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16 janvier 2009
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
Processus quantiques interagissant avec des organismes
biologiques
algues vertes
Un
article de Mark Anderson dans la revue en ligne Discover "Is
Quantum Mechanics Controlling Your Thoughts?"du 13/01/2009
apporte de nouvelles perspectives concernant les possibles interactions
du monde quantique avec le monde biologique. Des effets quantiques
pourraient être responsables de la photosynthèse, de
la perception des odeurs voire du fonctionnement de neurones associés
à la conscience.
Nous avons plusieurs fois dans cette revue évoqué
les hypothèses relatives à l'interaction entre des
particules quantiques et des structures biologiques du monde macroscopique,
susceptible de jouer un rôle dans la production d'un certain
nombre de mécanismes encore mal compris, tels la photosynthèse,
les mutations génétiques et, pourquoi pas, le déroulement
des échanges entre neurones participant à l'élaboration
des processus cognitifs au sein du cerveau. Nous avions en particulier
cité les travaux du biologiste britanniques JohnJoe Mac Fadden
qui avait bâti une série d'hypothèses complètes
à cet égard.
Mais
il faut reconnaître que ces hypothèses avaient été
accueillies avec scepticisme. La raison de principe toujours évoquée
en était que les particules quantiques ne peuvent pas conserver
leur état dans un milieu macroscopique constitué de
millions d'atomes et molécules. A plus forte raison est-ce
le cas dans des milieux biologiques humides et chaud. Elles décohèrent
immédiatement, sous l'effet du «bruit thermique».
C'est pour faire face à ces difficultés que les chercheurs
s'efforcent, en vue de construire des ordinateurs quantiques, d'isoler
le plus longtemps possible des « bits quantiques » de
toutes interactions. Mais on sait qu'ils y arrivent à grand
peine et pour un très petit nombre de particules à
la fois.
On
peut supposer cependant que, dans la nature, les interactions entre
particules quantiques et le monde matériel sont bien plus
nombreuses, sinon même la règle. Ce serait grâce
à ces interactions que se serait construit ce monde matériel,
avec ses multiples complexités. Mais encore faut-il le démontrer,
sur quelques exemples indiscutables. C'est précisément
ce que serait en train de faire une équipe des universités
de Californie à Berkeley et de Washington à St Louis,
sous la direction du Pr Graham Fleming (photo). Il s'est attaqué
à la compréhension de la photosynthèse. On
sait que ce processus, ayant évolué au sein des premiers
organismes unicellulaires marins, les algues vertes, leur a permis
d'utiliser l'énergie solaire pour produire des sucres et
rejeter de l'oxygène à partir de l'eau et du CO2
omniprésents aux origines de la vie. Non seulement la photosynthèse
a permis le développement de végétaux marins
et terrestres de grande taille mais, grâce à l'oxygène
rejeté, a favorisé le développement d'animaux
multicellulaires colonisant les milieux terrestres en se nourrissant
de végétaux – avant pour certains d'entre eux
de s'entredévorer. L'espèce la plus représentative
de ces animaux est comme nul ne l'ignore, l'homo sapiens.
La
photosynthèse est aujourd'hui considérée comme
l'un des processus les plus économiques et les plus écologiques
pour produire de l'énergie et des hydrates de carbone. Malheureusement,
les tentatives pour la domestiquer obligent encore à passer
par l'intermédiaire de colonies d'algues ou autres petits
organismes élevés dans des éprouvettes –
en dehors de l'agriculture, évidemment. Le Professeur Graham
Flemming n'en est pas à envisager des usines reproduisant
les mécanismes de la photosynthèse à partir
de l'énergie solaire. Ses recherches se situent bien plus
en amont. Elles visent à comprendre la raison du très
haut rendement énergétique du rayonnement solaire
interagissant avec des protéines biologiques au sein des
organismes photosynthétiques.
Les
bactéries vertes sulfureuses
Pour
cela il conduit des expériences utilisant des bactéries
photosynthétiques sulfureuses marines (green sulfur bacteria,
photo bip.cnrs-mrs.fr). Il envoie des flash laser dans
une boite contenant des protéines de la bactérie et
observe les résultats avec une optique très précise
(au milliardième de mètre).
La
protéine est dotée d'un réseau moléculaire
qui connecte les capteurs solaires extérieurs de la bactérie,
les chlorosomes, avec les organites internes de la cellule produisant
de l'énergie, là où se réalisent des
réactions biochimiques à peu près identifiées
aujourd'hui. Ce ne sont pas ces réactions qui suscitent l'intérêt,
mais le rendement des transferts d'électron. Or, contrairement
à la transmission d'énergie dans les systèmes
physiques, où le rendement est inférieur à
20%, l'opération s'accomplit dans l'organisme photosynthétique
avec des rendements supérieurs à 95%. Le secret de
l'opération résiderait dans la physique quantique.
Dans
un système macroscopique classique, l'électron se
déplace au hasard des canaux de connexion, en les explorant
l'un après l'autre. Dans un système quantique, il
explore simultanément les différents canaux disponibles
jusqu'à trouver le plus efficace. Ceci fait, sa fonction
d'onde s'effondre, ce qui permet quasi instantanément l'établissement
d'une liaison physique classique, qui par définition se révèle
rétroactivement la voie plus efficace. Un processus analogue
à celui se produisant dans un calculateur quantique permet
ainsi à l'organisme photosynthétique, que ce soit
une bactérie ou une feuille, de trouver à partir d'une
recherche instantanée au hasard, le meilleur chemin possible
pour assurer au sein du milieu interne la transmission de l'énergie
solaire.
D'ores
et déjà, d'autres chercheurs cherchent à reproduire
ce dispositif quantique dans des cellules solaires photovoltaïques
organiques. Rappelons également à titre de curiosité
biologique qu'une limace de mer, l'Elysia, ne les a pas attendus
(photo). Elle a réussi à incorporer des mécanismes
photosynthétiques dans des excroissances vertes qui lui donnent
l'allure d'une algue – ce qu'elle n'est évidemment
pas. On retrouve là à petite échelle le vieux
mythe de l'homme-arbre, vivant grâce à des feuilles
biologiques s'étant développées sur son corps.
Nous
n'examinerons pas dans le cadre de cet article les extrapolations
de ces recherches, appliquées à d'autres mécanismes
biologiques, génétiques, sensoriels ou cognitifs.
Pour
en savoir plus Article
de Discover : http://discovermagazine.com/2009/feb/13-is-quantum-
mechanics-controlling-your-thoughts Voir
notre entretien avec JohnJoe
Mac Fadden : Article
paru dans Nature : http://www.nature.com/nature/journal/v446/n7137/abs/nature05678.html Nature 446(7137): 782-6. Engel, G. S.; Calhoun, T. R.; Read,
E. L.; Ahn, T. K.; Mancal, T.; Cheng, Y. C.; Blankenship, R. E.;
Fleming, G. R. 2007. Evidence for wavelike energy transfer through
quantum coherence in photosynthetic systems.
The photosynthetic complexes of green sulphur bacteria maximize
efficient energy transfer by creating coherent quantum waves.
"Photosynthetic complexes are exquisitely tuned to capture
solar light efficiently, and then transmit the excitation energy
to reaction centres, where long term energy storage is initiated.
The energy transfer mechanism is often described by semiclassical
models that invoke 'hopping' of excited-state populations along
discrete energy levels. Two-dimensional Fourier transform electronic
spectroscopy has mapped these energy levels and their coupling in
the Fenna–Matthews–Olson (FMO) bacteriochlorophyll complex,
which is found in green sulphur bacteria and acts as an energy 'wire'
connecting a large peripheral light-harvesting antenna, the chlorosome,
to the reaction centre." (Engel et al. 2007:782) Sur
la limace de mer photovoltaïque Elysia, voir http://bacterioblog.over-blog.com/article-3671077-6.html