique
des fréquences relatives obtenues pour l'entier spectre des
valeurs propres. Mais je dois me souvenir que la distribution statistique
du spectre des valeurs propres est elle aussi relative aux diverses
opérations de mesure mises en jeu. Aussi, afin d'augmenter
les probabilités d'avoir véritablement caractérisé
le chômage, je rechercherai la distribution des fréquences
relatives des "valeurs" de qualification obtenues par
plusieurs biais de qualification différents. Je choisirai
plusieurs observables différents tels que les opérations
de mesure correspondantes soient mutuellement exclusives.
La fonction d'onde de l'entité
virtuelle chômage
On
résumera en disant que par un très grand nombre de
réitérations d'opérations de mesure mutuellement
exclusives, j'obtiens de l’entité virtuelle chômage
une certaine connaissance globale, probabiliste, qui est un invariant
observationnel pouvant lui être associé et le caractériser.
Je puis aller plus loin en établissant un algorithme mathématique
prévisionnel donnant une représentation abstraite
du résultat obtenu. J’établirai, pour toute
opération de préparation, une fonction d'état
ou fonction de probabilités qui représentera l'ensemble
de tous les résultats expérimentaux en fonction du
temps – ce qui s’impose dans le cas du chômage
puisque celui-ci est supposé évoluer dans le temps.
Une fois que cette fonction de probabilité a été
construite, des calculs simples permettront d’obtenir des
prévisions quantitatives. Mais il ne s'agira que de prévisions
probabilistes globales et pas de prévisions individuelles
affirmées avec certitude. Elles pourront cependant se révéler
d'une précision déconcertante. Ainsi l’entité
chômage qui au départ n'était qu'un simple étiquetage
subit finalement une transmutation en un outil mathématique
de description probabiliste prévisionnelle, qui me sera fort
utile dans la suite de mes travaux économiques. Ce sera en
quelque sorte, pour reprendre le terme utilisé par la MQ,
la fonction d'onde ou vecteur d’état de l’entité
virtuelle chômage. L'opacité qui sépare le supposé
niveau virtuel du chômage et mon propre niveau de perception
et d'action sera – en ce sens et en ce sens seulement - levée.
Une structure descriptionnelle prévisionnelle et vérifiable
aura été mise en place.
Malgré les apparences, on voit que la méthode MCR
est très différente des méthodes classiques.
Ainsi, en ce qui concerne le chômage, l’observateur
économique classique affirme a priori l’existence d’un
phénomène, le chômage, tel qu’il le définit.
Il exclut toute autre définition et c’est à
partir de cette définition qu’il travaille. Ainsi tel
auteur inclura dans le calcul du chômage les emplois à
temps partiel et tel autre en enlèvera les emplois féminins
non salariés. Ces auteurs procéderont ensuite à
des mesures statistiques qui donneront une apparence de scientificité
à leurs définitions, dont ils se garderont bien d’annoncer
le caractère relatif. Evidemment, les économistes
honnêtes ne sont pas tous incapables d’efforts destinés
à exclure la subjectivité et le caractère partisan
de leurs travaux. En croisant les points de vue, ils peuvent aboutir
à des caractérisations, toujours relatives mais plus
générales, des phénomènes qu’ils
étudient. Mais dans ce cas, ils retrouveront sans le savoir
les procédures de la MQ résumées dans la méthode
MCR résumée ci-dessus. Ils courront cependant à
tous moments le risque de retomber dans l’erreur de la réification
– ce qui est plus difficile, bien que pas totalement impossible,
en matière de physique quantique.
La
généralisation de la méthode MCR
L'application de la méthode ne se limite pas aux représentations
scientifiques du monde mais plus généralement à
celles qu'en donnent tous les langages symboliques – y compris
le langage politique, grand consommateur de références
à de prétendus “ existants ” qui n’existent
que par la volonté des acteurs de la vie politique. Sa portée
est donc universelle. Selon nous, elle devrait donc être dorénavant
enseignée et appliquée partout.
Il faut bien voir que c'est la transposition à la science
macroscopique de la pratique épistémologique de la
MQ qui représente la nouveauté de ce travail. Divers
chercheurs en sciences de la complexité, par exemple Edgar
Morin avec ses célèbres notations récursives
[E.Morin, op.cit.] avaient essayé de proposer des modèles
tenant compte de l'implication de l'observateur dans ses descriptions,
mais ces tentatives n'ont jamais été convaincantes
ni généralisables. Pour y réussir, il fallait
d'abord interroger au fond la démarche du physicien quantique,
puis la constituer en méthode utilisable dans tous les autres
domaines de l'acquisition de connaissance.
Si on veut l'appliquer constamment, la méthode MCR paraîtra
peut-être au premier abord un peu raffinée ou perfectionniste,
étant donné que ses performances spécifiques
ne sont vraiment frappantes que dans des cas relativement peu courants
de la vie quotidienne. Notre lecteur n’aura pas manqué
d'ironiser, nous en sommes persuadés, du luxe de précautions
méthodologiques que nous avons évoquées pour
traiter du chômage. Comme on dit, c’était un
peu se noyer dans un verre d’eau. Mais il s’agissait
d’une démonstration d’école. Par contre,
ces précautions apparaissent comme indispensables quand on
est confronté à des paradoxes ou à des faux
problèmes qui semblent insolubles (par exemple, qu’est-ce
qui existait avant le Big Bang, si on considère celui-ci
comme le début de tout ?) ou dans des circonstances qui,
suite à telle ou telle pratique particulière (recherches
sur des crimes, investigations médicales, etc.) sont d'ores
et déjà abordées par des méthodes professionnelles
locales qui de fait englobent la méthodologie MCR, bien qu'à
l'état implicite et non-systématisé. Mais rien
n'empêche d'utiliser MCR comme référence explicite
générale, tout en employant les raccourcis que cette
méthode définit elle-même, à chaque fois
que ceux-ci sont " légalement " acceptables sans
introduire des contresens. On disposera ainsi d'une sécurité
de conceptualisation permanente.
Dans ces conditions, quel est donc l'apport essentiel de MCR ? En
résumant beaucoup, on dira que MCR permet de s'affranchir
de ce que l'on pourrait appeler la tyrannie du " réalisme
des essences " ou du monde en soi, qui conduit les hommes,
que ce soient des scientifiques ou de simples locuteurs ayant recours
au langage ordinaire, à oublier inconsciemment ou même
volontairement que ce sont eux, à travers la façon
dont ils perçoivent et se représentent le réel,
qui définissent et construisent ce réel. Cet oubli
fait que celui qui parle s'arroge l'autorité de quelqu'un
qui serait en relation directe avec un réel objectif pour
imposer aux autres ce qui n'est qu'une vue subjective des choses
- ceci qu'il s'agisse de l'expression d'un point de vue qui lui
serait individuel ou d'un point de vue représentant un consensus
interpersonnel ou intersubjectif propre à un groupe d'hommes.
Pendant des siècles, un tel abus d'autorité du locuteur,
parlant au nom du réel (on disait aussi "de la nature")
face aux créations de l'imaginaire, a permis au rationalisme
d'élaborer des représentations du monde échappant
aux " vérités révélées "
et aux autres mythes imposés par les autorités religieuses
ou politiques. Mais aujourd'hui, où la science devrait ouvrir
largement les portes de l'imagination créatrice pour répondre
aux questions qui naissent du développement exponentiel de
ses instruments d'observation et de ses modèles, affirmer
a priori qu'un observateur-acteur puisse décrire, ne fut-ce
qu'imparfaitement, un réel qui lui serait extérieur
ne peut que stériliser la recherche en donnant à une
telle description une autorité qu'elle n'a pas. La connaissance
ne peut progresser qu'en s'appuyant sur le caractère relatif
de ses propositions, considérées comme le produit
ici et maintenant de l'interaction de tel observateur, équipé
de tels instruments, avec un réel hypothétique dont
on n'affirmera rien qui soit extérieur aux résultats
de l'observation du moment. Il y a là un message très
fort à retenir d'emblée. Il concerne ce que l'on pourra
appeler la démocratisation de l'accès à la
construction des connaissances. On ne peut plus réserver
cette construction à des “ élites ”. Chacun
doit pouvoir y contribuer, à condition de respecter une procédure
permettant le travail coopératif avec les autres. Le paradoxe
vient du fait que la méthode proposée découle
de la pratique de la MQ, science réputée jusqu’ici
comme la plus ésotérique qui soit.
Nous pensons qu’il faut absolument adopter cette méthode
si l'on veut non seulement mieux comprendre et approfondir les travaux
de la mécanique quantique et de la cosmologie, dont l'importance
grandit tous les jours, mais beaucoup plus généralement,
relancer l’heuristique, c’est-à-dire la recherche
dans l'ensemble des sciences, en se libérant des barrières
a priori imposées par ceux qui s'en tiennent aux vielles
façons de se représenter le réel. Certes, comme
noté plus haut, si je veux désigner une table ou une
chaise, voire construire un pont, je ne serai pas gêné
par le fait que ces différents concepts et modèles
soient des constructions sociales et ne renvoient pas à d'hypothétiques
entités en soi appartenant au monde des essences. Mais si
je veux étudier les interactions des " gènes
" avec les protéines dans la construction d'un embryon,
je dois commencer à remettre en cause l'image naïve
que je pouvais avoir de ces gènes à l'échelle
macroscopique.
C’est en fait dans les sciences dites molles, la biologie
par exemple et plus encore en matière de sciences humaines
et sociales, qu’il est urgent de renoncer au réalisme
pour faire progresser les connaissances. Les concepts de virus,
gène, neurone, pas plus que ceux d'inflation, de libéralisme
de terrorisme, d’homosexualité ne sont plus suffisants
pour expliquer les faits et conduire les politiques, si on oublie
qu'il ne s'agit que de constructions dont chacune est localisée
dans le temps et dans l'espace. Ces constructions doivent aujourd'hui
être dépassées par des démarches intégratives
qui prennent en compte le point de vue de celui qui les utilise.
On ne parle pas de la même façon du libéralisme
quand on est riche ou pauvre.
Ajoutons que dans les domaines de plus en plus fréquents
où le microphysique rejoint le macroscopique (par exemple
dans les expériences et systèmes faisant apparaître
la possibilité d'intrications entre particules quantiques
et éléments de la physique macroscopique), il sera
évidemment indispensable de recourir à MCR si l'on
ne veut pas se fermer d'emblée à tout renouvellement
des représentations du monde actuellement en vigueur.
Note:
Après avoir lu ce texte, Mme Mugur-Schächter nous a
adressé le commentaire suivent, dont nous la remercions:
Je viens de finir la lecture de votre
étonnant et très intéressant exposé.
Je dis étonnant - pour moi bien entendu - parce que je n'aurais
jamais eu l'idée de construire un exemple concernant 'le
chômage'. Mais en effet l'approche se révèle
tout à fait applicable, et cela est intéressant.
Concernant les mots employés, j'ai deux remarques, mais qui
ne touchent nullement le fond.
(a) Pourquoi employer dans ce contexte le terme 'virtuel' ? Mes
définitions, qui permettent des opérations G de génération
d'entité-objet absolument quelconques, permettent notamment
de dire :
"Choisissons une opération de génération
G conceptuelle qui consiste à introduire en tant qu'entité-objet
le désigné du mot 'chômage' ", sans aucune
autre restriction. Choisissons ensuite la 'vue' V1=les conceptions
de l'ANPE, puis la vue V2=les conceptions du MEDEF, puis la vue
V3=les conceptions du CGT, etc., et formons les référentiels
épistémiques correspondants, (G,V1), (G,V2), (G,V3),
etc.
Dans chacun de ces référentiels, par interaction qualifiante
entre l'entité-objet produite par G, à savoir le désigné
du mot 'chômage' , et d'autre part la vue du référentiel
considéré, il émérgera un certain ensemble
de qualifications, c'est-à-dire une description relativisée
de l'entité-objet - le désigné du mot 'chômage'
- via la vue qui a agi, et cet ensemble de qualification proviendra
à la fois de l'entité-objet choisie et de la vue qualifiante................et
ainsi de suite.
Cela marche très bien en effet.
(b) 'Observable' est le nom, en mécanique quantique, d'une
VUE-ASPECT, dont les 'valeurs ' propres sont en effet également,
comme vous le dites, les manifestations perceptibles que l'entité-objet
peut produire lorsqu'elle est soumise à une opération
de qualification par cette vue-aspect là.
Ces remarques, je le répète, ne changent rien au fait
surprenant qu'en effet l'illustration que vous avez construite est
possible, et éclairante. MMS