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Chargé des questions éthiques au Centre national d’études spatiales (CNES), Jacques Arnould présente, dans son dernier essai, les nouveaux objectifs du Newspace, cette «révolution que connaît le secteur spatial»  Un ouvrage amenant à se questionner sur les effets que de telles avancées pourraient entraîner pour l’espèce humaine.
 

Oublier la Terre ? La conquête spatiale 2.0
Oublier la Terre ?

La conquête spatiale 2.0

Jacques Arnould

Editons Le Pommier

168 pages - 2018




 
Titulaire d'un diplôme d'ingénieur agronome, d'un doctorat en histoires des sciences et d'un doctorat en théologie (il a longtemps été dominicain), Jacques Arnould est chargé des questions éthiques du Centre national d’études spatiales (CNES), poste sans équivalent dans les autres agences spatiales mondiales. Son travail consiste «à s’interroger sur le pourquoi et le comment des activités spatiales».
Parmi ses derniers ouvrages, citons "Une perle bleue. L’espace, la Terre et le changement climatique", Editions du Cerf, 2015 ; "Demain l’espace", Éditions du Cherche Midi, 2016.

Présentation de l'éditeur

"Aujourd’hui, la Terre ne suffit plus aux GAFA. Elon Musk, à la tête de Space X(1), Jeff Bezos et sa société Blue Origin, ou encore le britannique Richard Branson, dirigeant de Virgin Galactic, investissent massivement dans le spatial. Et on peut dire que ces "cowboys  de l’espace"  n’ont pas peur de voir les choses en grand.

Le but de ces chantres de ce que l’on appelle le Newspace: changer le monde, ni plus ni moins. Or ce monde est aussi le nôtre et les questions que cette conquête spatiale 2.0 posent nous concernent tous. Passer quelques jours dans la Station Spatiale Internationale, pour la  coquette somme de 30 millions d’euros, est-il vraiment un progrès pour l’humanité, ou un bon business ? Plus sérieusement, pourquoi l’humanité entreprendrait-elle la conquête, la colonisation, l’exploitation d’une autre planète, d’un astéroïde ? Pour sauver l’espèce humaine de l’extinction ? La Terre est-elle si mal en point qu’il faudrait tout simplement la mettre au rebut ? Justement, que penser des liens entre les perspectives du NewSpace et les courants transhumanistes ?

En tout cas, même si l’on peut légitimement s’interroger sur les véritables motivations  de ces aventuriers d’un genre nouveau, les questions soulevées ont le mérite de nous faire nous interroger sur le futur que pourrait nous offrir le développement actuel des techniques et des politiques spatiales. Parce qu’aller habiter sur la Lune n’est peut-être pas si stupide que ça… Or, il faut y penser maintenant sous peine de louper la navette !".
 

Notre commentaire

Pour Jacques Arnould, les questions spatiales concernent tous les citoyens, qu'il s'agisse du complet néophyte ou du spécialiste le plus aguerri. Pour cette raison il a écrit cet essai de façon simple, claire et concise, en portant notamment l'attention sur la révolution que connaît le secteur spatial et les questions que peuvent poser ces bouleversements,

Tout d'abord, les programmes spatiaux étaient publics. C'était ceux des Etats et Institutions publiques. S'ils le restent encore, il faut aussi désormais tenir compte dans ce paysage du secteur des entrepreneurs privés(2), dotés de leurs propres visées spatiales. C'est ce qu'on appelle le "Newspace"(3) avec, derrière ce terme, l'avènement imminent du tourisme suborbital et, à plus long terme l'exploitation minière(4) des météorites et des planètes, voire la colonisation du cosmos par des hommes(5) ou par des cyborg... Notons d'ailleurs ici que l'émergence du Newspace ne s'est pas faite contre l'Etat mais avec son aide, puisque ces entrepreneurs s'appuient largement sur les financements publics et les réglementations existantes.

Où est l’insensé, où est le raisonnable ? A qui appartient l’espace, à qui appartiennent ses astres et leurs ressources, de quel droit prenons-nous le risque de les polluer (la pollution des astres ne fait pas partie des préoccupations des industriels). Quel est l'avenir de l'exploration scientifique, de sa démarche de respect de non contamination des astres ? L'espace est-il vraiment pour nous une sortie de secours ? Va-t-on oublier la Terre ?
Toutes sortes de questions nous viennent, que Jacques Arnould aborde, et plus largement :

  • Pourquoi l’humanité entreprendrait-elle la conquête, la colonisation, l’exploitation d’une autre planète, d’un astéroïde ?
  • Qui devrait tirer profit de l’exploitation des ressources de l’espace ?
  • Qui, des sphères publiques et privées, peut prétendre détenir le pouvoir d’exploiter les ressources spatiales ?
  • Jusqu’où les humains doivent-ils accepter de prendre des risques pour conquérir l’espace ?
  • Faut-il envisager l’installation de colonies humaines dans l’espace, à l’intérieur de gigantesques stations ou à la surface d’autres planètes, pour sauver l’espèce humaine de l’extinction ?
  • Quel sort le NewSpace promet-il à la Terre ?
  • Que penser des liens entres les perspectives du Newspace et les courant transhumanistes ?
Un livre à conseiller absolument !



Voir la vidéo : New Space, les nouveaux acteurs du spatial
 

Christophe Jacquemin

 
puce note Notes
(1) Voir aussi, dans ce numéro, notre article "Décollage et atterrissage au même endroit du Falcon 9 de Space X : une première !".

(2) Si depuis longtemps, dans l'histoire du spatial, on a compté de nombreuses sociétés privées qui ont aussi tenté de construire leurs propres fusées, 2009 marque un pilier dans l'immersion du privé dans le secteur avec le rapport de Norman Augustine sur la politique spatiale américaine que lui avait commandé Barack Obama. Une des recommandations de ce rapport était d'ouvrir les portes de la NASA aux entreprises privées et donc d'orienter les financements publics vers ceux du "New Space"(3).


(3) Le "New Space" désigne une industrie spatiale née aux États-Unis, dont le développement est favorisé par un cadre juridique américain adapté aux activités spatiales commerciales. Ce terme ne désigne pas un renouveau mais une ouverture de l'espace à de nouveaux acteurs et une extension du champ d'application des technologies spatiales. Elle se traduit par la privatisation de l'accès à l’espace et l'arrivée dans l'économie spatiale d'acteurs de la Silicon Valley et des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Ces nouveaux entrants dans un secteur d'activité qui était jusqu'alors réservé aux États et Institutions publiques font bénéficier au spatial traditionnel des innovations et des technologies issues d'autres sections comme celles du numérique, du Big Data ou de l'aéronautique.

(4) Ceci va à l'encontre des traités internationaux sur l'espace, qui stipulent que ces ressources ne peuvent faire l'objet d'une appropriation. Sauf qu'en 2015, les USA, et le Luxembourg l'année suivante, ont déclaré vouloir accueillir les entreprises désireuses d'entrer dans cette aventure et qu'ils les protégeraient légalement. Cet enjeu juridique, éthique et politique réclame une gouvernance spatiale (le Groupe de la Hague [
The Hague Space Resources Governance Working Group] - dont fait partie le CNES - réfléchit à ces questions des ressources spatiales).

(5) Elon Musk, Pdg et directeur scientifique de Space X, n'hésite pas à dire qu'il prévoit sa base sur Mars (la Mars Alpha base) autour de 2028.
Selon lui, deux missions devraient être planifiées vers Mars, pleines de cargaison et de fournitures à l’été 2022, avec arrivée des vaisseaux sur la planète rouge fin 2022, ou au début de l’année 2023... Ils déposeront du matériel dont auront besoin les futurs astronautes lors de leur arrivée sur Mars. Il y aura de quoi produire de l’électricité, générer de l’eau potable et de l’oxygène. En supposant que ce premier vol habité se passe bien, viendra ensuite un premier équipage envoyé sur Mars en 2024, avec un premier pied posé par l’Homme sur la planète rouge en 2025.
Elon Musk a aussi annoncé pour 2013 un premier vol habité autour de la Lune avec sa fusée Big Fucking Rocket (BFR). Seront du voyage le milliardaire japonais Yusaku Maezawa,  accompagné de huit artistes.

De son côté, Richard Branson, PDG de Virgin Galactic, annonce avoir déjà vendu 900 tickets, à 200 000 dollars pièce, pour un voyage dans l’espace...sauf que le véhicule qui pourrait le faire n’existe pas encore.

A noter : le premier "touriste de l'espace" remonte à 2001, année où Dennis Tito, homme d'affaires californien, et pour un montant de 20 millions de dollars octroyé à l'agence spatiale fédédale russe, a volé à bord de la mission Soyouz TM-32, mission qui comportait un arrimage à la station spatiale internationale.
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