Le groupement de recherche "Prothèses auditives
: fonctions psychobiologiques et psychosociologiques"
L'ADIT
Le groupement de recherche "Prothèses auditives : fonctions
psychobiologiques et psychosociologiques"
Source CNRS
http://www.cnrs.fr/cw/fr/pres/compress/prothese/presentGDR.htm
Le CNRS a annoncé, par une conférence
de presse du 26 janvier 2000, la création du Groupement De
Recherche (GDR) "Prothèses auditives : fonctions psychobiologiques
et psychosociologiques". Mise en place sur une durée de quatre
ans, il a pour objectif d'étudier les conséquences
chez les malentendants de la mise en place d'un appareillage auditif.
Il associe les compétences de cinq équipes de recherche
du CNRS et d'industriels et professionnels de la prothèse
auditive (Siemens, Oticon, Phonak, CCA Groupe, Entendre).
Il est évident que les progrès qui pourront
être faits dans ce domaine seront réutilisables dans
de nombreuses applications supposant des interfaces directs homme-machine.
Dans l'immédiat la
création de ce GDR revêt un triple intérêt
:
-
Médical : En France,
environ 5 millions de personnes souffrent de surdité.
La réhabilitation par prothèse auditive constitue
l'un des traitements les plus adaptés de la perte auditive
non curable chirurgicalement ou médicalement, en raison
notamment du vieillissement de la population et par conséquent
de l'augmentation quantitative du nombre de cas de presbyacousie
(affaiblissement de la sensibilité auditive due à
l'âge) pouvant bénéficier d'une audioprothèse.
-
Economique : Les Français
bénéficient cependant peu des prothèses
auditives : le taux d'appareillage en France est de l'appareil
pour 319 personnes contre 1 appareil pour 120 en moyenne en
Europe. Parmi les explications proposées pour expliquer
ce retard, il apparaît que la prothèse est perçue
comme synonyme de vieillissement mais aussi qu'elle est coûteuse,
insuffisamment prise en charge par la Sécurité
sociale et qu'elle paraît peu efficace en raison d'une
image passéiste. Or, les prothèses disponibles
actuellement relèvent d'une technologie sophistiquée
dotée d'outils numériques.
-
Scientifique : L'existence
de performances perceptives, cognitives et sociales modifiées
après la mise en place d'un appareillage auditif est
signalée par les professionnels et les cliniciens. Le
patient appareillé constitue un modèle de plasticité
cérébrale fonctionnelle (réorganisations
fonctionnelles du cerveau, d'une part après une perte
auditive, d'autre part après réhabilitation auditive
par une prothèse), mais la littérature scientifique
reste pauvre dans ce domaine.
Le GDR "Prothèses auditives"
a pour but d'étudier, chez les malentendants appareillés,
l'évolution des performances auditives, de la compréhension,
de la mémoire, de l'attention, ainsi que des modifications
psychosociales et psychopathologiques. Les outils utilisés
seront ceux de la psychologie cognitive, de la psychoacoustique
et de l'imagerie cérébrale fonctionnelle.
Ce projet scientifique implique
une collaboration étroite entre les équipes de recherche
et les industriels. Il est créé pour une durée
de quatre ans. Son budget est de 15400 kF HT dont 11400 kF HT sont
pris en charge par le CNRS et les Universités et 4000 kF
HT par les industriels et les professionnels de la prothèse
auditive.
Le GDR "Prothèses auditives" est dirigé
par Lionel Collet, directeur du laboratoire Neurosciences et systèmes
sensoriels (CNRS/Université de Lyon1) http://olfac.univ-lyon1.fr/
La mission de ce laboratoire est détudier
les aspects moléculaires, cellulaires et intégrés
des processus sensoriels et plus particulièrement laudition
et lolfaction. Le laboratoire est structuré en quatre
équipes de recherche et une équipe logistique: Perception
et mécanismes auditifs. Mécanismes physiologiques
et cognitifs de la perception olfactive. Réseaux neuronaux
de l'olfaction. Neurobiologie du système olfactif.
Le GDR comportera 5 équipes de recherche:
Equipe n° 1 : Audition et prothèse auditive,
Laboratoire Neurosciences et systèmes sensoriels (CNRS/Université
de Lyon 1- Lyon)
Le système auditif comme les autres systèmes sensoriels,
est organisé de manière "topique". Concrètement,
le codage des fréquences auditives au niveau de l'appareil
sensoriel (organe de Corti) n'est pas distribué au hasard
mais dans un ordre déterminé (tonotopie) qui sera
ensuite retrouvé depuis l'organe de Corti (cochlée)
jusqu'au cortex auditif. Le malentendant presbyacousique (la presbyacousie
est la perte auditive liée au vieillissement) présente
essentiellement une perte sur les fréquences élevées
(supérieures à 2000 Hz). Il a été établi
chez l'animal que les zones corticales codant les fréquences
élevées après une perte auditive périphérique
sur ces fréquences peuvent encore répondre à
des stimulations auditives mais à la dernière fréquence
non atteinte. En d'autres termes, la surdité étant
partielle ne couvre pas toutes les fréquences et les neurones
initialement "spécialisés" dans une certaine fréquence,
qui n'est plus sollicitée en raison de la perte auditive,
sont capables de répondre à d'autres fréquences
audibles. En l'occurrence, ils répondent à la plus
haute fréquence perçue inférieure à
la première fréquence de perte auditive. Il existe
donc une réorganisation cérébrale fonctionnelle
de la carte des fréquences au niveau du cortex qui est bien
établie chez l'animal. L'objectif de notre étude sera
d'examiner si une telle réorganisation existe chez l'humain
malentendant et surtout, quelle sera l'influence de l'appareillage
auditif et donc du retour du patient dans un environnement sonore,
sur cette réorganisation. L'originalité de la démarche
consistera à associer les deux types de méthodologie
d'analyse(perceptive et objective), en utilisant notamment la technique
de la magnéto-encéphalographie.
Equipe n° 2 : Compréhension et prothèse
auditive, Laboratoire Systèmes biomécaniques et cognitifs
(CNRS/Université de Strasbourg 1- Strasbourg)
L'objectif principal du projet de l'équipe n° 2 est
de fournir une base évaluative aux déficits de compréhension
du langage. La procédure expérimentale fera appel
à une tâche de décision lexicale avec présentation
auditive des items. Son principe est de présenter une série
de mots et de non-mots (quasi-mots prononçables). Après
chaque présentation, le sujet doit décider le plus
rapidement possible (mesure du temps de réaction) si l'item
présenté était un mot de sa langue ou un non-mot.
Le matériel sera à constituer en fabriquant des listes
de mots présentant ou non des difficultés phonétiques
et des non-mots appariables phonétiquement... Les expériences
seront faites dans de nombreuses conditions différentes.
Equipe n° 3 : Processus cognitifs et prothèse
auditive, Laboratoire d'étude des mécanismes cognitifs
(Université de Lyon 2 - Lyon)
On assiste (avec le vieillissement de la population) à un
déplacement de l'intérêt des problèmes
directement liés à la dégradation physiologique
vers les aspects psychologiques, voire cognitifs, du vieillissement.
Les opérations de recherche auront comme objectif de concilier
et d'articuler ces deux aspects centraux, le point commun des travaux
proposés étant de porter sur les liens entre les déficits
perceptifs liés au vieillissement et les caractéristiques
des processus cognitifs de plus haut niveau chez les personnes âgées.
Les travaux se centreront principalement sur les problèmes
de mémoire. On se situera dans une perspective théorique
de sous-systèmes de mémoire multiples, dans laquelle
il est admis que certains sous-systèmes mnésiques
(par exemple, la mémoire explicite (1), sont plus sensibles
aux effets de l'âge que d'autres sous-systèmes (par
exemple, la mémoire implicite (2). On observera si l'effet
délétère du vieillissement (sur les performance
de mémoire explicite, par exemple) se manifeste de façon
différenciée chez les patients appareillés
et chez ceux qui ne l'ont pas été. L'hypothèse
est faite qu'une réduction de la qualité de la perception
auditive se traduira par une aggravation des effets de l'âge
sur les performances de mémoire explicite. Une batterie de
tâches originales et informatisées sera élaborée.
1) La mémoire explicite concerne un ensemble d'éléments
que l'on peut interroger directement (ce que l'on a mangé
hier ou vu à la télévision aujourd'hui, par
exemple) et qui sont placés dans un contexte spatio-temporel
d'apprentissage bien défini. Ces éléments peuvent
s'exprimer par le langage.
2) La mémoire implicite concerne un ensemble de compétences
qui ne peuvent pas être interrogées directement mais
qui peuvent l'être de façon indirecte à travers
la performance des sujets. Ce sont : les procédures (faire
du vélo, tricoter
) et l'amorçage. Ce dernier
exprime la facilitation du traitement (p. ex., reconnaissance, dénomination)
d'un stimulus (objet ou autre
) suite à la présentation
de ce même stimulus dans une phase antérieure de l'expérience.
Les mécanismes implicites sont généralement
peu affectés par le vieillissement, au contraire des mécanismes
explicites qui s'altèrent.
Equipe n° 4 : Attention et prothèse
auditive, Laboratoire Neuropsychologie des processus d'adaptation
(UFR de Psychologie - Université Paris 8 - Saint Denis) et
Laboratoire neurosciences cognitives et imagerie cérébrale
(CNRS - Paris)
Parmi les modalités sensorielles, l'audition et la vision
jouent un rôle de premier plan dans l'interaction de l'individu
avec l'environnement et dans son adaptation à cet environnement.
L'un des processus fondamentaux de cette adaptation est la capacité
attentionnelle du sujet qui garantit sa survie et assure son intégration
dans son environnement physique et humain. On ne peut aborder aujourd'hui
l'étude de l'attention sans tenir compte de son caractère
multidimensionnel et de sa fonction de contrôle dans le traitement
de l'information. Dans ce projet, les chercheurs s'intéresseront
à deux dimensions : la sélectivité et le maintien
de l'attention en raison de leur rôle majeur dans la perception
et dans l'audition en particulier.
La sélectivité de l'attention (ou attention sélective)
permet de traiter une information ou un groupe d'informations parmi
le flot continu sollicitant le système perceptif. Guidée
par la pertinence de l'information à privilégier,
cette opération assure la réalisation de l'objectif
fixé et évite la surcharge du système. La réussite
de la sélectivité est basée sur la mise en
uvre d'autres opérations mentales tels que les mécanismes
d'inhibition.
Le maintien de l'attention (ou attention soutenue) est une fonction
importante qui assure la pérennité des performances
lorsque la tâche nécessite un temps de résolution
long. Dans ce cas, la réussite est basée sur le maintien
de l'intérêt et de l'attrait du but à atteindre.
Cet attrait peut être mesuré à la dimension
de la valeur vitale ou ludique de l'objectif à réaliser.
Les obstacles à franchir ici sont la durée de la tâche
et l'interférence potentielle (exogène comme endogène)
à laquelle il faut opposer une résistance.
Les recherches s'attacheront à déterminer le comportement
auditif. La performance des sujets sera évaluée au
moyen de la vitesse et de l'exactitude des réponses produites.
L'exploration par l'imagerie du comportement auditif sera réalisée
selon la pertinence des attentes : au moyen de techniques telles
que l'Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle
(IRMf) ou la Tomographie par Emission de Positon (TEP)) pour explorer
les structures impliquées dans ce comportement, au moyen
d'imagerie dynamique (potentiels évoqués tardifs (PE
ou ERP), MagnétoEncéphaloGraphie (MEG)) pour explorer
la temporalité des opérations perceptivo-motrices
qui sous-tendent le comportement auditif.
Sur le plan comportemental, on étudiera la pertinence et
la saillance d'une ou plusieurs informations cibles parmi des informations
non cibles... Les travaux seront menés selon deux approches
: synchronique et diachronique. L'approche synchronique permet de
faire le point sur un aspect précis d'un comportement donné,
dans sa forme normale ou pathologique. L'approche diachronique,
en revanche, tient compte de la dynamique du phénomène
étudié et de son évolution sous diverses influences...
Equipe n° 5 : Psychologie, psychopathologie et prothèse
auditive Laboratoire Personnalité et conduites adaptatives
(CNRS/Universités de Paris 6 et 7 - Paris)
Le projet s'inscrit dans une perspective générale
d'étude des effets psychologiques de la mise en place d'une
prothèse auditive chez le sujet malentendant. L'objectif
est double : Etudier les effets de la prothèse auditive sur
l'humeur dépressive, l'insertion sociale et la qualité
de vie - Décrire la séquence des changements
comportementaux et émotionnels au cours et au décours
de l'installation de la prothèse ; il s'agit en particulier
de rechercher une phase d'anxiété et d'irritabilité
dans les premières semaines qui suivent l'appareillage.
Industriels impliqués :
CCA Groupe
ENTENDRE www.groupe-entendre.com
OTICON www.Oticon.com
PHONAK www.phonak.fr
SIEMENS Audiologie http://siemens-audiologie.eskatoo.de/
Contact presse :
Martine Hasler Tél : 01 44 96 46 35 Mél : martine.hasler@cnrs-dir.fr
Contact département Sciences de la vie : Thierry Pilorge
Tél : 01 44 96 40 26 Mél : thierry.pilorge@cnrs-dir.fr
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