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Armements - Intelligence artificielle - Etats-Unis
L'idée de la création d'un centre d'Intelligence Artificielle pour l'armée évoquée par le Département américain de la défense (Dod) était en germe depuis 2016. Le 27 juin 2018, elle est devenue réalité avec la signature d'une note par le secrétaire adjoint de la Défense Patrick Shanahan, instituant la création du "Joint Artificial Intelligence Center" (JAIC). Dénommé aussi "Jake", ce Centre aura la haute main sur (presque) l'ensemble des efforts de l’AI des agences de service et de défense et devrait, chaque année, recevoir 75 millions de dollars, pour un total de 1,7 milliard sur cinq ans(1).
Patrick ShanahanDans cette note (mémo), Patrick Shanahan indique que "les progrès de l’IA modifieront probablement la nature de la guerre et donc que l’armée a besoin d’une nouvelle approche de l’IA qui lui permettra d’intégrer rapidement toute avancée dans ses opérations et sa manière de combattre".

La création du JAIC est là pour renforcer la prise de décision militaire (traduire les avancées de la technologie en décisions), les partenariats, les talents en IA et la stratégie de défense nationale américaine. "Cette fonction de coordination est cruciale pour la course aux armements avec la Russie et la Chine", déclarent les experts.

Ce centre se concentrera donc sur quatre principales actions :
  • Aider les militaires à exécuter leurs initiatives de mission nationale (National Mission Initiatives - NMIs). Il s'agit des projets d’intelligence artificielle à grande échelle conçus pour répondre à des groupes de défis urgents et connexes.
  • Créer une fondation à l’échelle du DoD pour l’exécution de l’intelligence artificielle, ceci impliquant de trouver un moyen de mettre rapidement et efficacement à la disposition de l’ensemble du DoD tous les outils, données, technologies, experts et processus liés à l’IA(2).
  • Améliorer la collaboration sur les projets d’intelligence artificielle au sein du DoD : ceci impliquant de travailler avec des partenaires extérieurs, telles des entreprises privées et des universitaires(3)...
  • Travailler avec le Bureau du secrétaire à la défense (Office of the Secretary of Defense -  OSD) pour déterminer comment gouverner et normaliser le développement et la livraison de l’intelligence artificielle.

Le JAIC devrait être mis en place d’ici septembre prochain, mais les informations à ce sujet sont encore très parcellaires. Et finalement, on ne sait quelle sera la structure de ce nouveau centre : si plusieurs bureaux devraient être répartis à travers les États-Unis, aucun indice n’a été donné concernant leur localisation, ni le nombre d’employés dédiés au programme.

"Beaucoup de gens parlent de la menace de l’intelligence artificielle; nous voulons être la menace" (Patrick Shanahan).

Commentaire :

Faut-il rappeler que l'intelligence artificielle est déjà largement utilisée par les militaires américains ?
Malgré les déclarations d'intention lénifiantes affichées dans le mémo du secrétaire adjoint à la Défense avec ce "Pour préserver et élargir notre avantage militaire et permettre la réforme des entreprises, nous devons poursuivre nos applications avec audace et empressement tout en garantissant des engagements solides en matière d'éthique militaire et de sécurisation de l'IA(4), nul doute que l'IA de guerre va être de plus employée sans véritables pare-feux (ici, sans jeu de mot). Personne ne sera en mesure de dire la façon dont elle est utilisée. 
Une façon de soumettre encore plus une partie du monde à la domination du lobby militaro- sécuritaire US...

 
Christophe Jacquemin

 
puce note Notes
(1)  Budget finalement assez faible au regard des 22 milliards de dollars par an que compterait investir la Chine sur la même période - et qui passeraient à 59 milliards d'ici 2025 (chiffres difficiles à vérifier).
Signalons qu'en février 2017, un rapport du Pentagone dressait déjà un bilan alarmant du retard qu'étaient en train de prendre les Etats-Unis face à la stratégie technologique offensive de la Chine.
(2) Notons que le 10 mai dernier, la Maison Blanche a organisé un Sommet de l'IA, qui a réuni plus de 100 hauts responsables gouvernementaux, des experts techniques issus d'institutions académiques de premier plan, des chefs de laboratoires de recherche industrielle et des chefs d'entreprise américains qui adoptent des technologies d'IA au profit de leurs clients, travailleurs et actionnaires.
Lire ici le "Summary of the 2018 White House Summit on Artifical Intelligence for American Insdustry"
(3) Pour éviter de prendre du retard sur la Russie et la Chine, le Gouvernement américain veut s’appuyer sur les talent des entreprises privées, comme par exemple ceux de la Silicon Valley, pour faire avancer les recherches sur l'IA. Signalons à titre d'exemple le projet phare Maven, qui vise à recueillir et traiter des données en provenance d’une flotte de drones équipés de caméras. L’armée américaine souhaite pouvoir bénéficier d'algorithmes complexes qui permettraient d’analyser les images filmées par ses drones.
On peut citer Google parmi les quelque 20 entreprises travaillant avec le Pentagone sur le sujet. Mais la firme  a souhaité se retirer du projet devant la réaction récente suscitée dans l'entreprise. Le projet était confidentiel, sauf que plus de 3 000 employés estimant que "Google ne devait pas être impliqué dans le business de la guerre" ont signé en mai dernier une lettre adressée à  leur PDG Sunda Pichai lui demandant l’annulation pure et simple du contrat. Le partenariat conclu entre Google et le gouvernement des États-Unis ne devrait donc finalement pas être renouvelé en 2019.
(4) “To preserve and expand our military advantage and enable business reform, we must pursue AI applications with boldness and alacrity while ensuring strong commitments to military ethics and AI safety"
puce note Sources
Establishment of the Joint Artificial Intelligence Center
Note (mémo) du 27 juin 2018 signée par Patrick Shanahan, secrétaire adjoint de la défense.
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