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Sur
les traces de Steve
Potter, pro-fesseur d'ingénierie biomédicale
au Georgia Institute of Technology d'Atlanta (USA), pionnier des
robots contrôlés par des neurones vivants(1),
l'université de Reading au Royaume-Uni vient d'annoncer la
mise au point d'un robot contrôlé entièrement
par des neurones vivants... de rats.
Notons que même si la presse a abondamment ici fait l'état
d'une première, il faut signaler que Steve Potter avait déjà
bien défriché le travail depuis longtemps avec son
robot baptisé "Hybrot" - hybride de composants
biologiques et robotiques (notre
actualité du 04/01/2003 et du 08/05/2003).
Le
champ d'étude de la connexion de neurones vivant sur des
électrodes a d'ailleurs démarré dès
1972, lorsque des scientifiques ont commencé à "cultiver"
des cellules cardiaques in vitro afin d'en
enregistrer lessignaux électriques. Et c'est dès 1979,
que les scientifiques américains mirent au point la technologie
permettant de stimuler et d'enregistrer les signaux émis
par les neurones cultivés in vitro, conduisant
aujourd'hui à l'électrode multi tableau (multi-electrode
arrays, ou MEA) qui, selon Steve Potter, constitue le sésame
pour une meilleure compréhension de notre cerveau. "Avec
ce genre de dispositif, version très simplifiée de
ce qui se passe dans le cerveau humain», vous pouvez manipuler
les neurones beaucoup plus facilement que vous ne pourriez le faire
sur un animal, en coupant par exemple certaines connexions et voir
les effets induits sur la signalisation générale..."
Mais
revenons à nos moutons (où plutôt à nos
rats) et à l'annonce faite par l'université de Reading,
sous la houlette du professeur Kevin Warwick, le responsable de
l'équipe multidisciplinaire(2)
venant de concevoir le robot "Gordon" (image de droite).
Répétons-le : il s'agit d'un robot possédant
un cerveau mi-biologique, mi-électronique élaboré
à partir de neurones prélevés sur un rat.
A l'aide d'une solution chimique et d'électrodes (MEA de
60 électrodes), les chercheurs ont réussi à
créer des connexions entre ces neurones au départ
désassemblés, aboutissant ainsi à l'équivalent
très simplifié d'un cerveau capable d'apprendre certains
comportements. "Dans les 24 heures, des connexions ont poussé
entre les neurones qui étaient séparés, formant
un réseau comme dans un cerveau normal", explique
Kevin Warwick. "Et en une semaine il s'est produit des impulsions
électriques spontanées et ce qui paraissait être
une activité de cerveau ordinaire".
Le
dispositif
Les
cellules nerveuses, sont placées sur le fond du Multi
Electrode Array (MEA). Elles développent entre elles
des liens les unes avec les autres.
Les électrodes intégrées dans le substrat
permettre l'enregistrement discrets de signaux électriques
produits par les cellules.
Vue au
microscope : les cellules (de forme irrégulière)
se développent sur le tapis d'électrodes (MEA),
créant des connexions entre elles. L'enregistrement
de l'activité électrique est assurée
par les électrodes (grand cercle noir).
Les
cultures de réseaux de neurones vivants sur les MEA
sont nourries
dans un environnement stérile (usage notamment d'antibiotiques),
avant de les replacer dans des anneaux (anneaux blancs sur
la photo) protégeant
les cellules des influences de l'environnement
Ce
"cerveau" produit des impulsions électriques, reliées
au robot par des électrodes, ce qui lui permet de contrôler
son fonctionnement : "Nous lui avons déjà
donné un certain apprentissage par répétition,
puisqu'il reproduit certaines actions", explique le chercheur.
"Plus le cerveau enregistre de stimulations, plus les connexions
entre les neurones se renforcent. Gordon a ainsi appris, par
exemple, à contourner des obstacles, à éviter
un mur.
Selon le savant, 50.000 à 100.000 neurones sont aujourd'hui
en activité dans le cerveau de Gordon. A titre de comparaison,
un rat en possède au plus un million, et un homme environ
100 milliards.
A gauche : le robot constitue le "corps" agissant du réseau
de neurones.
Gordon est équipé de sonars et de capteurs de lumière
jouant le rôle sensoriel d'entrée. En sortie : contrôle
de la vitesse de rotation des roues et de la direction.
A droite: Exemple de signaux électriques détectés
sur une électrode.
Des
applications potentielles ?
En
agissant à l'aide de stimulations électriques et en
utilisant des produits chimiques, l'équipe serait en mesure
de dicter d'autres comportements au robot. Les chercheurs espèrent
qu'au fur et à mesure de la progression de l'apprentissage,
il sera possible d'enregistrer la façon dont les souvenirs
et la mémoire se manifestent dans le cerveau lorsque le robot
revisite un terrain connu. Ainsi, selon Kevin Warwick, en permettant
de suivre les réactions des neurones en activité,
d'étudier le fonctionnement de la mémoire et les moyens
de la contrôler, ce type d'expérience pourrait trouver
des applications dans le domaine des traitements de maladies neurodégénératives,
comme la maladie d'Alzheimer ou de Parkinson.. "Nous voulons
comprendre comment les souvenirs sont archivés dans un cerveau
biologique, par rapport à un cerveau d'ordinateur" (...)
"Nos travaux ont ainsi un rapport avec Alzheimer en ce qui
concerne le stockage de la mémoire et comment on peut le
renforcer, par exemple en augmentant les stimuli électriques",
indique-t-il.
Pour
notre part, notons finalement que la question essentielle est de
savoir si, avec un tel dispositif, on pourra vraiment comprendre
un jour comment fonctionnent les facultés cérébrales
humaines. Gardons à l'esprit que ce système constitue
un modèle bien pauvre. Un couplage mi-biologique, mi-électronique,
n'est pas vraiment du vivant. Encore faudrait-il aussi que le robot
soit doté d'un système endocrinien...
Et quant à utiliser des neurones humains pour Gordon....
serait soulever ici une profonde question éthique.
Notes (1) Cf Steve Potter & al., "The neurally
controlled animat : biological brains acting with Simulated Bodies",
in Autonomous Robots 11: 305-310. http://www.neuro.gatech.edu/groups/potter/papers/AutonRobots.pdf (2) Collaboration entre le département
d'ingénierie des systèmes et le département
de Pharmacie de l'Université de Reading. L'équipe
compte 8 chercheurs : Elio Caccavale, Mark Hammond, Dimitris Xydas,
Julia Downes, Ben Whalley, Victor Becerra, Slawomir Jaroslaw Nasuto,
Kevin Warwick