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Après Sapiens qui explorait le passé de notre humanité et Homo Deus la piste d’un avenir gouverné par l’intelligence artificielle, 21 leçons pour le XXIe siècle confronte le lecteur aux grands défis contemporains : Pourquoi la démocratie libérale est-elle en crise ? Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle guerre mondiale ? Que faire devant l’épidémie de fake news ? Quelle civilisation domine le monde : l’Occident, la Chine ou l’Islam ? Que pouvons-nous faire face au terrorisme ? Que devons-nous enseigner à nos enfants?
 



21 leçons pour le XXIe siècle
 

Yuval Noah Harari

Traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat

Albin Michel

Septembre 2018




Nous avions déjà présenté Sapiens(1), le précédent livre de Yuval Noah Harari. Tout en admirant l'oeuvre d'érudition globale que représentait ce livre, nous regrettions un peu que l'auteur n'y ajoute aucune considération personnelle, non plus que de préconisations sur les meilleurs choix susceptibles d'orienter en profondeur les grandes décisions politiques qui s'imposent aujourd'hui aux sociétés d'homo sapiens.
Certains lecteurs pourraient dire que c'était tout à son honneur : les encyclopédistes ne sont pas là pour donner des leçons de sciences politiques.

Dans son nouvel ouvrage, 21 leçons pour le XXIe siècle, il fait un peu le contraire.
Il exhorte la société à se protéger. Il y écrit que l'humanité actuelle doit relever deux défis devant elle, l'explosion techno-scientifique et la crise écologique. Sans être sévère, on pourra dire qu'il ne nous apprend rien.
Concernant l'Intelligence Artificielle (IA), il y explique que si la Chine ou la Russie acquièrent des robots armés, ce sera le début d'une course à l'armement. Mais personne, écrit-il, à part peut-être la Chine, ne comprend le potentiel de l'intelligence artificielle, qui pourrait pourtant conduire à la disparition de l'humanité.

Selon lui, la crise politique mondiale actuelle naît du fait que les technologies permettent de "pirater", selon son terme, les êtres humains. Elles permettent de comprendre les désirs de chacun, ses sentiments, ses pensées, et le contrôler. Mais personne selon lui ne s'en rend compte. L'intelligence artificielle et le big data sont utilisés par les entreprises afin de mieux comprendre les individus et les manipuler.

Mais, toujours selon lui, on pourrait employer les mêmes technologies pour permettre à chacun de mieux se comprendre et se protéger. L'éducation nationale n'apprend pas cela aux enfants. De même l'enseignement supérieur ne l'apprend pas aux jeunes adultes. On leur enseigne que dans trente ans les emplois seront les mêmes qu'aujourd'hui, alors qu'ils auront profondément changé. Même si l'on ne peut prévoir ce en quoi ils changeront, il vaudrait mieux ne pas préparer les jeunes citoyens aux métiers et emplois d'aujourd'hui. Le meilleur choix à faire serait d'apprendre aux enfants à changer. L'urgence serait d'apprendre à se réinventer.

Concernant Israël, il estime que ce qui rend ce pays si innovant est son sentiment que s'il n'innove plus, il sera détruit. Mais ceci se traduit, dans le domaine de l'IA, par le fait qu'Israël est en voie de création d'une dictature numérique. On y rencontre le fanatisme religieux et les technologies les plus avancées. Israël, dit-il, cherche à contrôler efficacement une population de 2,5 millions de citoyens en utilisant l'intelligence artificielle, le big data, les drones et les caméras. Israël est devenu un leader en matière de surveillance numérique, destinée en priorité à détecter les influences palestiniennes et les éradiquer. Le pays exporte dans le monde entier les produits de ses recherches.

C'est l'une des raisons pour lesquelles l'occupation israélienne est si sophistiquée et efficace. On a besoin de beaucoup moins de soldats sur le terrain. Il y a là un aspect positif : on peut lutter plus facilement contre le terrorisme Mais il y a un aspect négatif. Tous les pays en voie de devenir des dictatures s'appuient sur l'expérience israélienne.

Yuval Noah Harari a certainement raison de dénoncer ainsi les dérives de l'IA, notamment en Israël. Il faut le féliciter de son courage  Mais il semble penser que ceci pourrait être évitable. Il faudrait, dit-il, apprendre aux gens, et notamment aux jeunes, à devenir responsables. Certes, mais il semble penser que dans les sociétés, des pouvoirs bienveillants  cherchent à assurer le développement de celles-ci au mieux des intérêts des citoyens, des techniques et des sciences.

Il ne se demande pas si ce ne sont pas les mêmes intérêts qui décident de ce que doit être l'IA et ce que doit devenir la société. Plus exactement, il ne suppose pas que tous ces phénomènes, bons ou mauvais à ses yeux, ne découlent pas d'une évolution quasi automatique vers la complexité et finalement l'autodestruction, qui a caractérisé la vie et les humains, dès leur apparition sur Terre.


Jean-Paul Baquiast

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Voir notre recension de "Sapiens" (25/09/2015).
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