Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
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Les recherches européennes dans le domaine
des robots orientés-émotions
Après
le programme ECAgents http://ecagents.istc.cnr.it/,
dont nous avions rendu compte et qui s'intéresse particulièrement
à l'émergence de la communication et des langages
entre robots interagissant entre eux et avec les humains, la commission
Européenne a décidé d'aborder directement le
domaine, sans doute encore plus complexe, des robots évolutionnaires
plongés dans notre vie quotidienne.
Nous avons plusieurs fois regretté le retard que prenaient
les laboratoires européens dans ces voies de recherche
en plein développement, notamment en Asie (Japon, Corée)
pour ce qui concerne les robots dits de compagnie ou de service
et aux Etats-Unis pour ce qui concerne les robots militaires ou
d'application duale (comme les véhicules robotisés
capables de couvrir des distances de centaines de miles sans assistance).
Les sommes consacrés à ces thèmes par ces
pays, dont nous ne pouvons faire le total ici, sont considérables.
Ce n'est pas une raison pour dédaigner ce que pourront
faire à l'avenir les Européens, d'autant plus que
beaucoup d'entre eux disposent d'un savoir-faire conceptuel important.
On avait noté par exemple ces dernières années
que Sony avait localisé à Paris son laboratoire
Sony-CSL, responsable des principaux développements du
chien Aibo et aujourd'hui en charge d'autres études avancées
dans le domaine de la robotique évolutionnaire.
Il est donc intéressant de présenter le projet européen
Feelix-growing (http://www.feelix-growing.org/)
qui vient de débuter et qui comporte plusieurs partenaires
français. Nous dirons un mot ensuite de l'association Humaine,
Human Machine Interaction on Emotion, (http://www.emotion-research.net/)
qui vient d'être créée par une trentaine
de groupes de recherche internationaux, avec la participation du
CNRS, à la suite d'une réunion en juin à Paris.
Dans les deux cas, les recherches visent à développer
des robots interagissant avec des humains dans un certain nombre
de situations quotidiennes. Il est donc nécessaire de les
doter d'une sensibilité émotionnelle, les rendant
capables de comprendre et d'exprimer des émotions dans les
«langages» développés depuis des millions
d'années par les animaux et les hommes. Ces communications
émotionnelles ne remplaceront pas celles provenant d'échanges
langagiers verbaux, mais les compléteront et les enrichiront.
On parle désormais non plus seulement de robots parlants
mais d' «émorobots» .
Il faut rappeler, à l'attention de tous les réductionnistes
qui prétendent que le langage et les émotions ne
peuvent apparaître chez des machines qu'à condition
d'être programmés pas à pas par des ingénieurs,
que ces capacités rapprochant de plus en plus les robots
des animaux et des hommes résultent d'un auto-apprentissage
du robot en situation. Dans le premier cas, on obtenait le robot
Aibo qui remuait la queue quand on lui caressait la tête
(source d'ailleurs d'intense émotion chez son possesseur)
parce que les programmeurs de Sony avaient programmé cette
fonction parmi des centaines d'autres. Dans l'autre cas, le robot
apprend de lui-même, comme le fait un animal ou un enfant,
au cours d'un processus éducatif comportant punitions et
récompenses, à associer des signaux reçus
du monde extérieur (mimiques, regards, gestes, tons de
la voix, voire odeurs corporelles) à tel ou tel de ses
états internes, et à répondre par ses signaux
à lui, au risque évidemment de se tromper et de
devoir se corriger.
Nous
sommes là dans le vaste domaine de la programmation génétique
ou évolutionnaire, permettant à une machine dotée
d'un nombre suffisant de capteurs, effecteurs et unités
de mémoire, de commencer à se comporter comme un
organisme vivant simple faisant ses premiers pas dans la vie.
Cette hypothèse, banale pour un roboticien moderne, est
encore considérée comme une hérésie
par ceux qui associent la vie, la sensibilité et finalement
l'évolution et l'adaptation dite "intelligente"
à l'intervention d'une force extérieure d'origine
divine, ou – ce qui revient au même pour les croyants
- à une force d'origine humaine, l'homme en ce cas étant
considéré comme doté de pouvoirs extra-matériels
dont il aurait seul sur Terre l'exclusivité.
Les robots étudiés dans les programmes évoqués
ici sont évidemment fort loin de disposer de conscience artificielle.
Mais en théorie, rien n'interdit cette perspective. Le grand
spécialiste des sciences cognitives Douglas Hofstadter vient
de publier un ouvrage «I am a strange loop»,
Basic Books, 2007 (voir
notre recension), où il démontre par analogies
que le Moi supposé conscient et libre de ses décisions
peut très bien émerger d'interactions entre contenus
cérébraux qu'il avait déjà qualifié
dans son œuvre fondatrice Gödel, Escher, Bach de «Boucles
étranges ou hiérarchies enchevêtrées»
(pages 770 et suivantes de l'édition française de
1985). Nous pouvons retenir l'idée que les projets européens
intéressant les «émorobots» visent à
permettre à ceux-ci de construire spontanément des
«boucles étranges». Ceci sous une pression de
sélection très simple : ceux qui n'y arrivent pas,
au terme de nombreux processus d'essais et erreurs, n'ont pas de
perspectives de survie.
Le projet Feelix growing
FEEL, Interact, eXpress: a Global appRoach to develOpment With INterdisciplinary
Grounding. Financé par la Commission européenne (contract
FP6 IST-045169, Décembre 2006 - Mai 2010). Budget: 2.5 million
€.
Pour intégrer les robots à un environnement humain
où ils pourront rendre des services (aide aux personnes,
monitoring et surveillance, loisirs), il ne suffit pas de prendre
des produits livrés sur étagère pour les plonger
directement dans la vie sociale. L'adaptation à un milieu
complètement inconnu et changeant, la capacité d'ajustement
aux caractéristiques bien définies de partenaires
humains, nécessitent des dispositions qui ne découleront
que d'un apprentissage à long terme, analogue à celui
que reçoivent les enfants, mais se déroulant dans
des délais bien plus courts.
Le projet consiste à explorer sur le mode interdisciplinaire
et de façon intégrée et globale le processus
d'un développement en société, conçu
comme riche, flexible, autonome et tournée vers les besoins
de l'utilisateur humain. Dans ce but, le projet se fixe plusieurs
objectifs :
Définition
de scénarios intégrant les principaux enjeux et
la typologie des problèmes rencontrés par des agents
autonomes (biologique et robotiques) socialement situés.
Etude
des rôles de l'émotion, de l'interaction, de l'expression
et de leurs interconnections au sein de systèmes robotiques
socialement situés, de façon à améliorer
les capacités de ceux-ci dans les domaines énumérés
ci-dessus, puis tester dans le cadre des scénarios prédéfinis
les aptitudes qu'ils auront acquises.
Intégration
de ces aptitudes dans au moins 2 systèmes robotiques différents
et étude des répercussions en découlant sur
les disciplines-mères impliquées.
Identification
des requisits et des étapes permettant d'obtenir des standards
pour la définition des scénarios et la typologie
des problèmes, les métriques d'évaluation,
la réalisation de plateformes robotique dotées de
technologies pouvant être mises de façon réaliste
au contact du public dans la vie quotidienne.
L'approche hautement interdisciplinaire de Feelix Growing conjugue
les théories, les méthodes et les technologies provenant
de la psychologie du développement et de la psychologie
comparée, de la neuro-imagerie, de l'éthologie et
de la robotique autonome et évolutionnaire. Le projet vise
à produire des résultats significatifs pour la communauté
scientifique dans deux domaines. D'une part, les recherches conduites
exploreront les questions encore peu étudiées découlant
de l'interaction croissante entre des technologies de plus en
plus nombreuses et des humains dont les réactions restent
mal comprises, que ce soit dans les robotiques de loisirs, d'aide
au développement et à la réhabilitation thérapeutique,
des services. D'autre part, l'effort résolument interdisciplinaire
entrepris permettra d'établir des collaborations à
long terme entre les disciplines et les laboratoires.
On dénombre six partenaires6, représentant plusieurs
pays européens. Certains regroupent plusieurs laboratoires.
La participation française est notable (voir encadré
ci-dessous). Il faut s'en féliciter, après avoir longtemps
déploré dans nos colonnes le peu de motivations des
chercheurs français - ou ce qui est pire des comités
de financement - pour de tels sujets. Bornons-nous seulement à
signaler la PME Aldebaran, qui seule dans ce groupe conjugue la
recherche, les applications et l'approche commerciale, avec le robot
Nao (voir http://www.aldebaran-robotics.com/.
On lira également à ce sujet notre
actualité (20 janvier 2007).
The French National Centre of Scientific Research (CNRS) created
in 1936 and monitored by the Ministry of National Education
and Research, is the largest non-profit French Research Centre.
Partner 2 is composed of a group of scientists working in
the Emotion Centre of the CNRS Unit 7593, hosted in the Hospital
La Salpetriere and associated to University Pierre & Marie
Curie. CNRS unit UMR 7593, laboratory Adaptation, Vulnerability
and Psychopathology, is devoted to designing research in various
aspects of human psychopathology, developing animal models
of specific psychopathologies (i.e. mice models of leucomalacia
of premature newborns, of depression syndrome, of Korsakoff
syndrome) and promoting clinical applications of the research
findings via the use of modern technologies such as virtual
environments for agoraphobia or anhedonia, and robotic tools
for clinical remediation in autism. In this CNRS unit, Jacqueline
Nadel supervises all the programs concerned with psychopathological
development.
CNRS Unit 7593 Team: Jacqueline Nadel, Stephanie
Dubal, Philippe Fossati, Arnaud Revel, Robert Soussignan,
Pierre Canet.
The Neurocybernetics team
is a research group within the laboratory ETIS (Equipes
de Traitement des Images et du Signal), attached
to Cergy Pontoise University and ENSEA (Ecole Nationale Superieure
d\'Electronique et ses Applications). The group carries interdisciplinary
research in cognitive sciences, simulation of adaptive behavior,
autonomous robots, epigenetic robotics, dynamical behavior,
learning, neurobiological modeling, collective intelligence,
and socially intelligent robots, with the goal of understanding
the cognitive mechanisms used by animals and humans to learn
how to survive in a given environment. Of particular relevance
to this project is the study of learning and intelligence
within a developmental perspective, to model the developmental
sequence of young infants (from birth to a few months old)
and learning and communication via imitation.
UCP ETIS Team: Philippe Gaussier, Pierre
Andry, Matthieu Lagarde, Matthias Quoy, Philippe Laroque,
Laurence Hafemeister.
ALDEBARAN Robotics is a
French SME based in Paris and launched in July 2005. The company
specializes in the development of small-size entertainment
humanoid robots and the related business development and has
already defined kinematic architecture of the robot, and developed
an operational prototype. Design has been protected (protected
model), and patents on the mechanical parts are in process.
Currently Aldebaran is developing Nao, a 57cm-tall humanoid
entertainment robot with various interactive and affective
capabilities. Bruno Maissonier is Aldebaran Robotics founder
and Managing Director.
Aldebaran Team: Bruno Maisonnier, Fabien Bardinet, David
Gouailler, Jean Semere, Jean-Christophe Baillie, Bastien
Parent.
Le
réseau HUMAINE
HUMAINE (Human-Machine Interaction Network on Emotion)
est un réseau d'excellence établi au sein du 6e
Programme cadre européen de recherche, dans la section
des technologies de la société de l'information
IST (Information Society Technologies) Thematic Priority IST-2002-2.3.1.6
Multimodal Interfaces.
Le contrat dédié au réseau (Contrat no. 507422)
a débuté le 1er janvier 2004 pour une durée
de 4 ans. Il associe 33 partenaires dans 14 pays. Le travail est
donc largement entamé. Il a pris de nombreuses directions
et ne peut être résumé ici. On se rendra sur
le site pour apprécier ses développements. La page
Start permet de suivre un fil conducteur http://emotion-research.net/aboutHUMAINE/start-here.
Pour résumer la présentation du programme, nous
indiquerons simplement qu'il a pour ambition de fonder le développement
en Europe de systèmes qui puissent enregistrer, modéliser
ou influencer les états émotionnels chez l'humain.
On parlera de systèmes «orientés-émotions».
On soupçonne que de tels systèmes peuvent avoir
un rôle important dans les futurs interfaces hommes-machines
mais leur potentiel réel est encore trop peu étudié
pour qu'apparaisse clairement la meilleure façon de les
développer.
Ce déficit d'études tient une nouvelle fois à
la dispersion des disciplines qui s'intéressent aux différents
aspects d'une approche nécessairement complexe. Le réseau
HUMAINE vise donc à rapprocher les meilleurs experts des
disciplines concernées. Six thèmes transdisciplinaires
ont été identifiés, dans lesquels des recherches
nouvelles ont été engagées: la théorie
des émotions, les interfaces prenant la forme d'échanges
de signes ou signaux, la structure des interactions à consonance
émotionnelle, l'émotion dans la cognition et l'action,
l'émotion dans la communication et la persuasion, les usages
possibles des systèmes orientés-émotion.
Les équipes en charge de chacun de ces thèmes mettent
en place des groupes de travail et proposent des guides de développement.
Des sessions plénières permettent de faire des états
des lieux transdisciplinaires. Différentes aides au développement,
bases de données, points de réflexion éthiques
et de bonne pratique sont élaborées.
Observation
Il
n'existe pas encore malheureusement de synthèses générales
permettant aux non-spécialistes de se rendre compte des
avancées conceptuelles et pratiques de cet ensemble de
recherches. De même, les conséquences à en
tirer pour la réflexion philosophie et politique intéressant
les relations entre les humains et les robots émotionnels
restent encore de l'appréciation de chacun de ceux qui
se seront donné la peine de naviguer dans les publications.
C'est tout à fait dommage, car face aux chercheurs américains
et japonais qui savent beaucoup mieux communiquer, y compris en
présentant des robots anthropomorphes parfois très
rustiques, la recherche européenne continue à passer
largement inaperçue des décideurs et du grand public.