Flux RSS
La prudence voudrait d'attendre le 2e tour de l'élection présidentielle au Brésil pour en commenter le résultat. Cependant, compte tenu de l'avance massive obtenue par le candidat dit d'extrême droite Jair Bolsonaro sur le candidat du Parti des Travailleurs, Fernando Haddad, il n'est pas difficile de prévoir que ce sera le premier qui l'emportera.

L'élection de Jair Bolsonaro ne surprendra personne. Les éphémères succès de Lula da Silva et de Dilma Roussef, représentant le Partido dos Trabalhadores (PT), avaient été suivis par ce qu'on peut considérer être un véritable coup d'Etat de la droite et de l'extrême droite brésilienne. Ceci avait permis de faire condamner pour corruption Lula et écarter Roussef. Michel Temer, obscur politicien de droite, impliqué lui-même dans des affaires de corruption, leur avait succédé à la présidence.

Des intérêts liés au pétrole

Les médias occidentaux n'ont pas suffisamment montré que la chute de Lula et de Roussef avait été provoquée par des manœuvres de la CIA américaine s'appuyant sur les intérêts des entreprises financières et pétrolières brésiliennes très proches des Etats-Unis.
Washington voulait obtenir, d'une part, que le Brésil ne joue plus aucun rôle dans le BRICS piloté par la Russie et la Chine et, d'autre part, que les intérêts pétroliers et gaziers américains gardent la main sur les considérables réserves pétrolière du pays et sur l'entreprise publique Petrobras qui les exploite.
Ces mêmes intérêts américains voulaient éviter que les élections brésiliennes ne reconduisent au pouvoir un président tel que Lula et Roussef. Jair Bolsonaro, tout dévoué aux Etats-Unis, fera l'affaire. Un nouveau coup d'Etat tel que celui  du 31 mars 1964, mené par le maréchal puis dictateur Castelo Branco, ne serait donc pas nécessaire.

La défection des électeurs populaires

Jaîr Bolsonaro et Fernando Haddad
Au premier tour, Jair Bolsonaro est arrivé en tête avec 46% des voix et Fernando Haddad, second, avec 29,28% des votes

On pourra se demander pourquoi les meilleurs scores obtenus par Jair Bolsonaro au premier tour proviennent de régions industrielles autour de Sao Paulo, dont les grèves massives avaient entraîné la chute entre 1978 et 1980 de la dictature militaire. C'est dans ces régions que le PT est le mieux représenté et où cependant Bolsonaro a obtenu ses meilleurs résultats au premier tour.
Les élections pour l'assemblée nationale fédérale qui se tenaient le même jour, ont permis de la même façon au parti Social Libéral (PSL) conduit par Jair Bolsonaro d'obtenir 52 sièges alors qu'il n'en avait qu'un seul jusqu'à présent, talonnant le PT et les partis centristes PDSB et MDB.
Par ailleurs, on a pu observer un nombre d'abstentions et de bulletins nuls encore jamais vu jusqu'à présent lors des élections du premier tour. Bulletins nuls et abstentions provenant là encore principalement des régions ouvrières qui auraient dû soutenir le PT. Il est clair que c'est celui-ci qui est responsable du succès de l'extrême droite. Quand on connaît le niveau de corruption de beaucoup de ses représentants, qui par ailleurs vivent très largement de dollars provenant des Etats-Unis, la chose n'a rien d'étonnant. Les électeurs populaires jugent que le PT est responsable de la crise économique et de l'augmentation du chômage survenus en 2013, qui ne se sont ralentis depuis. Le PT n'avait pas voulu proposer de mesures radicales telles que le développement des investissements économiques publics que Petrobras(1)  aurait pu facilement financer, voire la nationalisation de ce dernier.

Ceci n'était pas étonnant pourtant, lorsque l'on considère le poids des intérêts économiques et politiques américains dans les enjeux autour du pétrole et surtout autour du contrôle d'un grand pays tel que le Brésil qui joue un rôle essentiel dans l'orientation politique de l'Amérique Latine.
Le PT appelle aujourd'hui à la constitution au second tour d'un véritable front populaire. Mais on ne voit pas pourquoi les classes ouvrières ou les chômeurs brésiliens lui feraient confiance. Il est probable que beaucoup de personnes souhaitent un vrai succès de l'extrême droite et de Jair Bolsonaro avec lesquelles les camps paraîtraient mieux tranchés. Mais le calcul est dangereux. Si une sorte de dictature se met en place au Brésil avec le soutien américain, elle restera au pouvoir de longues années.

Jean-Paul Baquiast

puce note Notes
(1) Petrobras est l'entreprise d'État brésilienne de recherche, d'extraction, de raffinage, de transport et de vente de pétrole.
  • twitter
  • facebook
  • linkedin
  • messagerie
  • impression

A Lire aussi

Informations légales | Données personnelles