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Les porte-avions américains sont-ils inutilisables ? : la question avait déjà été posée après l'annonce par Vladimir Poutine, le 1er mars 2018, de l'existence de missiles russes hypersoniques capables de traverser toutes les barrières anti-missiles existantes, notamment celles des porte-avions américains et de leurs groupes d'accompagnement.

Aujourd'hui, les Russes sont en train de mettre au point - comme d'ailleurs semble-t-il les Chinois - des missiles (relativement) intelligents capables d'attaquer à basse altitude et de changer in extremis d'objectif. Ceci signifie, comme nous l'avions déjà signalé dans un article précédent, qu'un seul de ces missiles pourrait rendre inutilisable un porte-avions américain, en cas de confrontation, en endommageant notamment sa tour de contrôle ou son pont d'envol.

Les stratèges militaires américains recommandent l'accélération des investissements...

Certains stratèges militaires américains ont compris le défi et recommandent aux Etats-Unis d'accélérer les investissements, notamment en Intelligence Artificielle, permettant d'obtenir l'équivalent de ces missiles russes, sans mentionner la réalisation, si la chose était possible, de batteries de contre-missiles plus efficaces que celles aujourd'hui disponibles – batteries signalons -e en passant que continuent à exiger, en en payant le prix, certains membres de l'Otan. Mais un retard pris en ces domaines ne peut pas être récupéré, même en mobilisant en ce sens des centaines de millions de dollars.

Mais il n'y aura pas que les missiles russes qui pourraient rendre inutilisable l'importante flotte de porte-avions dont dispose la marine américaine : si l'on interprète convenablement les informations rendues publiques par les Américains eux-mêmes(1)(4), il s'agit de la vétusté, du coût de plus en plus considérable de leur mise à niveau et la longueur des temps d'immobilisation au port qui en résultent (lesquels peuvent dépasser dix-huit mois) .

Porte-avions américainCes handicaps obligent la marine américaine à remplacer l'exigence précédente d'une permanence continue à la mer (en fait dans plusieurs mers jugées stratégiques) par celle d'"Emploi dynamique des forces"(2). Ce terme signifie en fait que l'US Navy s'efforcera, sans l'annoncer à l'avance, de déployer un ou deux groupes de porte-avions là où cela paraîtra nécessaire et urgent de le faire.

Mais quand on sait que la dynamique de cet emploi est ralentie par la vitesse maximum de déplacement en mer de tels navires, qui ne dépasse pas 30 nœuds, on devine qu'un éventuel adversaire aura le temps de s'organiser pour faire face efficacement aux porte-avions américains. Ce sera évidemment le cas des Russes et des Chinois, mais aussi éventuellement des adversaires tels que l'Iran ou la Syrie contre lesquels Washington pourrait un jour décider d'engager des opérations navales.

Cette inefficacité pratique des porte-avions modernes explique que ni la Russie ni la Chine ne se précipitent pour construire des porte-avions. Au mieux, dans les prochaines années, elles n'en auront qu'un seul disponible en permanence. Celui-ci d'ailleurs leur servira principalement de plateformes pour entraîner les équipages de leurs forces aériennes.

Concernant la France, où beaucoup d'experts souhaiteraient la mise en chantier d'un deuxième porte-avions capable de relayer l'actuel Charles de Gaulle, ce ne serait pas d'abord en fonction du rôle militaire d'un tel navire, mais compte tenu du rôle essentiellement politique de celui-ci, qui représente 42.000 tonnes de diplomatie(3). Or il vaudrait mieux qu'un tel outil puisse être disponible en permanence, grâce à un second exemplaire, plutôt qu'être immobilisé six mois de l'année pour maintenance.
Pour notre part, nous sommes persuadés que le pays trouverait sans difficultés les ressources budgétaires nécessaires, en procédant par ailleurs à de nouvelles économies.

NB. Rappelons que les porte-avions ne doivent pas être confondus avec les porte-hélicoptères, beaucoup plus polyvalents. Le meilleur représentant en est aujourd'hui le Mistral français

Jean-Paul Baquiast

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