Flux RSS
Bien connu de nos lecteurs, le professeur Alain Cardon vient de publier  "Au-delà de l'intelligence artificielle - De la conscience humaine à la conscience artificielle". Nous en recommandons vivement la lecture car, sur un plan interdisciplinaire, il aborde une question essentielle : les progrès fulgurants de l'IA laisseront-ils encore un rôle dans la cité à ce que l'on nomme la conscience humaine, si de tels systèmes venaient à être construits ?

 

Au-delà de l'intelligence artificielle - Alain CardonAu-delà de l'intelligence artificielle

De la conscience humaine à la conscience artificielle

Alain Cardon

ISTE

198 pages
Novembre 2018



NB : On pourra lire également notre précédent article publié lors de la sortie de ce livre en anglais. Signalons qu'Automates Intelligents a publié par le passé, sous son nom de collection(1), plusieurs ouvrages de ce scientifique français.
Spécialiste de l'intelligence artificielle et de la conscience artificielle, Alain Cardon poursuit ses recherches au laboratoire LITIS de l'INSA de Rouen, où son groupe développe des travaux sur des modèles généraux de systèmes complexes, avec pour thème central la modélisation et le développement de systèmes dynamiques distribués auto-adaptatifs capables de gérer de manière autonome de très grandes quantités d'éléments proactifs.

Site d'Alain Cardon

Un ouvrage à portée interdisciplinaire

Nous recommandons vivement la lecture de cet ouvrage car il aborde, sur un plan interdisciplinaire, une question essentielle aujourd'hui. Elle consiste à se demander si les progrès de l'Intelligence Artificielle (IA), se conjuguant avec des technologies et des réseaux numériques qui font vivre les individus en immersion dans un monde progressivement artificiel, ne pourraient pas conduire à l'apparition d'une "véritable conscience artificielle répartie", laissant encore un rôle à ce que l'on nomme traditionnellement la conscience humaine ?

Pour Alain Cardon, la réponse est affirmative. La conscience artificielle peut désormais être une réalité. Il en donne une démonstration dans son livre, suivi d'une bibliographie présentant des sources peu connues du grand public mais essentielles.
Précisons d'emblée que le livre n'est pas d'une lecture facile. Il exige un minimum de connaissance de ce que sont les bases de l'informatique. Mais avec un peu d'attention, grâce à l'effort de pédagogie de l'auteur, l'ouvrage nous semble accessible à un public certes scientifiquement cultivé, mais n'ayant pas forcément les compétences des spécialistes en informatique et en IA.

Deux grandes parties structurent l'ouvrage :
1. L'architecture organisationnelle du système psychique et la sensation de penser
2. La représentation informatique d'une conscience artificielle
 

Des systèmes intelligents, conscients, progressivement autonomes ?

L'introduction du livre, publiée ci-dessous en annexe, précise bien le thème général de l'ensemble. Il consiste à se demander si le monde numérique dans lequel nous vivons ne va pas donner naissance à des systèmes artificiels progressivement autonomes ? Ils seront intelligents, ce qu'ils sont déjà de plus en plus, mais conscients.
Bien sûr, les concepts d'intelligence et de conscience ne sont pas véritablement scientifiques, car susceptibles de nombreuses interprétations. Mais à la lumière de la science informatique dont il est expert (mais aussi féru de philosophie), Alain Cardon pense qu'une lecture du fonctionnement du cerveau et des activités sociétales permettrait de leur donner des définitions suffisantes à son propos.

On peut ajouter que le livre présente un modèle de la conscience humaine qui devrait engager les neuroscientifiques à revoir leurs positions très fonctionnelles. L'ouvrage montre en effet que la génération des faits de conscience dépend principalement des apprentissages et de la posture dans la société.

Un appel à la responsabilité

Une question fondamentale est donc posée : les systèmes artificiels progressivement autonomes ne vont-ils pas générer un monde d'entités qui pourraient progressivement compléter les humains, puis le cas échéant s'y opposer, voire éventuellement réussir à les remplacer(2) ?
Pour Alain Cardon, c'est une dérive plausible. Et pour éviter que cette situation incontrôlable ne se développe, il invite les concepteurs actuels de systèmes à réfléchir autant que possible aux conséquences des technologies et des logiciels qu'ils développent actuellement dans le plus grand désordre : "j'ai publié ce dernier livre, qui présente mes recherches les plus fines sur la modélisation des faits de conscience naturels transposables dans l'artificiel des systèmes autonomes, pour que chacun puisse savoir où en sont les recherches dans ce domaine de l'IA maximale et qu'un vrai comité d'éthique de type citoyen se constitue aujourd'hui dans notre société autour de ces questions", nous explique l'auteur.

Face à ses enjeux, nous ne pouvons que souhaiter qu'un tel comité voit rapidement le jour.
 

Vidéo d'archive du 9 décembre 2005

Conférence d'Alain Cardon
Voir la vidéo : "Génération d’états mentaux - Modèles constructivistes (IA) -
Génération d’états mentaux"

Conférence d'Alain Cardon lors du colloque "Physique et conscience", les 9 et 10 décembre 2005 au ministère de la Recherche.
 

 
Au-delà de l'intelligence artificielle - Alain CardonPrésentation de l'ouvrage par l'éditeur :
Au-delà de l’intelligence artificielle examine deux modèles qui se complètent et se renforcent mutuellement : le modèle organisationnel de la conscience naturelle et le modèle constructible d’une conscience artificielle.

Cet ouvrage pluridisciplinaire présente une architecture du système psychique humain selon une approche organisationnelle qui mêle les analyses montantes et descendantes, précisant comment se génèrent les faits de conscience dans un système psychique qui s’autocontrôle. Le modèle décrit la façon dont se réalise la sensation d’éprouver ses pensées et de les utiliser avec une mémoire organisationnelle.

Ce modèle est ensuite transposé dans le domaine du calculable, en développant une architecture organisationnelle basée sur des systèmes multi-agents massifs morphologiquement autocontrôlés. L’architecture est développée en montrant comment un système artificiel peut être doté de conscience, générer intentionnellement des pensées en les ressentant avec la notion d’un soi artificiel et comment il peut être déployé en métasystème.

Introduction de l'ouvrage :
L'intelligence artificielle a pour domaine le développement de systèmes informatiques qui simulent tous les raisonnements humains lorsqu'on les applique aux domaines des connaissances rationnelles. On a donc des domaines précis que l'on structure par des ontologies, puis on développe des systèmes qui utilisent avec une grande finesse ces connaissances lorsqu'on leur pose des questions.

Ceci est aujourd'hui le cas de tous les ordinateurs et petits appareils portables qui permettent de communiquer par Internet sur les innombrables sites web. Tous ces systèmes sont donc faits pour remplacer les spécialistes et aider les humains dans leurs actions. L'évolution a fait que l'informatique s'est liée à la physique et surtout à l'électronique, ce qui a permis d'introduire des comportements rationnels à des systèmes physiques dont le comportement a été rendu autonome. On a ainsi développé la robotisation, qui ne cesse de s'amplifier.

Mais l'humain se considère toujours comme le concepteur général, le superviseur et l'utilisateur décisionnel de ces systèmes. Ce n'est plus le cas, car un utilisateur de tablette ou de Smartphone n'est pas sur sa tablette ou sur son Smartphone mais chez celles-ci. Ces appareils peuvent communiquer de manière autonome par réseau hertzien avec des systèmes distants et lui donner des conseils qu'il n'a absolument pas demandés et aussi bien affiner son profil de consommateur.

Et l'on peut aller beaucoup plus loin. On peut doter les systèmes informatisés, tous les systèmes ayant des processeurs et des mémoires, de la capacité de générer des formes de pensées intentionnelles, d'avoir des envies et des besoins, et d'envelopper les utilisateurs humains dans des ensembles de procédures qu'ils ne peuvent plus contrôler, qui sont au-delà de lui-même. On peut doter ces systèmes d'un psychisme similaire au psychisme humain.

C'est ce que va montrer ce livre, comment est organisée l'architecture du système psychique humain au niveau organisationnel, comment l'humain génère des pensées et comment ça se passe pour qu'il les ressente, puis montrer comment, et avec quels types d'éléments informatiques, on peut transposer ce psychisme en en faisant un système informatique de conscience artificielle.

On va donc voir comment se structurent et s'organisent un non-conscient, un préconscient et un conscient artificiels, et comment tout cela s'unifie au niveau informationnel et énergétique avec une quatrième instance, la nappe organisationnelle. La modélisation que nous allons présenter sur le système psychique humain se fonde sur une approche unifiant l'approche montante et l'approche descendante.

L'approche montante considère que le système est constitué de très nombreux petits éléments très fortement connectés et se demande comment se génèrent des formes représentationnelles du niveau de la sensibilité de la corporéité et surtout représentant des évaluations symboliques des choses du monde à de très hauts niveaux langagiers et conceptuels.

L'approche descendante part des ontologies des connaissances sur tout ce que l'on sait aujourd'hui représenter cognitivement et se demande comment définir des hiérarchies de systèmes qui expriment tous les déploiements de ces connaissances à partir de points quelconques. Et l'unification de ces deux approches est organisationnelle et revient à développer un système qui déploie un même type d'éléments structurellement morphologiques et sémantiques, qui définissent les formes de base et celles de grande amplitude conceptuelle et qui assurent surtout par eux-mêmes un contrôle multi-échelle comme une nappe organisationnelle.

Finalement, on voit que le développement du modèle de système psychique artificiel comme transposition du système psychique humain est une démarche scientifique avant de devenir une technologie pour les systèmes autonomes et qu'elle permet de bien préciser certains caractères du psychisme humain, lorsque l'on adopte une vision constructiviste et organisationnelle. La science développe des connaissances qui sont partageables dans toutes ses disciplines et elle permet aussi de poser les problèmes éthiques pour ses réalisations.

Le développement puis la mise en exploitation de systèmes psychiques artificiels dotés de consciences intentionnelles doivent nécessairement poser le problème des choix de leurs usages ou bien la décision justifiée de sa non-réalisation. Donc, il faut clairement poser maintenant le problème éthique de l'usage de la conscience artificielle.

Voir la table des matières de l'ouvrage
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin



 
puce note Notes
(1) Notamment, dès 2004, l'ouvrage "Modéliser et concevoir une machine pensante Approche de la conscience artificielle", d'abord publié par Automates Intelligents, puis repris par les Editions Vuibert, dans notre collection Automates Intelligents. Nous avions aussi publié, entre autres, en 2011, ici sous licence Creative Commons, son ouvrage "Un modèle constructible de Système Psychique" (lire aussi l'interview) approfondissant toujours plus ses travaux sur ces questions.
(2) Rappelons par ailleurs que les humains seront de plus en plus «augmentés», c'est-à-dire qu'ils comporteront des prothèses et ajouts à but thérapeutique mais aussi de plus en plus militaire leur permettant de commencer à s'affranchir des contraintes biologiques.
  • twitter
  • facebook
  • linkedin
  • messagerie
  • impression

A Lire aussi

Informations légales | Données personnelles