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Donald Trump a déclaré récemment depuis la Maison Blanche la réaffirmation américaine de "full spatial dominance", c'est-à-dire celle d'un domaine spatial mondial stratégique entièrement sous le contrôle des USA. En appelant à la création d'une sixième branche des forces américaines, qualifiée de "Space Force", il souhaite complètement et définitivement militariser l'espace, avec pour but d'en éliminer les pays souhaitant y jouer un rôle, comme par exemple la Russie et la Chine...  
Si, depuis les origines des politiques spatiales, les Etats-Unis ont décidé de faire du spatial un domaine stratégique entièrement sous leur contrôle (on a parlé de "full spatial dominance"), Donald Trump vient récemment d'en réaffirmer la nécessité. Celle-ci est conforme aux visées du complexe scientifico-militaro-industriel américain. Dès le début de la guerre froide, Washington et le Pentagone ont toujours considéré le spatial comme élément essentiel à la lutte, sinon à la destruction, de la Russie. Le débarquement sur la Lune, décidée par J.F. Kennedy, n'avait pas d'autre but, sous l'apparence d'une intention scientifique.

L'exploitation militaire de l'Espace

Cette domination du spatial a d'abord pris la forme d'une exploitation militaire de l'Espace. Les satellites militaires américains ne se comptent plus, de même que leurs applications stratégiques multiples. Et tout ce qui est considéré comme relevant du spatial scientifique, au-delà d'un intérêt propre pour la connaissance de l'espace et de l'univers, est également largement financé par l'Etat profond américain au regard de ses implications en faveur de l'industrie de défense.

Malgré son relativement faible budget de 20 milliards de dollars en 2018 (si on le compare au budget militaire américain de plus de 700 milliards), la Nasa a toujours constitué un élément essentiel du dispositif – ceci d'autant plus que sous couvert de coopération spatiale, elle permet un espionnage scientifique sans égal.
Il en est de même des réalisations de l'industrie spatiale américaine. Elon Musk, fondateur et PDG de Space X, ne s'en cache pas, au contraire. Il utilise l'argument pour obtenir des aides considérables de l'Etat.

On ne doit pas oublier non plus que les Grands de l'Internet américain, qui fonctionnent principalement avec l'aide du spatial américain, sont un élément essentiel pour formater les consciences mondiales au profit de la puissance américaine.

A terme enfin, la course pour un retour sur la Lune, puis un débarquement sur Mars, vise à faire de ces planètes de nouvelles colonies américaines(1). Si à la suite d'une série de catastrophes, qui pourraient d'ailleurs en partie être provoquées par les USA, ne survivaient dans le système solaire que quelques dizaines de milliers d'humains éventuellement « augmentés », ils porteraient certainement tous la bannière étoilée.

La Russie puis la Chine l'ont bien compris. Mais les moyens qu'elles peuvent dégager au profit de leurs projets spatiaux restent bien inférieurs à ceux des Etats-Unis. De plus, le retard qu'elles ont pris ne se rattrapera pas, compte tenu des délais nécessaires à la réalisation de nouveaux programmes.

Une « force armée spatiale » américaine

La création d'une sixième branche des forces armées américaines, appelée « Space Force », réannoncé par Donald Trump depuis la Maison Blanche en juin dernier(2), met en évidence la volonté américaine de militariser complètement et définitivement l'espace. Ceci signifie nécessairement en éliminer progressivement Russie et Chine, sans mentionner d'autres puissances qui auraient la volonté d'y jouer un rôle : "il serait inacceptable de laisser la Chine ou la Russie être des leaders dans l'espace", déclare Donald Trump. Rappelons à cet égard que l'Agence spatiale européenne avait dès le début refusé de s'impliquer dans des objectifs militaires. Ceci aurait fortement déplu au Pentagone, qui veut rester maître du jeu. La France s'est dotée de quelques petits satellites militaires propres, mais aux ambitions très limitées.

Le Président américain n'a pas caché l'objectif de Washington et du Pentagone de maintenir et renforcer la pleine domination spatiale américaine : "Il ne suffit pas d'avoir une présence américaine dans l'espace. Nous devons avoir la domination américaine dans l'espace" (...) "Je demande au ministère de la Défense et au Pentagone d'entamer immédiatement le processus nécessaire pour établir une force spatiale en tant que sixième branche des forces armées", a-t-il déclaré.

A quoi va ressembler cette nouvelle force militaire spatiale et que fera-t-elle ?

Pour l'instant, nul ne peut répondre à ces questions. En tous cas, Donald Trump a affirmé que cette "sixième force" serait "séparée mais égale à l'armée de l'air". Le Congrès américain devrait adopter auparavant une loi l’autorisant avant que toute nouvelle branche de l’armée puisse être créée.

Que se passerait-il si celle-ci entrait en conflit direct, éventuellement sur le plan militaire, avec la Russie et la Chine ?

Compte tenu de l'importance de l'Espace, ces pays ne pourraient pas ne pas riposter. Il en résulterait inévitablement une guerre mondiale.

D'ailleurs, la réaction de la Russie à l'annonce de Donald Trump ne s'est pas fait attendre : le président du Conseil de défense et de sécurité russe, Viktor Bondarev, cité par l'agence de presse Ria le 19 juin, a déclaré que : «La militarisation de l'espace mènera au désastre». Il a également fait référence à la possible volonté de Washington de mettre des armes de destruction massive en orbite. «Si les Etats-Unis se retirent des accords de 1967 qui proscrivent le déploiement d'armes nucléaires dans l'espace, ceci appellera « une réponse forte de la part de notre pays, mais également d'autres Etats, il en irait de la préservation de la sécurité internationale ».

Le traité de l'espace de 1967

Le traité de l'espace de 1967 - également appelé "Traité sur les principes régissant les activités des Etats en matière d'exploration et d'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes" - a été adopté le 19 décembre 1966. Il a ensuite été ouvert à la signature des pays le 27 janvier 1967 et est entré en vigueur le 10 octobre 1967.

Ce traité interdit le déploiement d'armes nucléaires et de destruction massive dans l'espace.
Il interdit également de pratiquer des essais d'armement dans l'espace et d'établir des bases militaires sur tout corps céleste, dont la Lune.

Au-delà des mots de Viktor Bondarev, il faut se demander ce que serait « la réponse forte » russe,  de même qu'une réponse chinoise à laquelle il a fait allusion. S'agira-t-il de détruire, selon des moyens à préciser, les satellites militaires américains, voire de détruire une base militaire sur la Lune ?

On ne voit pas comment cela ne déclencherait pas une guerre mondiale, au moins dans l'espace.


Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

puce note Notes
(1) S'exprimant avant une réunion avec le Conseil national de l'espace, Donald Trump a déclaré: "Cette fois, nous ferons plus que planter notre drapeau et laisser nos empreintes. Nous établirons une présence à long terme, développerons notre économie et construirons les bases de l'éventuelle mission sur Mars."
(2) Voir "Trump space force: US to set up sixth military branch".
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