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"Implant Files", l'enquête internationale menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et 59 médias partenaires de journalistes, révèle l'absence de contrôle des dispositifs médicaux destinés à être greffés sur les patients. Une enquête salutaire car ce système fait que, depuis des années, les chirurgiens mettent en place dans le corps de patients des prothèses, dont beaucoup ont été homologuées par les autorités de santé sans avoir fait l'objet d'un contrôle préalable relatif à leur intérêt véritable ou à leur innocuité.
 
Menée par le Consortium international des journalistes(1), l'enquête "Implant Files"(2) a révélé ces jours l'absence de contrôle des dispositifs médicaux destinés à être greffés sur les patients, la facilité avec laquelle il est possible pour un fabricant de commercialiser un dispositif médical (même nocif) ainsi que l'incurie des agences publiques concernant le contrôle de ces produits.
Et lorsque des patients osent se plaindre des dégâts apportés dans leur organisme par des prothèses inadaptées ou dangereuses, leur voix est souvent étouffée, notamment au moyen de poursuites en justice.

Ce que l'on nomme en ce cas "le scandale" tient au fait que pour certains des fabricants ou vendeurs de ces prothèses, les effets dangereux(3) était connus en amont. Mais cela ne les a pas empêché de les mettre sur le marché, vu l'importance de la demande et des profits qu'ils pourraient en tirer.

Nombre de médecins ou chirurgiens ayant conseillé certains implants ou ayant procédé à leur mise en place étaient également informés. Mais contrevenant aux règles strictes de l'éthique médicale, ils ont fermé les yeux. Eux aussi l'ont parfois fait par intérêt(4), bénéficiant de «cadeaux» offerts par les industriels.

Les révélations que suscite cette enquête font l'objet de nombreux commentaires et réactions indignées. La question est désormais d'actualité. Chacun peut se sentir directement concerné, soit ayant déjà reçu des implants, soit susceptible d'en recevoir ou plus généralement se sachant dépendant de la consommation de médicaments produits par les grands mondiaux de l'industrie pharmaceutique, la «Big Pharma».

L'homme augmenté...

Nous n'aborderons pas dans cet éditorial le problème des implants de façon exhaustive, ce qui demanderait une revue de presse considérable. Mais nous pouvons cependant formuler ici quelques questions générales, qui font d'ailleurs déjà l'objet de débats chez les futurologues dans le cadre de ce que l'on nomme la création d'un «homme augmenté», voire d'un «homme synthétique», dans les années ou décennies prochaines

* Peut-on faire aveuglément confiance aux industriels produisant des prothèses ou aux services commerciaux qui les vendent ?
La réponse est évidemment négative. La plupart de ces professionnels sont scrupuleux et mettent à l'épreuve leurs produits avant de les mettre sur le marché. Mais l'attrait du profit est si grand que certains d'entre eux sont moins scrupuleux. Ceci vient d'être mis par exemple en lumière en Chine à l'occasion de manipulations génétiques sur l'embryon humain(5).
N'évoquons pas l'Afrique où sont encore trop nombreux des vendeurs de solutions dont ils savent pertinemment qu'elle sont dangereuses.

* Peut-on faire confiance aveuglément aux professionnels de santé prescrivant de tels implants ?
La réponse est également négative, mais avec des nuances. Le plus souvent ces médecins ou chirurgiens respectent les codes très stricts de la déontologie médicale. Mais certains d'entre eux peuvent être corrompus par des escrocs délibérés se trouvant chez les industriels ou les vendeurs.

* Peut-on faire aveuglément confiance aux autorités officielles chargées dans les pays développés de contrôler pour le compte de la collectivité les performances annoncées et l'innocuité des prothèses et médicaments ?
Là encore, la réponse sera négative. Ces autorités, soumises en principe à la déontologie s'imposant aux organismes en charge d'une mission de service public, peuvent comporter dans leurs rangs, sans généralement le savoir, des médecins ou experts rémunérés par la grande industrie pour certifier comme inoffensifs des produits ou pratiques qu'ils n'ont pas suffisamment mis à l'essai ou qu'ils savent comporter des risques, possibles ou avérés.

Plus gravement encore, ces autorités peuvent sanctionner des experts dits parfois «lanceurs d'alerte» opérant en leur sein et ayant mis en garde contre le danger de certains produits. C'est ce qui est arrivé à Emmanuelle Amar ayant alerté sur la question des bébés sans bras ou sans mains(5).

Alors, dira-t-on, à qui faire confiance ? La question n'est pas là. Il n'est pas question de se méfier de tout et de tout le monde et de ne plus rien faire. En revanche, tous, après cet avertissement, devraient rester prudents quand il sera question d'interventions chirurgicales les concernant. La recommandation de prendre plusieurs avis s'impose, quand c'est possible. La Sécurité Sociale doit admettre le principe.

Plus généralement, la profession des journalistes d'investigation doit être encouragée par chacun, quand il le peut. Ceux qui s'y livrent, et les lanceurs d'alerte qu'ils peuvent consulter, doivent être protégés. Il est possible aux citoyens d'intervenir pour contribuer à cette protection, notamment aujourd'hui dans le cadre de certains réseaux sociaux estimés objectifs, c'est-à-dire eux mêmes non achetés.

Mais le problème ne pourra que prendre de l'ampleur à l'avenir, autrement dit rester de plus en plus sans solutions, avec la généralisation sans doute inévitable dans les pays riches d'hommes de plus en plus «augmentés».
 
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
puce note Notes
(1) Cette enquête, qui a impliqué 250 journalistes et 59 médias, a fait l'objet de nombreux articles dans la presse internationale, et en France via notamment le journal "Le Monde" à partir du 25 novembre dernier. Rappelons que  le Consortium International de journalistes d'investigation (ICIJ) avait précédemment dénoncé des fraudes fiscales et autres détournements conduits par des institutions financières dans certains pays complaisants. Il en avait résulté deux dossiers dits des Panama Papers et des Lux(embourg) Leaks. Nous les avions commentés à l'époque.
(2) Thème ayant d'ailleurs fait l'objet de l'émission de télévision " Implants, tous cobayes ?" (Cash Investigation), diffusée le 27 novembre 2018 sur France 2.
(3) Voir notamment cet extrait vidéo relayé par France Info, vidéo tirée de l'émission Cash investigation du 27 novembre 2018.
(4) Voir par exemple : "Implant Files : les dessous-de-table des chirurgiens".

(5) "Manipulations génétiques sur l'embryon humain" .
(6) Voir notre article : "L'invité du mois : Emmanuelle Amard".
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