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Ce billet est un bref commentaire concernant l'article qu'a fait paraître récemment Chris Hedges(1) - auteur et chroniqueur politique - sur le site Russia Insider.

Toutes les perspectives dont parle Chris Hedges dans son article [voir Sources] paraissent fondées. L'auteur y dresse une liste impressionnante des innombrables domaines dans lesquels ce qu'il nomme le "corporate power" mène les Etats-Unis et les deux tiers du monde à l'effondrement économique, social et politique.
Pour la plupart des connaisseurs, on ne trouvera rien de nouveau ici. Mais, à notre avis, il est toujours indispensable d'insister...

Que faire pour contrer le "Corporate power" ?

Chris Hedges se montre ici à notre avis particulièrement décevant sur les actions à développer pour contrer le "corporate power". En effet, il fait appel au volontarisme des victimes actuelles du système pour construire des institutions parallèles qui permettraient un développement différent. Cet appel se réduit à un paragraphe unique dont le moins que l'on puisse dire est qu'il n'inquiétera pas les pouvoirs actuels. Ceux-ci détiennent toutes les clefs pour étouffer dans l'œuf la moindre initiative citoyenne susceptible de les menacer. 

Encore faudrait-il que de telles initiatives prennent une force suffisante pour qu'elles puissent commencer à jouer un rôle. Mais tous les historiens politiques vous diront que les dominés sont incapables d'échapper au pouvoir de ceux qui les dominent. Sinon l'histoire serait une suite de révolutions permanentes provenant de la révolte victorieuse des dominés.

Dans l'idéal, cette révolte pourrait se traduire par un équilibre apaisé entre les différentes forces sociales. Mais un tel équilibre semble inimaginable : il se traduirait vite par  une sorte d'atonie ne permettant aucun changement, n'ouvrant alors aucune perspective d'évolution. Les révoltes se traduisent en fait par l'apparition incessante de nouveaux pouvoirs nés de la disparition des précédents, devenus dominants à leur tour.

Deux vices logiques

L'article de Chris Hedges souffre donc selon nous de deux vices logiques qui se retrouvent finalement dans tous les travaux de ce type, c'est-à-dire qui appellent au refus de l'ordre social régnant 
D'une part, il ne précise pas comment renverser les pouvoirs dont il dénonce les dangers.
D'autre part, il n'offre aucune perspective  sur la possibilité d'y substituer de nouveaux équilibres plus égalitaires.

On ne s'étonnera donc pas que de tels articles - qui se renouvellent régulièrement ici et là, toujours à l'identique -
ne provoquent finalement qu'un simple succès d'estime. Ils n'entraînent aucun changement profond des rapports entre forces sociales.

Depuis le néolithique, certes, les sociétés d'humanoïdes ont évolué en permanence, nous conduisant au monde où nous vivons aujourd'hui. Les historiens de cette évolution ne manquent pas d'éléments pour en décrire certaines causes et ressorts – et ce non sans erreurs se révélant après coup. Mais ces recherches n'apportent aucun enseignement sérieux aux citoyens qui souhaiteraient que l'on aille vers des sociétés dépourvues des vices du monde actuel, que certains désignent du terme de "sociétés post-humaines".

A supposer, ce qui nous paraît improbable, pour les raisons résumées ci-dessus, que de telles sociétés se révèlent moins inégalitaires et oppressives que les nôtres, elles l'auraient fait pour des raisons impossibles à anticiper aujourd'hui... en tous cas en ne devant pas grand-chose aux analyses de Chris Hedges et ses semblables.

Ceci ne sera pas une raison pour ne pas nous y intéresser...

Jean-Paul Baquiast

puce note Notes
(1) Très écouté au sein des milieux américains dits "alternatifs", Chris Hedges est ancien correspondant à l'étranger du New York Times, où il a remporté un prix Pulitzer, avant d'être licencié pour avoir critiqué Israël et la guerre en Irak. Il est un auteur à succès du New York Times, ancien professeur à l'université de Princeton, militant politique de gauche et ministre presbytérien ordonné.
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