http://www.edge.org
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"Pour
atteindre aux frontières des connaissances relatives
à l'univers, rechercher les esprits les plus complexes
et les plus évolués, réunissez- les dans
une même pièce et demander à chacun de poser
aux autres les questions qu'il se pose à lui-même."
Voici la devise de Edge, affichée avec son logo.
Nous sommes ici dans une structure sociale très anglo-saxonne,
inspirée des clubs intellectuels et savants de l'Angleterre
du 19e siècle. Sur la base d'une cooptation volontairement
élitiste, des esprits créateurs dans divers domaines
des sciences, des lettres et, apparemment aussi, des arts, se rencontrent
et discutent entre eux avec l'intention de dépasser leurs
frontières disciplinaires et de faire avancer globalement
les connaissances sur le monde. Il s'agit juridiquement d'une Fondation,
organisme que la législation américaine favorise de
diverses façons.
On pourrait aussi considérer Edge comme un Think Tank, mais
sans qu'il soit lié (du moins semble-t-il) - comme certains
organismes du type "Blue sky research" - à des intérêts
économiques ou politiques trop précis, obligeant à
des résultats économiques ou financiers. Ainsi une
grande liberté règne dans les thèmes et les
contenus discutés par les membres de Edge.
Aujourd'hui, ceux-ci utilisent Internet pour présenter leurs
idées et leurs débats, d'une façon particulièrement
ouverte et intellectuellement libérale.
L'ensemble, très touffu, semble animé principalement
par John Brockamn, homme à l'esprit très universaliste
ou encyclopédique au bon sens du terme, auteur, éditeur,
homme d'affaires (dans le domaine des TIC) actuellement président
de Edge. Il aime se comparer à une enzyme, ce qui n'est
pas un mince compliment quand on connaît le rôle
irremplaçable de celles-ci dans la synthèse
de la vie. http://www.edge.org/3rd_culture/bios/brockman.html
On pourrait facilement reprocher à Edge de contribuer
à l'expansionnisme de l'avant-garde scientifique et
intellectuelle de l'Empire américain, mais ce serait
un mauvais procès. Tout est dans tout, évidemment,
mais les auteurs qui s'expriment généralement
sur ce site représentent l'Amérique telle que
l'admirent et l'aiment les démocrates et libéraux
du monde entier.
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Le concept de Troisième Culture (Third Culture)
Le terme peut inquiéter les esprits rationnels, faisant
penser à une sorte d'ésotérisme. Il n'en est
rien. Il s'agit, dans l'esprit de John Brockman (voir son article
fondateur de 1991, toujours d'actualité http://www.edge.org/3rd_culture/index.html)
de rassembler, entre les intellectuels et les scientifiques traditionnels,
ceux qui veulent participer de l'une et de l'autre de ces deux cultures,
en refusant les enfermements qu'elles imposent à leurs représentants.
L'idée fut présentée initialement par
un certain C.P. Snow dans un livre de 1959, Les deux cultures,
qui s'en prenait aux intellectuels, généralement réactionnaires
ou au moins conservateurs, qui ignoraient tout des travaux des scientifiques
- ces derniers il est vrai ne sachant pas généralement
faire connaître la portée de leur travaux au public,
fut-il "éclairé".
Dans une seconde édition datant de 1963, Snow évoquait
l'émergence d'une 3e culture, constituée de ceux capables
de faire le lien entre les préoccupations morales et politiques
des intellectuels et les travaux les plus actuels et les plus bouleversants
ou révolutionnaires des scientifiques. Ce défi a été
repris, nous pouvons dire avec succès à la lecture de Edge,
par John Brockman. Il a rassemblé des auteurs s'étant fait
connaître par des ouvrages ou articles destinés au public,
dans les domaines émergents de la science : biologie moléculaire,
IA, vie artificielle, théorie du chaos, parallélisme massif,
réseaux neuronaux, univers inflationnaire, fractales, systèmes
adaptatifs complexes, super-cordes, biodiversité, nanotechnologies,
génome humain, évolution darwinienne, automates cellulaires,
logique floue, exobiologie, cyber-espace, etc.
On constatera que tous ces thèmes sont ceux qui intéressent
notre propre démarche éditoriale, thèmes où nous
regrettons régulièrement que les scientifiques français,
mis à part quelques courageux communicateurs, ne fassent pas beaucoup
d'efforts pour faire connaître leurs travaux et la portée de
ceux-ci - ayant sans doute peur d'entrer aux yeux de leurs collègues
dans l'abominable catégorie des vulgarisateurs. Qu'ils ne se plaignent
pas alors que nous soyons obligés de chercher nos références
outre-atlantique, notamment dans Edge.
Dédicace à Heinz R. Pagels http://www.edge.org/pagels_dedication.html
Il
faut lire cette dédicace de John Brockman, qui est à
la fois un hommage à un scientifique et un penseur de premier
rang, à un homme d'action et d'aventure mais aussi à
travers lui à la science et à l'humanisme scientifique.
H. Pagels était Executive Director de la New York Academy
of Sciences, professeur de physique à la Rockefeller University
et président de l'International League for Human Rights.
Né en 1939, il est mort le 23 juillet 1988 lors d'une ascension
du pic de la Pyramide à Aspen, Colorado. Auteur de trois
livres, The Cosmic Code (1982), Perfect Symmetry (1985),
et Dreams of Reason: The Rise of the Sciences of Complexity
(1988), il a fondé le "Reality Club", prédécesseur
de Edge, qu'il présida jusqu'à sa mort.
La conclusion du livre Cosmic Code, citée par
la dédicace, est une étrange prémonition. Pagels
rêve qu'il tombe d'une paroi rocheuse, mais après la première
angoisse, il découvre un étrange calme: "there was no bottom
and no end. A feeling of pleasure overcame me. I realized that what I
embody, the principle of life, cannot be destroyed. It is written into
the cosmic code, the order of the universe. As I continued to fall in
the dark void, embraced by the vault of the heavens, I sang to the beauty
of the stars and made my peace with the darkness."
Le Reality Club http://www.edge.org/discourse/about.html
Initialement, de 1981 à 1996, le Reality Club a fonctionné
comme une association ordinaire, tenant ses réunions dans différents
lieux d'accueil. En janvier 1997, il a migré sur Internet, sous le
nom de Edge. L'objectif recherché est d'y réunir les meilleurs
esprits du moment, acceptant de mettre publiquement leurs idées ou
théories en débat public. Il s'agit d'essayer d'aller au fond
des choses, en évitant l'anesthésie du sens commun ou bon sens.
Le Club encourage la présentation des créations aux limites
de la connaissance et de la culture, même si celles-ci n'ont pas encore
été diffusées. Les intervenants sont encouragés
à décrire leurs travaux et les interrogations sur lesquelles
ceux-ci débouchent. Ils s'engagent à sortir des frontières
de leurs domaines en répondant aux questions et aux critiques des
autres membres. Il s'agit de construire un point de vue commun, si possible
à partir d'un consensus entre disciplines, et non de réunir
des personnes qui continueront à s'ignorer une fois qu'elles auront
présenté leurs thèses.
Comme on peut le voir par le compte-rendu des débats,
les participants ne se privent pas de la faculté d'émettre
des objections ou des questions, aussi inattendues soient-elles. Celles-ci
sont rarement esquivées. Il s'ensuit une intéressante dynamique
intellectuelle. Le Club rappelle que dans la théorie de la communication
l'information n'est pas considérée comme une donnée
devant s'ajouter aux autres mais comme une "différence qui crée
une différence". Plus généralement, il ne s'agit
pas de reproduire ou même commenter les idées et opinions
déjà en circulation, comme le font généralement
les porte-paroles de notre culture de masse. Il faut penser par soi-même.
On constate là une différence intéressante
avec la pratique académique habituelle. Même lorsque
on y vise à la réflexion interdisciplinaire, chacun
reste enfermé dans ses frontières et ne fait pas l'effort
de comprendre ni discuter la pensée des autres, afin d'élever
le niveau de la pensée commune (nous pensons notamment ici
à de désolantes réunions tenues chez-nous,
auxquelles nous
avons assisté, que leurs initiateurs avaient placées
sous le thème horizontal de la cognition, mais qui ne paraissaient
aboutir qu'à un renforcement des particularismes).
Le Reality Club. Exposés et débats
disponibles en ligne: http://www.edge.org/discourse/discourse.html
On trouvera dans cette section un grand nombre d'exposés
suivis de débats ou forums, sur de nombreux sujets dont beaucoup
devraient intéresser les lecteurs de notre revue. Une introduction,
généralement de John Brockman, présente chaque auteur
ainsi que ses travaux. Elle est suivie du texte de son intervention et
des commentaires suscités. Tout ceci est géré de
façon très ergonomique au plan de l'hyper-texte. Il s'agit
là d'une source d'information et de réflexion qui demanderait
de longues heures pour être convenablement exploitée.
On y trouve ainsi des exposés originaux de Rodney
Brooks http://www.edge.org/3rd_culture/brooks/brooks_p1.html,
de notre compatriote Stanislas Dehaene http://www.edge.org/3rd_culture/dehaene/index.html,
de Daniel Dennett http://www.edge.org/3rd_culture/dennett/dennett_p1.html,
de Lee Smolin (que nous retrouverons dans un prochain article) http://www.edge.org/3rd_culture/smolin/smolin_p1.html
, de Marvin Minsky http://www.edge.org/3rd_culture/minsky/index.html
, de Hans Moravec http://www.edge.org/3rd_culture/moravec/moravec_index.html
et de nombreux autres moins connus en France, qu'il ne faudrait
pas continuer à ignorer.
Edge
Edge se présente comme une publication en ligne,
dont les numéros (104 à ce jour) peuvent être
lus sur le site (home page http://www.edge.org/ )
ou dans les archives chronologiques (http://www.edge.org/documents/archive/edge.index.html).
On peut aussi s'y abonner sur souscription. Chaque numéro
comprend un article de fond confié à un des scientifiques
ou auteurs participant à la vie du Club, ainsi qu'un débat
sur le thème présenté.
© Automates Intelligents 2002