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Les Interfaces cerveau/ordinateur non invasifs ont
le vent en poupe
La firme japonaise Hitachi a annoncé avoir créé
et testé une nouvelle interface non invasive(1)
qui permet à celui qui la porte d'agir par la pensée
sur un commutateur de puissance marche-arrêt. Les expériences,
qui consistaient à actionner le commutateur de puissance
d'un train modèle réduit, s'appuient sur la topographie
optique, technique de neuro-imagerie qui emploie la lumière
proche de l'infrarouge pour tracer la concentration de l'hémoglobine
du sang dans le cerveau(2).
Identifiant ses variations d'écoulement en fonction de l'activité
cérébrale, le système traduit ces changements
en signaux de tensions pour commander des dispositifs externes.
Rien
de trop révolutionnaire ici car il s'agissait juste pour
l'instant d'actionner un commutateur on/off d'un train électrique.
Mais les chercheurs espèrent affiner rapidement les potentialités
du système. Car selon eux, une meilleure connaissance des
variations de concentration du sang en fonction des diverses activités
du cerveau devrait rapidement mener à la commande d'opérations
mécaniques plus complexes. A court terme, on peut penser
à l'utilisation de l'interface dans le domaine de la réadaptation
cognitive. Sont aussi évoquées à plus long
terme des applications permettant aux paralysées de recouvrir
une certaine indépendance par l'action directe de systèmes
par la pensée, et la possibilité d'effectuer des actions
basiques. Hitachi espère commercialiser son système
d'ici 5 ans.
Rappelons que le secteur des interfaces
Cerveau/ordinateur (Brain Computer Interface [BCI]) a le vent en
poupe et que nombreux sont aujourd'hui les laboratoires et compagnies
travaillant sur les interfaces non invasives. Jusqu'où ces
dernières permettront-elles d'aller ? Constitueront-elles
la panacée face aux techniques invasives qui rappelons-le,
nécessitent la pose d'électrodes dans le cerveau,
avec tous les risques de rejets correspondants(3).
Dans le cas des techniques non invasives, le problème d'une
mauvaise résolution du signal à cause de son atténuation
par les tissus et os crâniens a souvent été
souligné. La forme ronde du crâne vient également
entraîner une dispersion et un brouillage des ondes électromagnétiques
créées par les neurones. Ainsi, même si les
ondes peuvent tout de même être détectées,
il est plus difficile ici - par rapport aux méthode invasives
ou semi-invasives - de déterminer le secteur du cerveau qui
les a créées ou les actions générées
par différents neurones. Par ailleurs, la méthode
non invasive nécessite un entraînement intensif du
sujet à la maîtrise de cette technologie.
Quoi
qu'il en soit, les progrès sont là, avec notamment
la conception d'algorithmes toujours plus sophistiqués dans
la localisation de la source, l'acquisition des données et
leur mise en relation, conduisant à l'étude d'une
plus large bande de fréquences et à une meilleure
fiabilité dans les résultats (exactitude du signal
de commande).
Dès
lors, les casques non invasifs ne cessent de laisser envisager les
applications les plus diversifiées, qu'il s'agisse d'apporter
une aide aux personnes handicapées ou d'"augmenter"
les possibilités de tout un chacun grâce à un
interfaçage homme/machine plus direct. Il y a déjà
sept ans, nous signalions dans ces colonnes la commercialisation
par la société IBVA [Interactive Brain Wave Visual
Analizer)] de
son système, permettant de contrôler différents
appareils par la pensée. La méthode
ici ne s'appuie pas sur le traçage de l'hémoglobine
mais sur l'analyse des ondes cérébrales et leur transformation
en signal numérique, données pouvant par exemple être
converties en son, voire en musique au format MIDI, ou en tout autre
format d'entrée destiné à des logiciels ou
des appareils externes (lecteurs CD, caméscopes...).
Grâce à ce dispositif(4)
et à la suite des recherches poursuivies par IBVA,
il est désormais possible d'envoyer des messages
par internet en contrôlant la machine par ses ondes cérébrales...
Les musiciens peuvent effectuer directement le mixage de leurs arrangements
musicaux par la pensée. Les accros des jeux vidéos
expérimentent le déclenchement d'actions simplement
en y pensant (contrôler un joystick, soulever et aligner des
pierres par la pensée). Ceci nécessite bien sûr
un entraînement de la part du porteur du casque pour générer
le signal adéquat, correspondant aux actions désirées.
BCI et art
Signalons aussi l'utilisation
de ces possibilités dans le domaine artistique. S'appuyant
sur le système de la société IBVA,
le Japonais Ikuo Nakamura présentait ses "neuros
hologrammes"(5)
lors de l'exposition Holographic Network tenue
à Berlin en 1996. Représentées sous
forme d'un hologramme (voir images à droite), les
ondes cérébrales de son cerveau étaient
analysées et traitées en temps réel
sur ordinateur, commandant un système de multi-éclairage
illuminant l'hologramme. Une manière, selon l'artiste,
de visualiser l'inconscient à l'oeuvre ? Ou tout
du moins d'illustrer de façon métaphorique
"The Holonomic Brain Theory" (mémoire holographique)
émise par le neurophysiologiste américain
d'origine austro-tchèque Karl Pribram(6).
Des
systèmes portables...
Nombreuses
sont les entreprises produisant aujourd'hui des appareillages non
invasifs. Signalons par exemple la société autrichienne
g.tec Guger Technologies qui propose notamment le "g.MOBIlab"(7),
ordinateur de poche contrôlé par la pensée présenté
en 2005 par le Dr Christopher Guger au Salon CeBIT de Hanovre.
Lappareil est livré avec des électrodes, des
capteurs de contacts crâniens, un écran et des logiciels
dapplication. Le patient sentraîne, par lexercice
de la maîtrise de la pensée, à mettre le curseur
de lécran à droite, puis à gauche. Une
fois acquise la maîtrise de lappareil, les entrées
sorties du BCI Pocket peuvent être branchées pour effectuer
dautres télécommandes. L'idée est aussi
ici de pouvoir fournir aux scientifiques un appareillage(8)
vraiment portable et mobile permettant d'acquérir
les biosignaux (qu'ils s'agissent de ceux venant du cerveau, des
muscles, de la peau...). Il peut ainsi été utilisé
pour toutes sortes de recherches concernant le vivant placé
dans des conditions extrêmes : simulateur de vol, chambres
de pression, accélération dans les véhicules,
haute montagne (a été utilisé pour étudier
les effets de l'altitude sur les électroencéphalogrammes
et électrocardiogramme des alpinistes lors d'une expédition
en Himalaya)...
BCI et réalité virtuelle
ou comment se promener par la pensée dans une ville
imaginaire
Combiner
un Brain Controler Interface (BCI) non invasif avec les technologies
de réalité virtuelle offre la possibilité
de réaliser une interface «naturelle» pour
se déplacer par la pensée (juste en imaginant
des mouvements) - et en temps réel - dans un environnement
virtuel. Dans ce cadre, une étape très importante
a été présentée en 2004* par un
groupe de scientifique travaillant avec la société
autrichienne Sg.tec Guger Technologies.
Le BCI transforme les signaux bioélectriques du cerveau,
modulés par l'activité mentale (par exemple
imaginer le mouvement de son pied ou de sa main) en un signal
de commande. Il a été montré que ce signal
pouvait être utilisé pour avancer, rester immobile
ou reculer dans un environnement virtuel se composant d'une
rue située dans une ville imaginaire.
Pour mener à bien l'expérience, il a d'abord
fallu identifier les signaux générés
dans le cerveau, puis entraîner l'utilisateur à
générer en temps réel les "bons"
états mentaux.
Le
participant, assis sur un siège et la tête recouverte
d'un casque (EEG) et de lunettes spéciales est placé
dans un environnement virtuel immersif de type "CAVE",
lui donnant l'illusion d'être physiquement dans une
rue (peuplée ici de 16 avatars et de boutiques de chaque
côté).
Ayant été entraîné préalablement
à maîtriser les "bons" signaux de son
cerveau, il lui suffit d'imaginer mentalement le mouvement
de ses pieds, pour progresser en avant ou en arrière
dans cet environnement, et le mouvement de sa main droite
pour arrêter la progression. Voir
la video
*R.Leeb, C. Keinrath, C. Guger, R. Scherer, D. Friedman, M.
Slater, M. et G. Pfurtscheller : "Using a BCI as a navigation
tool in virtual environments" publié dans les
Proceedgins of the 2nd International Brain-Computer Interface
Workshop and Training Course, pp.49-50, Septembre 2004.
Vers la machine
à écrire mentale ?
Sera t-il possible dans un futur
proche de pouvoir écrire directement à toute vitesse
un texte sur ordinateur simplement en pensant aux mots que l'on
voudrait voir s'afficher ? Pour l'instant, on en est encore loin
: les systèmes ne permettent ici que de contrôler la
position d'un curseur sur écran, et donc de passer par des
artifices logiciels pour choisir chaque lettre, ce qui demande à
la fois un entraînement pour pouvoir contrôler le curseur,
mais aussi un temps assez long pour écrire les mots. En
tous cas, ces systèmes peuvent s'avérer d'un grand
secours pour les personnes totalement handicapées, mais dont
le cerveau est intact.
C'est dans ce cadre que des
chercheurs de lInstitut Fraunhofer de Berlin et de la clinique
neurologique de l'hôpital berlinois de la Charité présentaient
en mars dernier leur "machine à écrire mentale"
au salon CeBIT 2006 de Hanovre.
Placés sur la tête, les 128 senseurs du casque (un
autre prototype en contient 64) enregistrent les signaux cérébraux
envoyés par le cortex moteur primaire. Ceux-ci sont envoyés
par câble à l'ordinateur, analysés et filtrés
grâce à un logiciel innovant, puis transformés
en commande. Pour guider le curseur, "il faut s'imaginer
prendre une balle dans la main droite ou la main gauche, penser
que l'on bouge une porte avec un pied ou que l'on tire un but"
expliquent les professeurs Klaus-Robert Müller et Gabriel Curio.
"Chaque mouvement imaginé commande un déplacement
du curseur sur l'écran, permettant par élimination
de choisir des lettres, et d'écrire". Fruit de cinq
ans de travail, ce prototype - et selon ses concepteurs - ne requiert
pas un grand entraînement(9),
grâce au logiciel auto-apprenant développé par
les chercheurs de l'Institut Fraunhofer. "L'ordinateur s'adapte
à chaque personne, il faut seulement compter quinze à
vingt minutes pour configurer un profil individuel" indique
Gabriel Curio. Ensuite l'essentiel est de se détendre et
de se concentrer sur un mouvement précis. Lors des derniers
tests, le patient est arrivé à émettre jusqu'à
50 choix de lettre par minute, contre 5 à 10 au début
du projet. Cinq à sept mots peuvent être écrits
à la minute. "Si d'autres personnes ont développé
avant nous l'interface cerveau-ordinateur, nous avons changé
de paradigme : c'est l'ordinateur qui s'adapte à la manière
de réfléchir du patient. Cela fait gagner temps et
souplesse".
Il faut toutefois noter ici le problème du temps d'installation
(près d'une heure) du bonnet car chaque électrode
doit toucher le cuir chevelu à un endroit précis.
Mais les chercheurs travaillent maintenant à la portabilité
du système et au développement d'une nouvelle technologie
d'électrodes qui permettrait de développer un électroencéphalogramme
à partir du port d'un simple bonnet.
L'équipe imagine également d'autres applications :
permettre à une personne paralysée de diriger sa chaise
roulante par la pensée, actionner directement une prothèse
(à partir de la reconnaissance de la pensée associée
au mouvement désiré du membre), écrire ou jouer
sur ordinateur. Les chercheurs travaillent également avec
l'industrie automobile, imaginant que si un conducteur portait une
casquette remplie d'électrodes, reliées sans fil à
un ordinateur de bord, celui-ci pourrait analyser son état
de fatigue et de concentration et émettre à son intention
des données adaptées, en vue de rendre la conduite
du véhicule plus sûre.
Une technique alternative pour "parler par la pensée"
?
Une
autre technique pourrait s'avérer intéressante
dans le domaine de l'énonciation directe des mots par
la pensée. Bien qu'il ne s'agisse pas ici de Brain
Controller Interface (BCI) proprement dit [puisqu'ici est
récupéré un électromyogramme (EMG)
analysant l'activité électrique des muscles],
elle mérite d'être signalée dans cet article.
L'équipe de Chuck Jorgensen, chercheur à la
NASA au Ames Research Center (Californie), a ainsi fait breveter
un système dans lequel de petits capteurs placés
sous le menton et de chaque côté de la pomme
d'Adam permettent de recueillir des signaux nerveux analysés
par un logiciel qui les convertit en mots [notre
actualité du 04 mai 2004]. "Une
personne utilisant ce système subvocal ["subvocal
speech"] pense des phrases et les prononce pour elle-même,
si doucement que les mots sont inaudibles, mais la langue
et les cordes vocales reçoivent les signaux de parole
émanant du cerveau", explique le chercheur.
Le
travail, issu d'un programme commencé en 1999*, s'est
tout d'abord focalisé sur la reconnaissance de six
mots (stop, go, gauche, droite, alpha, oméga) et de
dix chiffres (de 0 à 9) que les chercheurs répétaient
subvocalement (nb : aujourd'hui le système permet
de reconnaître 25 mots et 38 voyelles et consonnes).
Cette reconnaissance des mots s'est avérée précise
à 92% (certains à 99%)**. Les chercheurs ont
aussi donné à chaque lettre de l'alphabet des
coordonnées sur une grille, permettant d'identifier
chaque lettre par une paire de chiffres. Devant un ordinateur,
ils ont aussi vérifié la possibilité
de lancer silencieusement une requête sur un moteur
de recherche, simplement en épelant en silence le mot
"NASA". "Nous avons numéroté
électroniquement les pages de résultats de la
requête et nous avons utilisé ces numéros,
une nouvelle fois (sans parler à voix haute) pour choisir
les pages web à consulter. Cela a permis de prouver
que nous pouvons consulter internet sans toucher un clavier".
*** L'équipe
se focalise aujourd'hui sur le développement de nouveaux
senseurs plus performants, sans fils.
Un tel système -s'il pouvait être rendu portable
- pourrait aussi être utilisé par des personnes
voulant
parler au téléphone sans être entendues,
par des gardes du corps ou des militaires pour communiquer
discrètement entre eux. Il pourrait aussi être
aussi utile aux astronautes comme toute personne portant une
combinaison avec système de respiration, ou travaillant
dans un environnement bruyant (conducteurs de tank, par exemple),
les handicapés ou même être utilisé
dans les logiciels actuels de reconnaissance vocale, pour
en améliorer la précision. Voir
la video
*
Il s'agit
du programme "Subvocal" de la NASA, faisant partie
du programme "Extension of the Human Senses".
L'agence militaire américaine DARPA (The Defense Advanced
Research Projects Agency) s'intéresse de très
près à ces travaux.
**B.J. Betts and C. Jorgensen, "Small Vocabulary Recognition
Using Surface Electromyography in an Acoustically Harsh Environment,"
tech. memo TM-2005-213471, NASA, 2005 (consulter
l'article).
***C. Jorgensen and K. Binsted, "Web Browser Control
Using EMG Based Sub Vocal Speech Recognition," Proceedings
of the 38th Hawaii International Conference on System Sciences
(HICSS'05), pp. 294c, 2005
Commander
des robots par la pensée ...
Dans le cadre d'un programme de recherche financé par la
DARPA, les chercheurs de l'université John Hopkins ont déjà
montré qu'il était possible de contrôler par
la pensée les mouvements simples d'une main robotisée,
sans avoir recours aux techniques invasives..
Bob
Ramussen, agissant par la pensée sur une main robotisée Voir
la vidéo
Plus
récemment, c'est au tour de l'Institut japonais international
de recherches avancées en télécommunications
(ATR) et du laboratoire de recherche de Honda (HRI) d'annoncer le
contrôle d'une main robotisée, avec la réalisation
de leur "Brain machine interface". La technique s'appuie
ici sur la représentation de l'activité du cerveau
(réponses hémodynamiques)
à partir de l'imagerie par résonance magnétique
fonctionnelle (fMRI). Si la technologie d'acquisition des données
mise en jeu est assez lourde (mais non-invasive) [voir
notre article du 26 mai 2006], elle est potentiellement
applicable à d'autres types de mesures de l'activité
cérébrale telle que celle des champs magnétiques
et électriques générés, les type d'ondes....
Si il ne s'agit pas ici du port d'un casque, les chercheurs travaillent
cependant à la réalisation de systèmes bien
plus compacts, qui pourraient devenir portables.
Pour
leur part, les chercheurs de l'Université de Washington (Neural
Systems Lab) ont annoncé en décembre 2006(10)
le contrôle par la pensée des mouvements d'un robot
humanoïde, travaux présentés par l'équipe
du Dr Rajesh Rao, du Neural Systems Group(11)
lors du Brain-Computer
Interfacing Meeting tenu à Whistler, B.C.
L'humain qui pilote le robot porte un casque non invasif équipé
de 32 électrodes qui recueillent par électroencéphalographie
des ondes émises par le cerveau. L'expérimentateur
regarde le robot agir à partir de deux caméras branchées
sur l'écran de son ordinateur. L'une est montée sur
le robot et l'autre au-dessus de lui. L'expérimentateur doit
alors se concentrer mentalement sur des ordres
simples, tels qu'avancer, reculer, déplacer un objet pour
que l'humanoïde s'exécute. En
plus de lEEG traditionnel, le système utilise
londe P300 de l'expérimentateur, onde qui se manifeste
dans le cerveau lorsque nous sommes surpris : lutilisateur
voit une série dobjets sallumer les uns après
les autres sur un écran, et lorsque celui quil souhaite
manipuler est mis en surbrillance, une onde P300 est automatiquement
et inconsciemment produite, ce qui effectue la sélection. Voir
la vidéo
Objets
sur lesquels
se focalise le robot...
qui apparaissent sur l'écran de l'utilisateur
Par l'utilisation des ondes de son cerveau (P300),
l'utilisateur désigne ("flashe") l'objet
à déplacer
Lun
des points importants de cette démonstration est que nous
utilisons un signal bruité pour contrôler
le robot", explique
Rajesh Rao. La technique
utilisée pour récupérer les signaux cérébraux
est non-invasive, mais cela implique que nous ne pouvons obtenir
ces signaux quindirectement, à laide de capteurs
situés à la surface de la tête, et non là
où ils sont générés, dans les profondeurs
du cerveau. La conséquence en est que lutilisateur
peut seulement utiliser des commandes de haut niveau, telles quindiquer
quel objet prendre ou vers quel endroit aller, et le robot doit
être assez autonome pour exécuter la tâche.,
Autrement dit, lutilisateur est la "conscience"
de la machine et lui donne des ordres très généraux.
Et- c'est au robot dutiliser ses propres facultés pour
gérer les détails.
Les
suites qui seront données à ces premiers essais doivent
être plus innovantes encore, mais là, l'équipe
expérimentera des techniques permettant de recueillir des
ondes cérébrales provenant de couches corticales profondes,
techniques donc invasives. Par ailleurs, elle utilisera un robot
adaptatif capable d'apprendre par essais et erreurs. Ce sera la
première fois au monde que la conjonction entre ces deux
techniques sera expérimentée.
L'objectif
d'une telle recherche(12),
tel qu'il est annoncé, vise les besoins civils : par exemple
aider des handicapés à commander les mouvements d'un
robot humanoïde accomplissant des tâches domestiques.
Mais on devine que d'autres tâches, spatiales ou militaires,
avec d'autres types de robots, opérant le cas échéant
à grande distance du pilote, seront réalisables.
*
* *
Comme
on le voit, il n'est pratiquement pas un domaine où les BCI
non invasifs apportent régulièrement nouveauté
et progrès. Si les laboratoires travaillant sur le domaine
étaient peu nombreux il y encore moins de 10 ans, on en dénombre
aujourd'hui plus d'une centaine à travers le monde.
Et même si ces systèmes ne constituent pas encore la
panacée, on ne peut qu'en constater les avancées,
qu'il s'agisse d'une meilleure portabilité, du développement
de nouveaux censeurs permettant de mieux discriminer le signal,
de la diminution du temps de maîtrise de l'outil grâce
à des logiciels toujours plus sophistiqués, certains
pouvant même s'adapter au profil de l'utilisateur - ce qui
n'est pas une mince affaire, lorsqu'on sait que chaque utilisateur
présente une signature électrique différente.
Nous
n'en sommes encore qu'aux débuts, mais l'évolution
vers cette symbiose entre l'homme et la machine semble désormais
irréversible, porteuse d'autant d'espoirs que de dangers.
Car si cette symbiose peut améliorer la qualité de
vie des handicapés(13)
ou des personnes dépendantes,
amener aussi des facultés étendues aux biens portants,
elle pourrait aussi être employée à de tout
autres desseins.
A quand la conception de drones armés commandés par
la pensée ?
(1)
Voir
notre actualité du 15/11/2006, ainsi que le communiqué
de presse d'Hitachi : http://www.hitachi.com/New/cnews/030909.html
Cette technique ne nécessite pas la pose invasive d'électrodes
dans le cerveau. Les senseurs sont ici disposés dans un casque
mis simplement en contact avec le cuir chevelu. Rappelons qu'il existe
3 approches en matière d'interface cerveau/marchine (Brain
Computer Interface (BCI)) : méthode invasive ; méthode
semi-invasive (Electrocorticographie, ou ECoG) : l'électrode
est placée dans le crâne (dure mère) mais reste
au dessus du cerveau sans pénétrer dans la matière
grise ; méthode non invasive (Electroencephalographie, ou EEG
- détection des ondes mu et beta, P300...). (2)
Poursuivant ainsi des travaux de chercheurs japonais qui ont inventé
en 2001 le "Kokoro-gatari" ("parler avec le coeur")
qui permet aux personnes atteintes de paralysie musculaire totale
de dire "oui" ou "non", en mesurant les flux de
sang dans leur cerveau. Cet appareil a été développé
conjointement par Hitachi, lentreprise Excel du groupe Mechatronix
et lAssociation japonaise des malades de la sclérose
latérale amyotrophique. (3)
Il est notamment très difficile de prévenir l'inflammation
provoquée par la présence d'électrodes dans le
tissu cérébral. Cela dit, le problème est de
savoir jusqu'où peuvent aller les techniques non invasives
par rapport à celles nécessitant le recours aux implants
profonds [voir aussi notre article "Faut-il
vraiment refuser les implants cérébraux profonds ?"
du 2 avril 2004]. Les chercheurs du New York State Department Of Health
montraient par exemple dès 2004 qu'il était possible
de manier très simplement un curseur selon 2 directions à
partir de méthode non
invasive, avec la même précision et vitesse que les résultats
qui avaient été obtenus précédemment sur
des singes par méthode invasive. Les utilisateurs ont ici appris
à contrôler l'amplitude des ondes mu (8-12 Hz) et beta
(13-28 Hz), selon différents endroits de contacts des électrodes
avec leur cuir chevelu, en employant différentes stratégies
mentales. L'utilisation d'un algorithme adapté a permis de
trouver la meilleure combinaison pour générer deux signaux
indépendants, correspondant aux mouvements du curseur sur deux
axes. [cf:"Control of a Two-dimensional Movement Signal by a
Noninvasive Brain-Computer Interface in Humans, par Jonathan R. Wolpaw
et Dennis J. McFarland " Proceedings of the National Academy
Of Sciences, December 6, 2004 ]. (4) Dispositif à la fois logiciel et
matériel. (5) Voir http://www.holonet.khm.de/Holographers/Nakamura_Ikuo/text/neuro.html (6) Voir
notre actualité du 6 mars 2001
Pour Pribram, la mémoire ne serait pas stockée dans
les cellules à des endroits précis du cerveau, mais
contenue dans les motifs d'interférences des ondes qu'il émet.
Cette
idée lui est apparue au milieu des années 1960 après
avoir lu un article décrivant le premier hologramme (mis au
point par Denis Gabor), dans la revue "Scientific American".
Cet hologramme était obtenu en divisant un unique rayon de
lumière pure (un laser) en deux faisceaux distincts : le premier
rebondissant sur l'objet à reproduire ; le second, acheminé
par un jeu de miroir, entrant en collision avec les ondes lumineuses
diffractées du premier. II en résulte un système
de franges d'interférences qui va s'enregistrer sur une émulsion
photosensible. Mais, à la différence de ce qui se produit
en photographie, l'ensemble des informations sont enregistrées
sur chaque fragment du support. Ainsi, même si l'on brise une
plaque holographique en mille morceaux, chaque fragment pourra être
utilisé pour reconstituer l'image entière. Pribram vit
là une métaphore du mode de répartition des souvenirs
dans le cerveau qui abrite, dans chacune de ses parties, de quoi reconstruire
un souvenir dans son intégralité. Pour Pribram, le cerveau
serait un hologramme, capable d'emmagasiner d'énormes quantités
d'informations dans un espace très restreint, de même
qu'un seul cm3 de film holographique peut contenir jusqu'à
dix milliards de bits d'informations. Voir http://en.wikipedia.org/wiki/Holonomic_brain_theory
et http://en.wikipedia.org/wiki/Karl_H._Pribram
et http://www.chaouqi.net/index.php?2005/04/17/13-karl-pribram-et-le-cerveau-holographique (7) Voir http://www.gtec.at/products/g.MOBIlab/gMOBIlab.htm (8)
Des appareillages de cette
société sont par exemple utilisés en France par
G. Renault Technocentre (Guyancourt), l'Université de Lille,
l'Hôpital de la Pitie Salpetrière (Paris), l'ESPCI -
Laboratoire ondes et acoustique (Paris), les Applications Electroniques
de Champagne (Troyes)... (9)
Il faut 20 minutes à l'utilisateur (nécessitant un entraînement
de l'ordre de 150 essais de déplacement de curseur dans sa
tête) pour maîtriser le système. (10)
Voir
notre actualité du 21/12/2006. (11) Voir http://neural.cs.washington.edu/ (12)
Recherche financée par la Packard Foundation, l'Office of Naval
Research and la National Science Foundation. (13)On
parle d'ores et déjà de nombreux systèmes, comme
par exemple la réalisation de prothèses neurales ou
d'une chaise roulante commandée par la pensée (prototype
en cours de développement au laboratoire BrainLab de l'université
de Georgie http://www.cis.gsu.edu/brainlab/ProjectsAwareChair.htm).