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Le Parti Communiste Chinois PCC a décidé en février dernier de faire adopter un amendement à la constitution visant à supprimer la clause selon laquelle le Président (Xi Jinping en ce cas) ne pouvait pas exercer plus de deux mandats. Xi Jinping, président à vie....
Xi Jinping président à vie... Cette décision a été immédiatement commentée dans tous les pays qui espèrent ou craignent voir la Chine devenir une seconde puissance mondiale après les Etats-Unis, voire la première dans certains domaines.

S'agirait-il d'une sorte de coup d'état imposé au PCC et à la Chine par un Xi Jiping fort de ses derniers succès sur l'ancien appareil ? Ou au contraire d'une décision commune de Xi et d'un nouvel appareil d’État civil et militaire visant à faire sortir la Chine d'une domination par d'anciennes élites incapables de s'adapter aux nouvelles conditions de la compétition internationale ?
C'est cette dernière perspective qui paraît la plus probable.

Bien que cela ne se sache pas beaucoup à l'étranger, la Chine est en proie à des tensions sociales considérables, qui ne lui permettent pas de faire figure de pays véritablement compétitif.
Après trente ans de retour à une sorte de capitalisme libéral, loin des ambitions marxistes affichées des premiers dirigeants, le pays est devenu un des plus inégalitaires au monde. D'un côté une élite dirigeante de quelque 300 milliardaires en dollars, menant une vie ostensiblement luxueuse, voire gaspilleuse, de l'autre des centaines de millions de travailleurs pauvres et de paysans dont le statut ne diffère pas beaucoup de ce qu'il était après la Seconde guerre mondiale.

Les années précédentes, la classe dirigeante comptait sur les hauts niveaux de croissance ayant résulté de ce qu'elle avait fait de la Chine l'"usine du monde". C'étaient les bas salaires des travailleurs qui lui permettaient d'obtenir ces résultats. Mais avec l'apparition de pays asiatiques offrant des salaires de plus en plus bas, ainsi qu'avec la crise mondiale de 2008-2009, le taux de croissance s'est réduit jusqu'à 5 ou 6%. Ce chiffre, que les économies occidentales sont désormais loin d'atteindre, n'est pas cependant suffisant pour maintenir la stabilité sociale.
De plus les mécanismes utilisés pour maintenir ce taux (appel massif à la création de monnaie), avaient considérablement accru le niveau de la dette. Même si la monnaie, le yuan, n'est pas soumise à la sanction des marchés financiers mondiaux, cette dette doit nécessairement être remboursée en taxant la consommation.

Menaces militaires américaines

Dans le même temps, la Chine est soumise à des menaces militaires accrues sur ses frontières de la Mer de Chine méridionale. Elles proviennent des Etats-Unis (Barack Obama ayant alors sous son mandat reconverti vers l'Asie ses politiques d'affrontement avec la Russie). Le mouvement culmine aujourd'hui avec l'Amérique de Donald Trump.
Même si l'essentiel des menaces portent sur la Corée du Nord, les confrontations navales et aériennes avec la puissance militaire chinoise sont de plus en plus nombreuses. Dans l'idéologie militaire américaine, largement répandue, la Chine partage avec la Russie l'honneur d'être considérée comme un adversaire mondial, dont il faut combattre à tout prix la puissance.

Face à ces dangers extérieurs et intérieurs, le CCP a apparemment jugé qu'il lui fallait renforcer le pouvoir de Xi, quitte à en faire une sorte de dictateur dans les termes occidentaux. Xi Jinping lui a paru mériter cet honneur du fait de ses qualités manifestées à la présidence, le différenciant des autres dirigeants.
Homme apparemment très ambitieux, il n'a pas craint d'endosser aussi longtemps qu'il le pourrait, le costume du chef suprême.
Les ambitions qu'il a fixées à la Chine pour le prochain siècle, que nous avions décrites précédemment en relatant ses discours au XIXe Congrès du PCC(2) ont confirmé aux élites du parti qu'elles avaient fait le bon choix.
Reste à savoir qui sont exactement ces élites du PCC qui ont décidé de partager le pouvoir avec un Xi Jinping autoritaire, sinon dictatorial ?

Ce ne sont certainement pas les cadres précédents, sans doute jusque-là les plus riches, que Xi a entrepris d'attaquer de face. Il leur a reproché très ouvertement d'être corrompus, mais qui ne l'est pas dans un vaste pays comme la Chine dirigé non seulement par le pouvoir central mais par les chefs des administrations locales et des municipalités échappant pratiquement à toute tutelle?
L'erreur fatale des anciennes élites était qu'elles n'avaient pas su afficher pour la Chine un programme aux ambitions mondiales, tel celui proposé par Xi avec une grande clairvoyance. Dans ce programme figure en bonne place la volonté de réduire les inégalités sociales. Ainsi peut-il séduire une partie des classes pauvres dont nous avons rappelé ci-dessus l'extrême dénuement.

Mais ce ne sont jamais les prolétaires, dans aucun pays, qui déterminent les politiques nationales. Aujourd'hui, Donald Trump a accepté de mettre sa présidence aux mains des quatre généraux qui désormais exercent le pouvoir à sa place. Xi Jinping s'appuie-t-il de son côté sur les militaires ?
Cela reste difficile à dire, vu le peu de transparence de la vie politique chinoise. Mais si tel était le cas, cela n'aurait rien de rassurant. Les militaires, où que ce soit, recherchent en priorité le pouvoir, quitte à courir le risque de provoquer des guerres catastrophiques.
 
Jean-Paul Baquiast
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(1)  Voir notre article du 20/10/2017 et les trois suivants.
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