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Avec des vitesses qui pourraient atteindre 10 à 20 fois celle du du son, les nouveaux missiles hypersoniques russes sont généralement considérés par les experts comme une arme redoutable, déclassant toutes les autres armes occidentales.
Dans un précédent de nos articles, nous indiquions que la possession de missiles hypersoniques par les Russes (annonce de Vladimir Poutine du 1er mars 2018), leur conférait un avantage stratégique tel qu'il empêcherait longtemps les Etats-Unis de continuer à dominer le monde.

Des tests jugés "très satisfaisants" par les Russes

Essai concernant le missile hypersonique KinhzalDe nouvelles précisions concernant ce type de missiles ont été publiées récemment sur le site de l'agence d'information The Duran, considérée généralement comme fiable. Elles concernent notamment le plus médiatisé d'entre eux, le "Kinzhal" (Mach 10, soit près de 12 250 km/h), qui sera suivi de l'"Avangard" (Mach 20, soit une vitesse de presque 25 000 km/h).
Selon l'agence, le Kinzhal poursuit aujourd'hui des essais considérés comme "très satisfaisants". Ceux-ci concernent l’utilisation de bombardiers stratégiques Tupolev Tu-223 et du très rapide MiG-31 comme plate-forme de lancement de cette arme complexe.

Dans le cadre de leur coopération avec la Chine, les Russes pourraient doter l'armée chinoise de ces missiles. Cependant, la Chine n'a pas attendu pour commencer à vouloir aussi développer une telle arme(1) qui donneraient, sans de trop grandes dépenses, une supériorité certaine sur les Etats-Unis en Mer de Chine ou sur des alliés de l'Amérique, en premier lieu le Japon.

Le Pentagone, d'abord surpris, n'a pas tardé à en prendre acte. L'industrie militaire s'efforce de mettre au point rapidement de telles armes, mais un retard dans ces domaines ne se récupère pas facilement.

Les Japonais sont-ils aveugles ?

Malgré ces annonces, le complexe militaro-industriel américain continue de fournir à ses alliés, fort cher d'ailleurs, des systèmes de missiles antimissiles désormais déclassés, tels que l'Aegis : "Les affaires sont les affaires". Et l'on vient d'apprendre que les Japonais, utilisateurs de l'Aegis, ont décidé de consacrer quelques milliards de dollars à un nouveau radar américain visant à perfectionner les Aegis dont ils sont dotés. Ce radar pourrait identifier à de plus grandes distances et plus rapidement les missiles classiques pouvant les menacer, en provenance notamment de Chine.
On s'étonnera alors de voir les Japonais, généralement bien informés, consacrer de telles sommes à un radar de ce type qui sera impuissant confronté à un Kinzhal. Il est vrai qu'il faudrait de nombreux Kinzhal envoyés en flotte pour représenter un danger sérieux. Ni la Russie ni la Chine n'en seraient actuellement capables.

Mais les choses pourraient changer si des Kinzhal, qui sont des missiles lourds, étaient dotés de têtes nucléaires miniaturisées, du type de celles que les Américains envisagent de vendre à leurs alliés.
Inutile de préciser que si un seul d'entre eux, échappant aux plateformes Aegis japonaises, pouvait atteindre le Japon, celui-ci serait mis hors course. Arrivant à Mach 10 et capable, même à cette vitesse, de changer à basse altitude de trajectoire et d'objectifs, le Kinzhal paraît pour de longs mois être une arme imparable. Les Japonais comme les Américains ne peuvent l'ignorer.

Ils se rassurent sans doute, non sans raisons d'ailleurs, en considérant que ni les Russes ni les Chinois ne prendraient la responsabilité d'une première frappe nucléaire. Les tensions internationales sont loin d'être arrivées à ce point.
Ceci laissera longtemps la possibilité d'imposer aux contribuables américains et japonais l'acquisition d'antimissiles Aegis ou de leurs successeurs, utilisant des radars de plus en plus performants, mais de plus en plus coûteux.
Les affaires resteront encore longtemps les affaires...
Controverse  : Les Américains possèdent-il encore la suprématie militaire ?

Losing Military Supremacy: The Myopia of American Strategic Planning", par Andreiv Martyanov.En marge de notre article, signalons la parution cet été 2018 de l'ouvrage "Losing Military Supremacy: The Myopia of American Strategic Planning", par Andreiv Martyanov.

Ce livre pourrait  sembler porter à caution et n'être qu'un outil de propagande, sachant qu'Andrei Martyanof, né en 1963, est un officier de marine retraité russe. Il a d'abord servi dans la marine soviétique dans les années 1990. En 1995, il s'est retiré aux Etats-Unis, travaillant dans une entreprise aérospatiale américaine. Il collabore régulièrement aux travaux du Naval Institute américain. En tant que tel, la prudence voudrait pour lui qu'il ne se livre pas à une critique en détails de la politique militaire américaine. Il sera facile dès lors de lui objecter qu'il est un agent russe dissimulé.
Néanmoins cet ouvrage, qui semble objectif et rigoureux, serait pris au sérieux aux Etats-Unis. Il mérite donc d'être lu.

Andrei Martyanov présente ici une remise en cause complète du mythe de la supériorité militaire des Etats-Unis. 
Il y explique comment ce mythe a été créé et pourquoi on le voit actuellement s'effondrer.

Selon lui, ce mythe, constitué dès la fin de la Seconde guerre mondiale pour rallier notamment les pays européens à la guerre contre l'Union soviétique, a pu reposer initialement sur une supériorité technologique de l'armée américaine, face à une armée russe qui comptait en priorité sur l'importance de ses effectifs. Mais ceci a vite changé car l'Union soviétique a décidé d'investir dans des armes d'une technologie égale puis supérieure à celle de la défense américaine. Vladimir Poutine n'a d'ailleurs pour sa part cessé d'encourager cette transformation.

Pour l'auteur, les Etats-Unis ont pris le retard que tous les experts américains de défense déplorent aujourd'hui, à cause de deux facteurs combinatoires : un narcissisme idéologie ("nous sommes les meilleurs") combiné à une certaine corruption, mettant les décideurs au service des grandes firmes américaines travaillant dans la défense. Aujourd'hui, l'armée américaine est capable de dépenser des sommes considérables dans le secteur de la défense, avec un budget de quelque 650 milliards de dollars en 2017, tout en s'étant montrée incapable de faire l'équilibre avec la Russie et la Chine.

Andrei Martyanov mentionne les facteurs qui rendent les forces russes ou chinoise probablement et pour longtemps supérieures aux forces américaines, et ceci malgré des budgets dix fois moins élevés.
Ces pays se sont intelligemment dotés de capacités de commandement, de contrôle, de communication, d'informatique, de renseignement, de surveillance et de reconnaissance égales ou supérieures à celles des américains.

De plus, ils disposent de capacités de guerre électronique, de systèmes d'armes intelligents et de défense anti-aérienne égales ou supérieures à celles des États-Unis. Les missiles de croisière russes et bientôt chinois de type supersoniques et hypersoniques, représentent une menace encore imparable pour l'US Navy, les bases militaires extérieures et bientôt l'ensemble du continent américain.

L'auteur insiste sur le fait, particulièrement inquiétant pour la survie du monde que - comme nous l'avons nous-mêmes souvent souligné -, le Pentagone s'affirme désormais prêt à riposter à l'envoi d'un missile hypersonique à charge conventionnelle par l'emploi de la force atomique.

Nous ne présenterons pas plus ici le livre d'Andrei Martyanov. Ajoutons seulement qu'il explique l'infériorité de la défense américaine, malgré les budgets dépensés, par le fait que les Américains n'ont pas, comme les Russes, connu sur leur territoire ce qu'était la guerre. Il n'existe pas pratiquement en Russie de famille qui n'ait pas à déplorer des millions de morts militaires dans les générations précédentes.
A savoir :
Ils semble donc que les États-Unis, en matière de missiles hypersoniques, se soient, assez curieusement, laissés prendre de cours. Or, ils travaillaient sur ces engins depuis de nombreuses années, mais sans résultats à hauteur de ceux enregistrés par les Russes. Pourtant, ils ne pouvaient rien ignorer des projets de ces derniers. En 2004, le programme X-51 avait été lancé conjointement avec l'US Air Force, la Darpa, la Nasa et Boeing. Les derniers essais ont été menés en 2013. L'engin a parcouru 430 km à Mach 5, ce qui n'est pas suffisant aujourd'hui.

De son côté, Lockheed Martin, avec le programme JFS Joint Strike Fighter (quelque 1500 milliards de dollars apportés depuis 15 ans) n'a pas abouti à un appareil véritablement opérationnel.
En août, l'US Air Force a révélé un nouveau programme - toujours confié à Lockheed Martin  - destiné à mettre au point un missile de type HCSW (Hypersonic Conventional Strike Weapon) d'ici à 2021. Coût du contrat : un demi-milliard de dollars. Faute d'essais à ce jour, rien n'assure qu'il répondra aux objectifs recherchés(2).

Et la France ?
L'étroitesse de son budget militaire ne lui permet pas, sans sacrifices considérables, de consacrer 500 millions à un programme de missile hypersonique. D'ailleurs, contre qui s'en servirait-elle, les Américains ou les Russes ? Des missiles balistiques stratégiques tels que les M45 et M51 lui suffiront largement.

Jean-Paul Baquiast

 
puce note Notes
Fusée chinoise équipant le Starry Sky 2, ayant volé entre Mach 5,5 et Mach 6(1) La Chine a annoncé avoir testé avec succès, le 3 août dernier, le lancement d’un engin hypersonique. Possiblement muni d’armes nucléaires, ce type d’appareil est, en raison de sa vitesse, capable d’échapper aux systèmes de défense antimissiles actuels. Lancé par une fusée, le véhicule, baptisé Starry Sky 2 (« ciel étoilé »), s’est séparé de celle-ci et a volé durant plus de 400 secondes à une vitesse comprise entre Mach 5,5 et Mach 6, soit entre 6 732 et 7 344 km/h, a déclaré la Société de sciences et technologies aérospatiales de Chine, qui évoque un « énorme succès ».

Voir "La Chine teste avec succès un missile hypersonique" (Le Monde du 11 août 2018).

(2) Voir "The U.S. Air Force Is Pushing for a Hypersonic Strike Weapon" (Popular Mechanics, 11 juin 2018)
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