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Si traditionnellement l'espace était considéré à l'unanimité par les différents Etats comme un domaine où la coopération internationale s'imposait, les choses semblent aujourd'hui bien changer...
 

...Et ce changement concerne aussi bien l'espace proche (dit orbital) que l'espace accessible par l'homme constitué des planètes proches de la Terre (Lune et ultérieurement Mars) ou l'espace profond, celui du système solaire et au-delà, actuellement inaccessible pour des engins portant des humains et où seules peuvent pénétrer des missions scientifiques.

L'exemple le plus évident de coopération internationale ancienne est la station spatiale internationale ISS. Si en pratique les cosmonautes l'utilisant sont en majorité américains, des européens y séjournent de plus en plus. De même, si des Russes ou Chinois désirent d'y faire des séjours, ils sont jusqu'à ce jour bien accueillis
Cependant, cette philosophie a déjà été largement abandonnée du fait de la mise en place de satellites militaires provenant des grandes puissances et se livrant à des activités exclusives comme l'observation et les communications stratégiques.
Il n'est pas exclu que certains de ces satellites soient armés, pour se défendre contre d'éventuelles attaques ou pour s'y livrer eux-mêmes.

Vers une militarisation complète de l'espace ?

D'ores et déjà, la militarisation complète de l'espace semble devenue une réalité, ce que d'ailleurs les grandes puissances ne se cachent pas. La mesure la plus emblématique à cet égard est la décision récente de Donald Trump de mettre en place un U.S. Space Command qui regroupera des forces fournies par les différents commandements militaires.
De son côté, il est probable que la Chine mettra aussi prochainement en place un tel organisme. Certains stratèges chinois n'ont pas caché que la future station lunaire que prépare la Chine aura des objectifs principalement militaires. La recherche et l'exploitation d'éventuelles ressources lunaires que permettra cet équipement ne se fera pas au bénéfice de toute l'humanité mais, dans un premier temps, au profit des forces armées chinoises.

Aux Etats-Unis, la privatisation de l'espace au bénéfice non des militaires mais des firmes travaillant principalement pour la défense, a déjà été admise par le Space Act de 2015. Elle deviendra de droit commun dans le cadre d'un texte en préparation, dit American Space Commerce Free Enterprise Act. Il en résultera que l'espace ne sera plus nulle part conçu comme un espace global commun, mais comme un domaine d'appropriation au bénéfice des activités commerciales américaines. Il en résultera que comme tel, il pourra être défendu par des moyens militaires contre des entreprises industrielles et commerciales étrangères.

Ceci ne manque pas d'inquiéter les spécialistes de l'espace, aux Etats-Unis comme ailleurs. Ainsi, qui prendra en charge l'élimination qui sera fort coûteuse des dizaines de milliers de débris qui encombrent désormais l'espace orbital?
Qui portera secours à des astronautes en difficulté, sans tenir compte de leur nationalité, comme le droit traditionnel de la mer l'exige depuis longtemps pour sa part? De même, les futures stations spatiales seront elles nationales au lieu d'être internationales comme l'actuelle ISS? De ce fait, elles seraient réservés aux nationaux, au mépris de toute coopération scientifique.
 
On voit mal dans ces conditions comment d'ambitieux programmes spatiaux s'étendant sur plusieurs décennies et nécessitant des financements considérables et une coopération internationale désintéressée et continue pourraient être décidés. Il en sera ainsi par exemple de l'établissement de colonies humaines sur Mars.
 
La situation sera d'autant plus inquiétante que le nombre des Etats manifestant des ambitions spatiales ne cesse d'augmenter, sans que pour autant ceux-ci affichent une volonté de joindre leurs efforts. Outre les Etats-Unis et la Russie, ce nombre compte désormais la Chine (comme déjà indiqué), l'Inde, le Japon et les membres de l'Agence européenne de l'espace, notamment la France, l'Allemagne et l'Italie. Bien d'autres sont également candidats.
Il faut aussi mentionner des entreprises capitalistes internationales essentiellement américaines telles que SpaceX(1). Elles travailleront essentiellement au bénéfice de leurs actionnaires.

Or il faut bien voir que si l'humanité acceptait de considérer l'espace comme un futur domaine, non seulement de guerre mais de compétition économique, les dégâts en résultant mettraient en péril non seulement les humains mais probablement toute vie organisée sur Terre.
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
puce note Notes
(1) Signalons notamment que SpaceX est disposée à mobiliser ses lanceurs pour mettre en orbite des armes spatiales : c'est ce qu’avait confié Gwynne Shotwell, la présidente et directrice opérationnelle de SpaceX lors du symposium Air Space Cyber, le 17 septembre 2018.
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