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27 septembre 2011
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
Les avatars de l'espace-temps dans la physique contemporaine
Quelques aperçus d'actualité
Dans
un article précédent ("A
propos de l'expérience OPERA"), nous avons
noté le grand nombre de réactions ayant suivi la publication
d'un article assez ésotérique par lequel des chercheurs
européens annonçaient (sous couvert de confirmation),
une légère différence entre la vitesse de déplacement
de particules nommées neutrinos, telle qu'elle aurait été
observée par eux lors d'une expérience récente,
et celle qu'elle aurait du être dans le cadre des équations
de la relativité restreinte. La nouvelle serait en effet
d'importance, en termes de physique fondamentale, puisqu'elle pourrait
conduire à reformuler ce que de multiples expériences
paraissaient avoir confirmé, une structure de l'espace temps
interdisant la possibilité de vitesses supérieure
à celle de la lumière, c'est-à-dire la vitesse
de photons dans le vide.
De
plus, dans le grand public, cette annonce a poussé certaines
personnes à remettre en cause ce qui était devenu
un véritable dogme associé aux travaux ayant rendu
Albert Einstein célèbre. Les iconoclastes, ceux pour
qui rien n'est plus urgent que renverser les idoles, se sont précipités
sur l'occasion, sans chercher à comprendre le fond du problème.
Plus généralement, beaucoup ont vu là une opportunité
pour relancer des rêves jusque là réservés
à la science fiction, c'est-à-dire la possibilité
pour des humains ou des machines conçues par eux de voyager
dans le temps ou dans un lointain espace.
Ceux
qui s'intéressent un peu plus en profondeur à l'évolution
des théories scientifiques relatives au temps et à
l'espace savent pourtant que, dès la publication des hypothèses
d'Einstein, des théories alternatives avaient été
proposées. Il en est toujours de même aujourd'hui.
Peut-être auraient-elles pu être vérifiées
par des expériences appropriées si de telles expériences
avaient été tentées. Mais, comme le savent
les philosophes des sciences, un paradigme scientifique devenu dominant,
tel que celui de l'espace-temps einsteinien (nous simplifions les
formulations pour rester simple) possède dans les esprits
la capacité darwinienne d'éliminer spontanément
les contradictions et même les nuances. Plus personne, hors
des chercheurs affrontant le risque de se mettre en dehors de la
communauté scientifique dominante, ne se hasarde à
le remettre à l'épreuve. Aujourd'hui, c'est seulement
dans sa confrontation avec un autre paradigme, celui qui fonde la
mécanique quantique, que le paradigme relativiste est soumis
à critique. Comme l'on sait, l'un et l'autre s'appuient sur
des expériences présentées comme incontestables,
si bien qu'aucune théorie globale, dite de la gravitation
quantique et faisant une synthèse entre les deux, n'a pu
encore être établie - surtout si, comme il parait logique,
il ne s'agit pas de théories purement mathématiques
mais de propositions susceptibles de vérifications expérimentales.
Cependant,
soit dans le cadre d'un rapprochement avec la mécanique quantique,
où la variable temps n'apparaît pas en tant que telle,
soit plus généralement en vue d'une meilleure formulation
de l'espace-temps einsteinien, de nombreuses recherches ou réflexions
se développent actuellement. Pour les chercheurs qui s'y
impliquent, le buzz fait autour de l'expérience OPERA, quel
que soit le résultat des vérifications actuellement
en cours, devrait pensons-nous être une excellente occasion
de faire connaître l'état de leurs travaux, et proposer
de nouvelles expériences permettant de valider leurs hypothèses.
Nous n'avons pas ici qualité pour nous substituer à
eux. Pourtant il nous paraît indispensable de faire un rapide
résumé des perspectives aujourd'hui ouvertes.
Pour
simplifier, nous distinguerons les théories proposant un
abandon de l'espace-temps einsteinien au profit d'un espace plus
général, incluant un espace dit des moments, et celles
qui proposent des lectures de la relativité restreinte différentes
de celles communément admises aujourd'hui, plus proches semble-t-il
des conceptions originales d'Einstein. Il est remarquable que certaines
de ces dernières théories proposent de rétablir
la prise en compte d'un référentiel privilégié,
généralement désigné par le terme d'éther.
Dans
ces divers cas, rappelons-le, il s'agit d'interprétations
d'un ensemble d'expériences de moins en moins empiriques,
faisant appel à des instruments de plus en plus complexes,
aux résultats de plus en plus largement discutés,
autrement dit de plus en plus scientifiques, conduites depuis plusieurs
siècles par la physique.
On
peut toujours critiquer les conditions dans lesquelles sont menées
les expériences, mais il ne serait pas scientifique de proposer
des théories allant directement à l'encontre d'une
expérience reconnue comme recevable par la communauté
scientifique du moment. Par contre, il n'est pas interdit d'utiliser
ces expériences pour construire des modèles généraux
du monde éventuellement différents les uns des autres,
ou pour diversifier les interprétations que l'on en donne.
Le
processus de l'interprétation est très utilisé
en physique quantique, mais il l'est aussi dans le domaine de la
relativité, c'est-à-dire en cosmologie. Rappelons
par ailleurs que le terme de théorie ne désigne pas
une formulation rendue indiscutable par des expériences elles-mêmes
indiscutables. Pour élaborer une théorie, on part
d'un postulat ou principe non démontrable autour duquel on
construit un cadre théorique permettant d'en rendre compte.
On propose ensuite des expériences permettant de démontrer
la théorie. Si l'expérience est invalidée ce
n'est pas forcément le postulat qui est faux, ni même
la théorie dans son ensemble, mais certaines de ses formulations
ou interprétations. Il est prudent cependant en ce cas de
remettre en question la théorie voire dans certains cas le
postulat lui-même.
Un
espace à 8 dimensions élargissant l'espace-temps einsteinien
La
plus récente des critiques faites à l'espace-temps
einstenien est due à un trio de physiciens déjà
connus par leurs prises de positions radicales en matière
de paradigmes cosmologiques. Il s'agit de Lee Smolin, Joäo
Magueijo et Giovanni Amelino-Camelia. Nous avons précédemment
analysé ici deux ouvrages importants des deux premiers, "The
trouble with physics" et "Faster
than the speed of light" : nous renvoyons le
lecteur à ces articles. On y verra que les auteurs étudiaient
depuis déjà plusieurs années divers cas où
la géométrie de l'espace ne peut plus être considérée
comme le résultat de lois fondamentales de la nature. Elle
évolue en fonction de lois plus profondes. Il en est ainsi
du temps et par conséquent de la vitesse.
Aujourd'hui,
(voir l'article d'Amanda Gefter "Beyond
space time : Welcome to phase space" dans la
revue NewScientist) ces chercheurs proposent de remplacer
le concept d'espace-temps (space time) par celui de "phase
space"(espace des phases, espace dans lequel tous les états
possibles d'un système sont représentés, chaque
état possible correspondant à un point unique dans
cet espace (voir http://en.wikipedia.org/wiki/Phase_space).
Dans
leur esprit l'espace où nous évoluons serait un monde
à 8 dimensions associant les 4 dimensions de notre espace-temps
et les 4 dimensions d'un autre espace, qu'ils ont baptisé
espace des moments (momentum space), le moment étant
le produit de la masse et de la vitesse d'un objet. L'espace à
8 dimensions comprendrait toutes les valeurs possibles de position,
de temps, d'énergie et de moment.
Dans
l'espace des moments, le seul que nous percevions immédiatement
par nos sens, nous observons seulement des niveaux d'énergie
et des moments, généralement concrétisés
par des photons dont l'énergie et le moment sont différents,
en fonction de leurs sources et des corps qui les ré-emettent
en direction de nos sens. A partir de là, nos cerveaux reconstruisent
l'espace-temps familier. Nous vivrions ainsi dans un espace défini
par l'énergie pour une dimension et les 3 dimensions de moment
pour l'autre. Le temps cesserait d'intervenir en tant que dimension
propre.
Des
transformations mathématiques simples permettraient de convertir
les mesures faites dans l'espace des moments en mesures dans notre
espace-temps familier. Le physicien Max Born avait remarqué
dès 1938 que plusieurs des équations de la mécanique
quantique demeurent les mêmes, qu'elles soient exprimées
en coordonnées de l'espace-temps ou en coordonnées
de l'espace des moments. On a nommé ce phénomène
"réciprocité de Born". En conséquence
de celle-ci, si l'espace temps peut être courbé par
l'influence de la masse des astres, comme Einstein l'avait montré,
l'espace des moments pourrait l'être aussi.
Lee
Smolin et ses collègues se sont attachés à
donner des exemples de tels effets de courbure, dues à l'influence
des moments, c'est-à-dire, rappelons-le, le produit de la masse
des corps et de leurs mouvements. Ils ont utilisé les règles
standard pour convertir les mesures dans l'espace des moments en
mesures dans l'espace temps. Ils montrent que des observateurs vivant
dans un espace des moments courbé ne pourront plus s'accorder
avec des mesures faites dans l'espace-temps. Pour eux, même
ce dernier devient relatif. Ils nomment cela "localité
relative" ("elative locality"). On devait
pouvoir en déduire que le concept de vitesse limite dans
l'espace-temps einstenien ne devrait plus être utilisable.
On
s'interrogera sur l'intérêt de telles hypothèses
ainsi que sur la possibilité de tester expérimentalement
leur validité. En dehors de considérations relatives
au comportement de la matière dans les trous noirs, sujet
trop exotique que nous n'évoquerons pas ici, les hypothèses
relatives à la courbure de l'espace des moments pourrait
expliquer une observation relative aux différences de vitesse
entre les photons des rayons cosmiques tels qu'ils nous parviennent
à la suite d'explosions de rayons gammas. Le télescope
Fermi de la Nasa a montré que les photons de hautes énergies
nous parviennent plus tard que les photons de basse énergie
provenant du même événement. Bien que ces observations
soient encore en discussion, Smolin en a tiré un article
malheureusement réservé au seuls spécialistes,
justifiant ses hypothèses (Voir Freidel et Smolin, 29 mai
2011, "Gamma
ray burst delay times probe the geometry of momentum space").
Le
concept d'espace des phases à 8 dimensions dans lequel nous
vivrions fournirait pour Smolin le pont nécessaire entre
la relativité et la mécanique quantique, c'est-à-dire
la théorie de la gravitation quantique qu'il recherche. En
relativité, ce qu'un observateur mesure en termes d'espace,
un autre le mesure en termes de temps et réciproquement.
Dans la gravitation quantique de Smolin, ce qu'un observateur mesure
en termes d'espace-temps, un autre le mesure en termes d'espace
des moments. Seul l'espace des phases est absolu et constant pour
tous les observateurs. Il pourrait donc s'agir là du tissu
de la réalité ultime.
Il
sera intéressant dans les prochaines semaines d'étudier
la façon dont dans ce cadre conceptuel Smolin et ses collègues
analyseront l'expérience OPERA. Les neutrinos et leur vitesse,
qui font l'objet des observations relatées au Cern, appartiennent
peut-on penser à l'espace des moments et donc à l'espace
des phases global qu'ils étudient.
Des
interprétations originales de la relativité einstenienne
Avant
d'abandonner plus ou moins complètement l'espace-temps einstenien,
il serait utile d'étudier comment, dans le passé et
aujourd'hui encore, la pensée d'Einstein pourrait être
interprétée pour nuancer la vision rigide que beaucoup
de scientifique et en tous cas le grand public en ont aujourd'hui.
Dans cette démarche toute en nuances, nous faisons appel
ici à un manuscrit non encore publié communiqué
par un correspondant de notre revue Automates Intelligents, le mathématicien
et physicien Michel Gondran que nous remercions de sa confiance.
On comprend que dans ces conditions, nous nous limitions à
quelques aperçus de son travail, susceptibles d'intéresser
plus particulièrement le thème abordé dans
cet article.
Michel
Gondran s'est attaché à étudier en détail,
à partir de courriers peu connus, les échanges ayant
eu lieu dès le début du XXe siècle entre Einstein
et des scientifiques contemporains. Dans le chapitre 10 de son manuscrit
il fait ainsi l'historique de la relativité afin de préciser
les postulats sur lesquelles elle est basée, en particulier
le postulat de l'invariance de la vitesse de la lumière et
l'hypothèse de la non existence d'un référentiel
privilégié. Il rappelle en particulier que le postulat
de l'invariance de la vitesse de la lumière n'est pas nécessaire
pour obtenir les équations de la relativité restreinte.
L'auteur
fournit des éléments d'information d'un grand intérêt
aujourd'hui, lorsque l'on cherche à interpréter les
résultats de l'expérience OPERA en affirmant qu'ils
mettent peut-être en défaut la relativité d'Einstein.
Il montre qu'il existe en fait deux théories de la relativité
restreinte, élaborées de manière presque simultanée,
quoique indépendantes et différentes l'une de l'autre:
la relativité restreinte de Lorentz-Poincaré et la
relativité restreinte d'Einstein. Les deux théories
vérifient les mêmes équations, mais elles se
contredisent dans leur interprétation, tout en ayant chacune
sa propre cohérence. Les équations de Lorentz, qui
en forment l'ossature, sont devinées par Lorentz et Poincaré
pour vérifier l'invariance des équations de Maxwell;
elles sont déduites des postulats de relativité et
de l'invariance de la vitesse de la lumière par Einstein.
La relativité de Lorentz-Poincaré suppose lexistence
dun référentiel privilégié (éther)
où a lieu la contraction de Lorentz, référentiel
qui est inutile dans la relativité restreinte dEinstein.
Le
chapitre 10 du manuscrit qui détaille ces questions comporte
9 paragraphes, ayant tous leur importance dans l'examen du thème
qui nous occupe ici. Au premier paragraphe l'auteur présente
un bref historique de la relativité avant Einstein: relativité
de Galilée et Newton et début de la relativité
restreinte de Lorentz et Poincaré. Il y rappelle en particulier
les postulats de Poincaré et comment celui-ci montre que
la transformée de Lorentz permet d'expliquer l'invariance
des équations de Maxwell, du lagrangien électromagnétique
et de l'action d'une particule libre relativiste.
Le
paragraphe 2 expose comment Einstein, en ajoutant aux postulats
de Poincaré le postulat de l'invariance de la vitesse de
la lumière, en déduit la transformée de Lorentz.
L'auteur explicite ensuite les deux postulats implicites qui sont
à la base de l'interprétation einsteinienne de
la relativité restreinte : le postulat de lidentité
physique des unités de mesure et le critère de la
synchronisation dhorloges relativement immobiles. Il s'agit
on le sait d'un des points clefs de l'expérience OPERA: synchroniser
grâce au GPS les horloges utilisées pour mesurer le
temps de départ et d'arrivé des flux de neutrinos.
Suit
au paragraphe 3 le rappel que les postulats de Poincaré sont
suffisants pour démontrer l'existence d'une vitesse limite
et obtenir la transformée de Lorentz. Mais le plus important
à notre avis est le paragraphe 4. Michel Gondran y rappelle
que la négation de l'existence d'un éther sans propriétés
mécaniques n'a jamais été vérifiée
expérimentalement et que, contrairement à la croyance
générale, Einstein a soutenu à partir de 1916
et jusquà sa mort l'existence d'un tel éther.
Le livre reproduit une grande partie de l'article d'Einstein de
1920 "L'éther et la théorie de la relativité"où
celui-ci présente un historique de la notion d'éther.
Dans cet article peu connu, Einstein explique pourquoi la relativité
générale oblige à postuler l'existence d'un
éther (« Selon la théorie de la relativité
générale un espace sans éther est inconcevable »),
mais un éther sans propriétés mécaniques
("la notion de mouvement ne doit pas lui être appliquée").
Il
ne s'agit pas là de considérations n'intéressant
que l'histoire de la physique. La question de l'existence d'un référentiel
invariant ou privilégié reste posée, non seulement
en physique cosmologique mais en physique quantique. Dans le paragraphe
5 sont donc discutées les quatre interprétations possibles
de la relativité restreinte liées à l'introduction
ou non de cet éther d'un type nouveau et à l
invariance ou non de la vitesse de la lumière. Les résultats
des expériences sur l'intrication EPR-B (Aspect 1982), étudiés
en détail dans le chapitre 9 du livre, sont selon Michel
Gondran un argument fort en faveur de l'existence dun tel
éther lié à un référentiel privilégié.
Bien plus, comme le montre l'auteur dans le paragraphe 6 de ce 10e
chapitre du livre, l'interprétation de la relativité
restreinte avec un référentiel privilégié
peut être généralisée à la relativité
générale dans une théorie de la gravité
quantique.
Concernant
le point qui nous intéresse plus particulièrement
ici, la question de la vitesse de la lumière présentée
comme une vitesse limite, Michel Gondran cite un théorème
et des propos du physicien Jean-Marc Levy-Leblond : "Il
n'y a plus de raison théorique de faire l'hypothèse
que la vitesse limite, appelée constante de structure de
l'espace-temps, soit celle de la lumière".
On peut seulement supposer, ajoute Michel Gondran, que la vitesse
de la lumière est très proche de la vitesse limite.
Le choix de l'égalité est un choix arbitraire que
l'on peut faire, mais que l'on peut aussi récuser. Il est
équivalent au choix arbitraire de prendre la masse du photon
nulle. L'expérience a déjà montré par
exemple que la masse du neutrino, qui a été considérée
comme nulle pendant des dizaines dannées, ne l'est
finalement pas. Si on suppose que la vitesse de la lumière
n'est pas la vitesse limite, comme l'a toujours pensé de
Broglie, alors la fonction d'onde du photon n'est pas donnée
par les équations de Maxwell, mais par les équations
de Proca avec une masse m très petite. C'est le point de
vue de Levy-Leblond qui ajoute que c'est un choix peu satisfaisant
sur le plan épistémologique :
"Pourtant
la démarche heuristique d'Einstein, toute couronnée
de succès et justifiée historiquement qu'elle ait
pu l'être, n'est guère satisfaisante sur le plan épistémologique.
La principale critique que l'on peut lui adresser est d'établir
ce que nous avons appelé une "super loi", appelée
à régir tous les phénomènes physiques,
en définissant leur cadre spatio-temporel commun à
partir des propriétés d'un agent physique particulier:
comment comprendre, dans une telle perspective, que la relativité
einsteinienne, fondée sur l'analyse de la seule propagation
de la lumière, ait vocation à s'appliquer aux interactions
nucléaires, de nature pourtant essentiellement différente
- et y soit effectivement valide? "(Levy-Leblond
1996)
En
conclusion, à la lecture du manuscrit de Michel Gondran,
que nous ne commenterons pas davantage ici, il nous semble que deux
interprétations de la relativité restreinte mériteraient
aujourd'hui d'être explorées à nouveau, notamment
au regard des résultats de l'expérience OPERA, si
ceux-ci sont confirmés. La première est une interprétation
que l'auteur appelle la relativité de de Broglie. C'est une
théorie sans éther et où la vitesse de la lumière
n'est pas la vitesse limite. La seconde est une interprétation
qu'il nomme la relativité de Newton-Lorentz-Poincaré-de
Broglie: C'est une théorie avec éther et où
la vitesse de la lumière n'est pas la vitesse limite.
Rappelons
une nouvelle fois que de telles explorations n'auront pas seulement
un intérêt en termes d'histoire de la pensée
en physique. Si elles suggèrent que des entités ou
des phénomènes (par exemple des "particules"
dotées de vitesses supralumineuses) ne sont pas "interdites"
par la théorie, elles inciteront des physiciens à
monter des dispositifs expérimentaux permettant de discuter
leur pertinence au regard du progrès enregistré dans
le même temps par les instruments et les esprits. C'est ce
que, en des termes différents, défendent les promoteurs
de la méthode MCR, dont nous avons discuté par ailleurs.
Post-sciptum
au 29/09/201
Il
est évident que les retombées théoriques de
l'expérience OPERA, si les observations sont confirmées,
pourraient être considérables. Nous nous efforcerons
de vous les résumer du mieux possible. Non seulement la "nature"
du neutrino sera précisée, mais son existence et surtout
sa vitesse de déplacement commencent à être
utilisées par des promoteurs de la théorie des cordes
à titre de démonstration de certaines de leurs hypothèses.
Ce sera un point important car jusqu'à présent cette
théorie souffrait du manque d'expérimentation. On
lira sur ce point un
article (sur abonnement) de notre correspondante Lisa
Grossman dans la revue britannique NewScientist.
Sous
l'angle de la mécanique quantique, se posera aussi sans doute
la question de savoir s'il sera possible de manipuler des neutrinos
convenablement protegés des interactions, comme on le fait
des photons, par exemple dans des expériences d'intrication.