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On estime aujourd'hui que plus de 20.000 «civils» auraient été tués depuis le début du conflit ayant opposé en Afghanistan les grandes puissances et les diverses factions islamiques dans ce pays. Ce serait le plus grand nombre de morts imputables aux guerres ayant parcouru depuis vingt ans l'Asie centrale et le Moyen Orient. Le cycle meurtrier ne s'arrête pas.

Incertitude sur l'avenir de l'Afganistan(1) américanisé

Une série d'attentats, le 11 septembre 2018, vient de frapper l'est afghan, entraînant plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés, notamment dans des écoles et un centre sportif. Un kamikaze s'est fait exploser à l'intérieur d'un club de sport dans un quartier majoritairement chiite de Kaboul, alors qu'une voiture piégée a explosé peu après l'arrivée des secours et de la presse.

Après l'intervention américaine en 2001, l'incertitude plane sur l'avenir de l'Afghanistan américanisé, dans une impasse face aux talibans. L'Otan, autrement dit essentiellement les Américains, estime avoir achevé sa mission destinée à « restaurer la démocratie » à Kaboul et avoir fait disparaître la menace talibane. Elle a retiré l'essentiel de ses troupes, n'y laissant que quelque 13 500 soldats, dont la moitié environ sont Américains, pour conseiller, c'est-à-dire appuyer, l'armée officielle afghane.

Washington semble avoir pris conscience du peu d'efficacité des 113 milliards de dollars d'aide à la reconstruction versés en 16 ans à Kaboul. Une grande partie de ces dollars aurait été conservée par les divers intérêts qui soutiennent le gouvernement légitime, pénétré par la corruption. D'autant plus que les insurgés ont relancé leur offensive au printemps 2017, allant jusqu'à couper la route reliant deux capitales régionales, Mazar-è-Charif et Kunduz. Cette dernière ville est même brièvement tombée entre leurs mains.

Depuis 2015, le groupe islamique terroriste dit Etat islamique s'ajoute aux belligérants. Il a organisé, avec la complicité des coalitions américaine et syro-russe, heureuses de s'en débarrasser, le transfert en Afghanistan de dizaines de milliers de combattants djihadistes chassés de Syrie. Ceux-ci participent désormais aux attentats sanglants.

Quelques questions

Les Etats-Unis vont-ils enfin se retirer d'Afghanistan, comme semble le souhaiter une grande majorité des électeurs ?
La réponse paraît négative. Se retirer signifierait laisser le champ libre au Pakistan, à la Russie et surtout à la Chine qui manifeste un intérêt soudain pour le pays. Ce serait, de plus, abandonner tout espoir de pouvoir exploiter un jour à leur profit les ressources naturelles, notamment minières, considérables du pays .
Sur le plan géostratégique,  ce serait pour les américains renoncer à tout espoir de maintenir leur influence, déjà très en recul, en Asie Centrale. Les pays cités ci-dessus, considérés comme des ennemis existentiels, les remplaceraient sans grande difficulté.

Mais comment et sous quelle forme se maintenir ?
En déployant de plus en plus de moyens militaires, éventuellement non conventionnels. C'est ainsi que les USA avaient largué le 13 avril dernier une une bombe à effet de souffle massif, surnommée "mères de toutes les bombes", dans l'est de l'Afghanistan. Ce bombardement révèle la liberté d'action dont jouit l'état-major de l'armée américaine, avec le soutien affirmé de Donald Trump, apparemment décidé à ne pas quitter le pays.

- Comment réagiront le Pakistan, la Russie voire la Chine ?
Apparemment, ils ne voudront rien faire dans l'immédiat, conscients de la difficulté de projeter efficacement des forces dans un pays où la population ne leur sera pas nécessairement favorable. On peut penser qu'ils compteront sur les multiples divisions qui séparent sunnites et chiites en Afghanistan même, comme la mosaïque des ethnies qui ne semblent pas prêts de s'accorder.
Les Pachtounes forment le plus grand groupe estimé à plus de 42 % de la population. Il faut mentionner aussi les Hazaras, les Tadjiks, les Ousbeks et un nombre important de tribus répartis dans les régions montagneuses.

Que prévoir en conséquence ?
On peut penser que le Pakistan se rapprochera de plus en plus des Talibans, qui en sont proches. Dans ce cas, les Talibans, présentés par les Américains comme de simples terroristes, pourraient prendre de plus en plus d'influence, autour de Kaboul et dans les provinces environnantes, celles que les Américains considèrent comme une véritable colonie. Mais les Talibans eux-mêmes n'ont guère d'unité. Même s'ils finissaient par s'imposer à Kaboul, ils risqueraient de continuer à s'y déchirer à coups d'attentats non signés.
 

Autrement dit, on ne perçoit pas comment l'Afghanistan pourrait retourner au calme. Ce pays continuera à être un terrain de conflits souvent sanglants entre les diverses factions, souvent d'ailleurs appuyés par les services secrets des grandes puissances.

Les Européens, pour leur part, semblent en avoir pris leur parti, y compris la Grande Bretagne et la France.
Pour parler familièrement, le mot d'ordre serait « laissons faire, il en sortira bien quelque chose ».
Mais dans ce cas, il faudra se préparer à lutter contre un flux toujours renforcé de terroristes islamistes, provenant de ce qui sera ici un réservoir inépuisable. D'ores et déjà certains ont été identifiés parmi les migrants entrant en Europe.
 
Jean-Paul Baquiast
puce note Notes
  Le lecteur désireux de mieuxconnaître l'Afghanistan et son histoire, pourra se reférer à cet article assez long de Wikipedia, qui semble, autant que nous puissions en juger, offrir un point de vue objectif sur ce pays.
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